‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 125 sur 195 · RSR SES ET ONE · texte numérisé non relu

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Le ; . Le terme de « Saxons » servi, au moyen âge, à désigner de façon générale, les populations germaniques. Les Saxons qui s'établirent en Transylvanie, ne sont point originaires de Saxe, mais des régions de la Moselle et du Rhin. Ils y vinrent en deux étapes, à lafin des xrre et xnr° siècles, appelés par les Rois de Hongrie, à la fois comme colons pour cultiver les terres, et comme soldats, pour « défendre la Couronne ».

Leur première installation se fait au sud de la Transylvanie, à la frontière valaque, entre le Alt et le Grand Kokel (c'est-àdire dans la province actuelle d'Hermannstadt) (‘). Dans la suite, ils fondent d’autres établissements : au sud-est, dans la région de Kronstadt, au nord, dans celle de Mediasch, toutau nord à Bistritz, dans le Nôsnerland.

Le droit qui les régit à l’origine est le droit communément appliqué alors aux colons germaniques. La commune saxonne, indépendante de la juridiction du Comitat hongrois, est rattachée directement à la Couronne, sauf l'obligation imposée à ses membres d'exécuter certaines prestalions : tribut annuel et aide militaire.

En 19224, les Lettres d'Or de franchise [der Goldene Freibrief), délivrées par Andreas IT, groupent toutes les communes situées « entre Îe Broos et la Draas » en un Comitat unique, ayant son centre à Hermannstadt, auquel est reconnu le droit d’élire son assemblée (Gauversammlung) et son magistrat suprême (Oberster Richter) (*). Des privilèges analogues

habitants (statistique de 1910). Sur l’ancien territoire saxon, 1l ÿ avait en 1910, 205 communes (148 avec population allemande, 57 avec population non allemande) ; il faut ajouter au premier chiffre, 80 communes peuplées par des Aie de bien que n’ayant jamais fait partie du pays saxon : soit au total :

228 communes allemandes. La population saxonne actuelle est formés d’une classe paysanne (petite propriété), et d’une classe intellectuelle ; pas de prolé-

tariat urbain.

. Premiers établissements à Hermannstadt, Leschkirch,puis à Reps et Schæss-

M 2. La province d’ Hermannstadt fut divisée en 7 « justices » ou circonserip- Ron ARE (Stühle), d’où le nom de « Siebenbürgen »{7 bourgs, chefs-lieux), qui s est étendu dans la suite à l’ensemble des établissements saxons de Transyl-

vanie,

J. Fouques-Duparc 47

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sont accordés au xv° siècles aux autres colonies : en 4402 aux «Deux Justices » (II Stühle) de Mediasch et de Schelk, jusquelà rattachées au Comté des Szeckler ; en 1422 à Kronstadt ; à la fin du xv° siècle, à Bistritz.

Enfin, en 4486. Matthias renouvelle « les Lettres d'Or de Franchise » d'Andreas pour l’ensemble des territoires occupés - par les Saxons. C’est ainsi que les VIT « Justices » (Hermann stadt), les Il Justices (Mediasch)}, le Burzenland (Kronstadt), le Nosnerland (Bistritz), bien que séparés géographiquement, forment une unité politique, sous le nom de pays Saxon (Sachsenland). Désormais, tous envoient leurs délégués à l'assemblée d'Hermannstadt, qui, de régionale, devient « nationale », « l’Université » (Universität) des Saxons de Siebenbürgen. Ce régime, qui constitue les Saxons en une « nation », sur le même modèle que les Szeckler et la noblesse magyare, a été une des bases de Constitution de la principauté

indépendante de Transylvanie (1) ; elle a survécu au ratta-,

chement de celle-ci à l'Autriche (*), et n'a disparu définitivement, que lors de « l'Union » à la Hongrie (1865) ().'

À mesure qu'au xix°, la question des langues prenait une place plus importante, la lutte contre l'autonomie des Saxons se faisait plus vive. Peut-être ceux-ci eussent-ils succombé, si, au cours de leur histoire, un élément nouveau n’était venu les affermir dans la conscience de leurs droits.

En 1342, Honterus, disciple de Luther, a apporté en Transylvanie les principes de la Réforme. Ces principes trouvaient l'Eglise saxonne déjà constituée en église autonome, assez

1. En 1437 estscellée entre Saxons, Szeckler et noblesse magyare l’union des trois nations (Unio trium nationum), renouvelée en 1506 et en 1542. L'union de 1542 signée sous la régence d'Isabelle, durera autant que l'indépendance de la principauté. Elle complète l’organisation interne de chacune des nations.

2. Le & Diploma Leopoldinum » de 1691 confirme tous les privilèges de la noblesse magyare, des Saxons ct des Szeckler, établit la liberté religieuse pour les Catholiques, les Calvinistes et les Luthériens, décide que les fonctionnaires publics ne pourront être que des Hongrois, des Szeckler ou des Saxons.

3. L’« Université » s’est réunie la dernière fois en 1863, pour décider l'union à la Hongric.

centralisée, en sorte qu’entrés dans son sein, ils l’envahirent tout entière. Bien mieux, comme elle était distincte des autres églises, ils ne débordèrent pas son cadre. Ils n'atteignirent ni les Szeckler, ni la noblesse magyare, ni les Roumains orthodoxes. Ils gagnèrent tous les Saxons et ne gagnèrent qu'eux. Fidèle évangélique et Saxon sont ainsi en Transylvanie, devenus des termes synonymes. (!)

