‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 51 sur 76 · CERTIFICATS DE VIRGINITÉ · texte numérisé non relu

CERTIFICATS DE VIRGINITÉ

L’arrangement fut conclu, les arrhes payées, et les racoleuses se mirent en devoir de faire la -livraison de leurs marchandises le samedi suivant.

A cinq heures et demie, en un certain endroit de Marylebone-road, non loin de la maison très élégante tenue par M me B...., j’attendis l’arrivée du cortège.

Quelques minutes après, je vis venir M mes X... et Z.., mais avec trois petites seulement. L’une était grande, jolie, et paraissait être âgée d'environ 16 ans ; les autres étaient plus jeunes, un peu lourdes comme formes. Deux d’entre elles étaient des demoiselles de magasin, employées dans des ateliers différents d’une maison bien connue à....; l’autre apprenait les modes dans un autre magasin.

Les racoleuses se confondirent en excuses.

Elles étaient allées jusqu’à' Highgate pour com-

pléter le lot de cinq, mais deux des jeunes filles ne pouvaient pas sortir le samedi : elles les amèneraient le lundi suivant sans faute.

Pour se faire pardonner leur impuissance d’en amener cinq le samedi, elles en amèneraient trois le lundi, soit six en tout. Peut-être même valait-il mieux d’éviter la sensation produite par la vue de sept femmes entrant à la queue-leuleu chez un médecin. Il était moins compromet ant d’en avoir trois à la fois.

Elles avaient l’air d’avoir chaud et d’étre fatiguées et avaient dépensé 10 fr. en voitures. La grande leur avait donné beaucoup de peine, mais finalement la voilà.

Nous entrons chez le médecin.

Les trois petites filles ne se connaissaient pas entre elles. On ne leur permettait pas de causer ensemble, ni même de se serrer la main. Quant à connaître mon nom, les racoleuses elles-mêmes l’ignoraient.

Nous entrâmes donc Chez le docteur. Les jeunes filles entrèrent une à une pour être visitées. Elles ne firent aucune objection. Après la visite elles signèrent un engagement formel concernant leur séduction ultérieure. A la grande déception des jeunes filles, le certificat fut refusé à deux d’entre elles. Le médecin ne pouvait pas dire qu’elles ne -fussent pas vierges, mais

aucune d’elles n’était virgo intacta. techniquement parlant.

Ensuite je leur donnai 6 fr. chacune pour le dérangement d’étre venues à la visite. Je payai à M mes X... et Z... leur commission pour la seule vierge authentique et leurs frais, et je partis muni des documents suivants :

Le 27 juin 1885.

Par les présentes, je certifie que ce jourd’hui j’ai visité-D..., âgée de 16 ans, et que j’ai constaté qu’elle est vierge.

.D r en médecine.

ENGAGEMENT

Par les présentes je consens à être à vous moyennant un présent de 75 à 100 fr. Je me rendrai à l’adresse que vous m’indiquerez deux jours d’avance.

Nom : D...., âgée de 16 ans.

Adresse : N° 11, rue de..., H...

Les deux filles sans certificat signèrent un engagement semblable,différant seulement comme nom, âge et adresse. Rien ne pouvait être plus simple et plus commercial que cette transaction, qui ne se distinguait des opérations régulières et journalières de la maison de M m ' s X... et Z...

qu’en ce que la séduction était remplacée par une visite médicale et la signature d’un chiffon de papier me donnant le droit de faire venir mes vierges en les avisant deux jours d’avance.

Je dois dire que le médecin était dans le secret et avait consenti à faire la visite uniquement dans le but de dénoncer le système de racolage dans lequel des médecins moins scrupuleux jouent souvent le rôle principal fl).

Les racoleuses étaient bouleversées par le refus des deux tiers de leur livraison. Les jeunes filles étaient indignées du doute émi@ sur leur virginité, doute qui, après tout, était peut-être mal fondé. Mais en commerçantes qui se respectent, la maison résolut d’effectuer l’ordre sans faire de bruit.

