DES PROSTITUÉES
« Quoique la prostitution et la conversion des prostituées tienne peu de place dans les décrets, la pratique a bientôt démontré qu’il importait de tenir grand compte de leurs prescriptions à cet égard. Un chapelain est aujourd’hui attaché à chacun des hôpitaux spéciaux. Les directrices sont le plus souvent des femmes d’une classe supérieure, d’une vertu éprouvée et animées d’un zèle bienfaisant pour la tâche qu’elles ont assumée.
« Les influences favorables de ces moyens d’action sur les prostituées renfermées dans les hôpitaux spéciaux se sont manifestées de la façon la plus évidente.
« En réalité, les décrets détournent les prostituées de la voie du mal. Ayant exigé directement et indirectement la création d’une police municipale et sanitaire, ils ont purgé les villes et les camps d’une foule de misérables créatures,
source perpétuelle de corruption morale et physique ; puis ces malheui’euses ont été recueillies dans des asiles où l’on pourvoit à leurs besoins, même après la guérison de leurs maladies et où la sympathie humaine pénétrant leur cœur y éveiile de bons sentiments.
œ On peut considérer les décrets : .
% 1° Commepréservant les jeunes gens des deux sexes que le contact du vice n’a pas encore pervertis ;
1 « 2° Comme préservant les jeunes femmes et souvent même les enfants de la prostitution, et comme les en détournant lorsqu’elles y sont tombées;
« 3° Comme diminuant le nombre des prostituées, et comme améliorant manifestement leur conduite ;
« 4° Comme ramenant l’ordre dans les rues ; comme diminuant,et quelquefois supprimant les sollicitations de la débauche, et par suite comme réduisant pour }es hommes les tentations immorales.
« 71 jeunes filles de 12 à 17 ans et 135 femmes de 17 à 31 ans, connues pour s’être adonnées au vice, ont abandonné leur vie déréglée sur les •instances de la police et n’ont pas été enregistrées.
.* Dans le seul district de Plymouth et de Devonport, et pendant les quatre premiers mois de
l’année 1873, 56 jeunes filles ou femmes, qui déjà commençaient à vivre de la prostitution, et qui, pour la plupart, semblaient ne plus avoir d’autres moyens d’existence, ont été amenées à une vie régulière par les avis et les exhortations des personnes chargées de développer l’exécution des décrets.
« Je pourrais citer de nombreux exemples de filles qui ont été arrachées des maisons mal famées par la police spéciale organisée pour l’exécution des décrets.A Plymouth, l’inspecteur de police a découvert qu’une enfant de 13 ans avait été attirée dans un brothel par une proxénète; celle-ci a été condamnée à un an d’emprisonnement.
Le 11 mars dernier, deux jeunes Allés, l’une de 14 ans, l’autre de 15 ans, ont été trouvées dans un brothel par la police spéciale qui les a rendues à leurs parents reconnaissants et comblés de joie.
« L’inAuence moralisatrice des décrets ne se borne pas aux personnes du sexe.Dans les villes maritimes et dans les garnisons, l’inspecteurde police, qui ne tarde pas à être connu des principaux habitants, peut souvent détourner les jeunes gens de la fréquentation des maisons de débauche par de simples avis bienveillants et judicieux.
a A Devonport et à Plymouth, avant la promulgation des décrets, il existait certains brothels où les jeunes garçons de 13 à 18 ans se rassemblaient au nombre de 20 à 30 dans une grande salle et dépensaient leurs gains d’une semaine pour se livrer à la débauche avec des filles qui venaient là se prostituer.
« Ces scènes odieuses ne se reproduisent plus grâce à l’active surveillance de la police métropolitaine organisée d’après les décrets.
i La diminution du nombre des prostituées dans les villes soumises aux décrets est en réalité beaucoup plus considérable qu’on ne pourrait l’imaginer d’après les rapports présentés au Parlement par le capitaine Harrès.
» Le 31 décembre 1865, il y avait 3,418 prostituées connues de la police, dans quatre ports des garnisons d’Angleterre, d’une population totale, d’environ 322,000 âmes. Le 31 décembre 1872, dix-sept grands ports ou garnisons soumis aux décrets, d’une population totale d’environ 750,000 habitants, n’avaient que 2,290 prostituées.
« Cette réduction brute du nombre des prostituées ne représente toutefois qu’imparfaitement le progrès de la moralité publique. Le 31 décembre 1865, il y avait sur le pavé des rues 2,613 prostituées, parmi lesquelles 377 étaient âgées de
moins de 17 ans: le 31 décembre 1872, il n’en existait plus que 9 de, cet âge.
