EXÉCUTION DE LA COMMANDE
Le lendemain soir, à heure fixe, Mlle Z...
arrivait avec la petite fille. L’enfant avait environ quatorze ans, brune, de longs cheveux noirs et des yeux foncés. Elle n’était pas entièrement faite et promettait, si elle était bien soignée, de devenir une femme d'esprit assez convenable. Elle était de Birmingham, et les ateliers de couture de Londres ne lui avaient pas encore fait perdre la fraîcheur rurale de ses joues.
Son histoire n’était pas longue. Elle avait été envoyée à... Oxford Street,- pour apprendre à faire des robes, comme apprentie de la province. Elle devait travailler pendant trois mois pour rien, mais nourrie et logée. Elle ne recevait au cun'salaire et était illettrée : lisant avec difficulté et ne sachant pas écrire. Elle n’était à Londres que depuis trois semaines ; elle n’avait pas d’argent de poche -, elle ne pouvait pas non plus acheter les effets ou chaussures dont elle avait besoin.
Mlle Z... l’avait remarquée dès son arrivée corqmc étant gentille, et lui avait fait comprendre qu’elle pourrait avoir quelques livres sterling en allant voir un monsieur riche. Elle lui dit que toutes en faisaient autant et qu’elle obtiendrait l’argent dont elle avait besoin sans aucune difficulté.
La petite fille, qui n’avait qu'une idée excessivement vague de ce que c’était que d’aller voir un monsieur, consentit, naturellement, et me fut amenée comme étant prête à être séduite.
C’est le lundi que je la vis. Le samedi avant, sa mère était morte et elle devait être enterrée le mardi suivant. L’idée que la mère était couchée jj sur son lit de mort à la maison, tandis que la fille m’était amenée pour être séduite, me parut si particulièrement odieuse que je ne pus m’empêcher d’en faire la remarque à la racoleuse.
— Oui, la pauvre mignonne, dit-elle, c’est dommage. Mais, si elle ne le fait pas, cela ne ressuscitera pas sa mère.
Alors, je lui ai dit qu’il valait mieux revenir.
J’envoyai l’enfant chez une sage-femme. C’est en cette occasion que l’enfant fit la remarque dont j’ai parlé plus haut,après que la sage-femme eût terminé sa visite, remarque qui prouvait son innocence.
L'enfant s’imaginait réellement avoir été sé-
duite lorsque la sage-femme lui avait fait mal. Et pourtant cette jeune fille était dans sa quinzième année et était, aux yeux de la loi, depuis près de deux ans compétente pour donner légalement son consentement à sa propre perte.