La foi religieuse a conservé à la race dans les Temps modernes sa pureté primitive. Elle a isolé les Saxons des autres habitants du pays, comme, au Moyen-Age, leur situation de colons libres dans un monde servile ou quasi-servile, Autonome, l'Eglise évangélique a servi d'armature aux institutions nationales. Quand celles-ci ont été menacées, elle les a sauvées, en les couvrant de son manteau. « Le peuple, écrit « Teutsch, ne serait pas resté allemand, s’il n'était devenu « évangélique ». (*)

L'école est en effet uniquement confessionnelle, « un établissement de l'Eglise» (eine Kirchliche Anstalt). Chaque paroisse évangélique — c’est-à-dire chaque commune saxonne — a son école primaire (Volksschule), qui, suivant l'importance du lieu, compte de une à huit classes. En outre, la communauté possède des écoles primaires supérieures, des gymnases, des écoles réales, deux séminaires, une école normale et une faculté de droit à Hermannstadt.

Les maitres sont groupés en corporations : assemblées de district et assemblée générale des instituteurs (Bezirkslehrerversammlungen, Lehrertag), association des professeurs d'enseignement secondaire (Mittelschulverein).

Les frais scolaires ont été pendant longtemps supportés presqu’exclusivement par la communauté elle-même, qui a dû s'imposer les plus lourds sacrifices ; le tribut payé annuellement pour l’école et l’église s’est élevé parfois jusqu’à

1. La statistique de 1910 donne: d’après la langue parlée : Allemands : 235.085 ; d'après la religion évangélique 229.028.

2. Es wäre nicht deutsch geblieben, wenn es nicht evangelisch geworden würe, Teutsch, op. cil., p. 92.

une moyenne de 45 à 20 couronnes par tête. Depuis 1912, l'Etat hongrois avait consenti à augmenter assez notablement la subvention due à l'Eglise évangélique, aux termes de la constitution de 1848.

L’école saxonne était régie par les lois générales de l'Etat sur l’enseignement privé. Cerlaines de ces lois, notamment la loi Apponyi de 1907 sur les écoles primaires privées (*), lui ont élé très préjudiciables. Néanmoins, il existait en sa faveur des dérogations du droit commun en ce qui concerne par exemple les méthodes d'enseignement.

Se suffisant à elle-même, et suffisant aux besoins de læ communauté, conservant la langue et les méthodes allemandes, protégée par son caractère confessionnel, l’école saxonne de Transylvanie s’est employée à former des générations d'hommes dignes de leur histoire : sujets fidèles de l'Etat, en même temps que défenseurs de leur culture ét de leur nationalité (*).

En lui accordant l’autonomie, les Traités n'ont fait que confirmer une situation acquise. S

b) Autonomie des Ruthènes

L’autonomie reconnue aux Ruthènes rattachés à la Tchécoslovaquie est singulièrement plus étendue que celle que nous venons d'étudier :

« La Tchécoslovaquie s'engage à organiser le territoire des « Ruthènes au sud des Carpathes, dans les frontières fixées « par les principales Puissances alliées et associées, sous la

1. La question scolaire en Hongrie a été réglée : Tout d’abord par la loi de. 1868, inspirée par le comte Eütwôs, qui reconnaît aux confessions religieuses. le droit de diriger leurs écoles sous la surveillance des inspecteurs scolaires, puis par la loi de 1879, sous le ministère Tisza, qui prescrit l’enseignement obligatoire du magyar, prescription renouvelée par la loi de 1882. Enfin la loi Apponyi de 1407 sur les « conditions juridiques des écoles primaires privées » décide qu'après 4 années d'école L'enfant doit pouvoir exprimer sa pensée en magyar verbalement et par écrit; sinon, l’'instituteur encourt une responsabilité,

2. C’est le programme exprimé à maintes reprises par les Saxons de Transylvanie notamment dans leur mémoire au Parlement de Francfort en 1848 : «Nous « voulons être et rester ce que nous avons été, un peuple loyalement allemand « et des citoyens fidèles de l'Etat auquel nous apparlenons, »

« forme d'une unité autonome à l’intérieur de l'Etat tchécos- « lovaque munie de la plus grande autonomie compatible « avec l'unité de l'Etat tchécoslovaque (‘). »

Le territoire dont il s’agit, situé sur le versant sud des Carpathes, à la pointe orientale de la Slovaquie, comprend les trois comitats de Bereg, Ugoca et Marmaros, et la partie est du comitat d Uzhorod,soit un territoire comptant approximativement 11.000 kilomètres carrés et 600.000 habitants (°).

Il n'englobe pas toute la population ruthène ; d’autres éléments se trouvent plus à l’ouest, mélés aux Slovaques dans les comitats de Zemplin, Saris, Spiz, Abauij (*)... On peut, sans crainte, évaluer ceux-ci à plus de 400.000.

Les Ruthènes de Tchécoslovaquie sont une branche de la famille des Petits-Russes ou Ukrainiens, représentés, d’après les dernières statistiques, par plus de 22 millions d'habitants en Russie, et près de 4 dans l’ancien Empire austro-hongrois (+). Leur langue est très voisine de la langue russe,dont elle ne diffère que comme un dialecte ; ils appartiennent à la confession uniate. 4

Bien que la Ruthénie des Carpathes ait évolué depuis le xrve siècle sous des influences occidentales, elle garde néanmoinsune physionomie propre,qui la différencie profondément de la Slovaquie. Ce trait avait frappé la Conférence de la Paix : « Le territoire ruthène, avait-elle constaté, a un caractère particulier et doit faire l’objet dun règlement à

part » (°).

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