* Une sensible amélioration s’est manifestée depuis les décrets dans les agissements des prostituées.
* Les soldats et les matelots pris de boissons ne sont plus en butte à leiirs sollicitations obscènes.
« A Southampton, le nombre des prostituées condamnées pour désordre et scandales publics a été réduit de moitié ; les scènes tumultueuses d’ivresse et de rixes nocturnes causées par les | prostituées ne se reproduisent plus ; il n’y a plus de sollicitations sur la voie publique.
« L’amélioration de la conduite des prostituées n’est pas moins remarquable à Douvres.
« Les prostituées elles-mêmes se rendent compte des motifs de ces changements favorables dans leur propre conduite : avant la promulgation des décrets elles.se sentaient rejetées de la société; depuis elle ont acquis le sentiment de leur individualité sociale; toujours rudoyées et brutalisées auparavant pour la plupart, elles se sont humanisées, elles ont été touchées par la douceur des procédés de la police et par les soins dont elles sont entourées dans les hôpitaux spér ciaux,
« L’article 12 du décret de 1866, qui prescrit
l'enseignement moral et religieux dans les hôpitaux spéciaux où les prostituées malades sont renfermées, est strictement exécuté.
« A AldèrshOt, à Golchester et à Schorneliffe, les fonctions cléricales sont confiées aux chapelains attachés aux camps ; partout ailleurs, au chapelain spécial des prisons ; ét dans tous les hôpitaux les pasteurs ou les ministres dés différents cultes sont autorisés à visiter les malades et à leur offrir des secours spirituels ou temporels.
* Dans les hôpitaux spéciaux de Cork et de Kildare, où sont renfermées des prostituées ca j tholiques, des prêtres sont attachés à des chapelles convenablement entretenues aux frais du département de la guerre, et la messe est célébrée régulièrement chaque dimanche. Le service protestant est assuré dans ces mêmes hôpitaux par le pasteur de la paroisse.
« A Devonport et à Chatham, les chapelles protestantes des hôpitaux spéciaux ont été installées dans des locaux qui servaient autrefois de prison.
« Le clergé protestant et catholique s’accorde à témoigner de la conduite généralement bonne des prostituées â l’église.
. « Dans les hôpitaux spéciaux de Londres, de Dévonport, de Portsmouth et de Chatham, lés
prostituées qui entrent pour la première fois ou celles qui montrent quelque désir de s’amender sont placées dans des salles séparées. Elles sont ainsi préservées de la contamination morale causée par le contact des prostituées incorrigibles. À Aldershot, le médecin désigne lui-même pour être séparées les prostituées qu’il juge' susceptibles de s’amender.
« Dans les hôpitaux de moindre importance, où les moyens matériels de séparation font défaut, l’influence personnelle de la directrice sur les malades est plus efficace en raison du petit nombre de celles-ci :
« Des découragements incessants portent les prostituées à changer de manière de vivre. L’art. 104 des règlements est imprimé et affiché dans les salles ; il est ainsi conçu :
« Toute malade animée d’un désir sincère de réformer sa vie n’a qu’à faire connaître ses bonnes résolutions, elle recevra aide et assistance pour entrer dans une maison de refuge, pour retourner dans sa famille ou pour trouver un emploi à la sortie de l’hôpital. »
« Le cas échéant, selon ce même règlement, les dépenses sont payées par l’État.
« Ce n’est pas tout. Outre l’instruction morale et religieuse, on donne encore aux prostituées
malades une Instruction pratique ou professionnelle qu’elles peuvent utiliser après leur sortie.
« A Chatham, la directrice de l’hôpital a disposé une salle spéciale pour une école qu’elle tient ellemême deux fois par semaine. .
« Cette école est libre ; le nombre des élèves qui s’y présentent varie de 10 à 20. Plusieurs dames très distinguées de la ville ou des environs prêtent pour cette œuvre un excellent concours à la directrice. Des machines à coudre ont été achetées sur les fonds du département de la guerre ; les malades apprennent à s'en servir et acquièrent ainsi un nouveau moyen de gagner leur vie après leur sortie de l’hôpital.
' « A l’hôpital Royal-Albert de Devonport, chaque semaine, pendant une après-midi, les prostituées apprennent à confectionner des vêtements pour les enfants pauvres.
« A Corck, les prostituées inscrites sont généralement d’une classe inférieure.
« Beaucoup d’entre elles ont entrénu des relations ou se sont associées avec les voleurs ou les malfaiteurs les plus dangereux. Là encore les décrets ont produit une grande amélioration morale. En trois ans, 130 d’entre elles ont été rendues à leurs familles, ou sont entrées dans des maisons de refuge, ou bien ont abandonné,