LES BÉNÉFICES D’UNE PROCUREUSE
Le métier rapporte, je suppose ?
— Oh oui I je n’ai pas besoin d’aller travailler. Je le fais seulement ji-'cause des apparences et des occasions. Je peux sortir quand je veux, après les avoir mises en train le matin. Nous sommes payées à la commission.
— Cinquante pour cent ?
— Cela dépend, dit l’ainée. En prenant une moyenne de 125 fr. par jeune fille, nous prenons quelquefois 25 fr., mais parfois nous prenons le tout et faisons seulement un cadeau à la petite. Cela dépend des dérangements que nous avons, et aussi du caractère de l’enfant. Il y en a qui sont si bêtes.
— Que voulez-vous dire ?
— Prenons Nanie, par exemple, C’était une tête légère qui n’avait jamais songé à l’argent. Nous avons eu 250 fr. Si elle en avait eu la moitié ou le quart, cela lui aurait tourné la tête. Elle serait allée acheter un tas d’effets, et sa maîtresse et sa mère auraient découvert le pot aux-
roses, et Nanie aurait eu des histoires à perte de vue. Donc dans l’intérêt même de Nanie, nous ne lui avons donné qu’une livre, et, comme nous lui avons fait payer la dépense là-dessus, il .ne lui est pas resté grand’chose pour faire des folies.
■ Mais dans la suite nous avons été gentilles pour elle, je lui ai donné un chapeau, une robe, une paire de chaussures. Je crois que nous avons dépensé 50 fr. pour elle !
— De sorte qu’elle a eu en tout 75 fr., et vous 175 fr. ?
— Parfaitement, et il en est souvent ainsi avec les jeunes filles ; nous sommes obligées de les : . protéger contre elles-mêmes en mettant à leur E , portée le moins d’argent possible.
Evidemment la chère dame se considérait avec l’admiration due à la vertu si soucieuse de jeunes sottes qui se mettent entre leurs mains.
— Ditcs-moi, dis-je, en revenant à une question antérieure, lorsque ces enfants crient si atrocement, est-ce que personne n’intervient ?
— Non ; nous les amenons cà un endroit tranquille et les gens de la maison nous connaissent . et ne se mêlent de rien, quel que soit le bruit. Souvent nous les amenons dans des maisons particulières, où, naturellement, il y a toute sé- R curité. Les cris ne durent pas longtemps. Aussi-
tôt l’affaire faite, la petite comprend qu’il ne sert à rien de hurler. Elle prend son argent et s’en va.
Nous n’avons pas besoin d’une chambre préparée spécialement. Toute chambre tranquille dans la maison où vous vous trouvez fait l’affaire. Je n’ai jamais eu connaissance d’un seul cas d’intervention depuis quatre ans que je suis dans les affaires.