Le lundi suivant, les deux bonnes d’enfants furent amenées chez le docteur. Toutes les deux étaient vierges. Je reçus les certificats et les engagements suivants :

Le 20 juin 1885.

I (1) 11 y a là une des accusations les plus graves contre le corps médical anglais. Est-elle fondée ? Oui, très vraisemblablement. N’existe-t-il pas à Londres comme partout ailleurs des individus qui trafiquent honteusement de leur diplôme. Nous nous refusons Cependant à croire qu’aucun médecin français soit descendu à ce degré d’ignominie. (Note du trad)

Par les présentes je certifie que j’ai visité- W..., âgée de 17 ans, et K..., âgéede 17 ans, et que j’ai constaté que toutes deux sont vierges.

.D r en M.

ENGAGEMENT

Par les présentes je consens â être à vous moyennant fr... et à me rendre à l’adresse que vous m’indiquerez deux jours d’avance.

Nom : L..., âgée de 17ans.

Adresse : 24, rue de R...

ENGAGEMENT

Par les présentes je consens à être à vous moyennant fr... et à me rendre à l’adresse que vous m’indiquerez deux jours d’avance.

Nom : -+- (signe de croix), âgée de 17 ans.

Adresse : 318, rue de S.-

La somme moyennant laquelle elles consentaient à vendre leur chasteté avait été laissée en blanc dans l’original.

Ainsi, dans l’espace de six jours, j’avais obtenu trois jeunes filles avéc certificat et deux sans certificat.

Le compte était encore incomplet, et bien que je me déclarasse satisfait, la maison insista sur l’exécution du traité. J’en avais commandé cinq.

j’en aurais cinq ; mais il leur fallut un ou deux jours de répit.

Vendredi dernier, dans la matinée, les racoleuses amenèrent chez le médecin, quatre petites filles, dont trois âgées de quatorze ans et une de dix-huit ans, aide-cuisinière d’un des premiers hôtels du West-end.

Elles disaient qu’elles en avaient amené quatre pour le cas où l’une d’elles serait refusée à la visite.

Or, c’est étrange à dire, toutes les jeunes furent refusées. Celle de dix-huit ans seule obtint son certificat.

— Je n’ai jamais vu quelque chose comme ces gamines, dit M lle X... ; ce sont toujours les jeunes qui ne peuvent pas subir la visite du médecin.

La jeune fille au certificat consentit pour 125 fr. Voici son certificat et son engagement :

Par les présentes, je certifie que j’ai visité.

D.et que j’ai constaté qu’elle est vierge. -

D r en M.

ENGAGEMENT

Par les présentes, je consens à être à vous .pour 125 fr. Je me rendrai à l’adresse que vous m’indiquerez deux jours d’avance.

Nom : D..., âgée de dix-huit ans.

Adresse : Hôtel.

Je me fis donner un autre engagement par une des petites filles de treize ans, sans certificat, et affirmai à la maison que j’étais satisfait.

On m’avait amené en tout neuf jeunes filles dans les dix jours après avoir reçu la commande, dont quatre obtenaient un certificat de virginité tandis que cinq furent refusées.

J’ai maintenant en ma possession l’engagement de séduction de toutes les jeunes filles avec certificat et de trois de celles sans certificat, au sujet de la virginité desquelles je conserve très peu de doute.

En tout, j’ai sept engagements signés par sept jeunes filles entre quatorze et dix-huit ans, qui sont prêtes à être séduites par qui que ce soit, quand et où cela me plaira, pourvu que je les avise deux jours d’avance et que je leur paye en tout une somme de 600 fr. au moins et de 725 fr. au plus. Les honoraires, débours, etc., encourus pour me procurer ces jeunes filles montent à 250 à 300 fr. au plus. Tout considéré, j’étais donc en mesure de'donner en détail des vierges à raison de 250 fr. chacune, en réalisant un joli bénéfice sur l’affaire.

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