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CHAPITRE IV

La critique la plus grave que les minorités adressent en

effet aux traités, est d'avoir considéré le problème qui les-

concerne comme un problème théorique, un problème de laboratoire, alors qu’il s’agit d'êtres vivants.

Un à un, l'analyse a relevé les traits qui les distinguaient et soigneusement les a notés : race, langue, religion. Mais il est un élément qui, par sa nature, devait échapper à l’analyse, et qui, précisément, en reliant entre eux ces caractères divers, en constitue la synthèse et la vie; nous voulons dire : le sentiment.

Pour qu'un administrateur, un juge, un maître d’école inspire confiance aux membres de la minorité, il ne suffit pas qu'il entende et qu'il parle leur langue ; il faut qu'entre eux et lui, existe ce lien indéfinissable que créent une religion ou une culture communes et de mêmes habitudes héréditaires : ce que les Allemands expriment d'un mot, si simple qu’il déconcerte l’analyse : « Deutsch fühlen! » sentir à la manière allemande!

C'est à ceb instinct profond que répond, dans les programmes minoritaires, la revendication de l'autonomie ({‘).

Les traités ne l’ont admise qu'avec la plus extrême prudence, faisant de l'octroi de l’autonomie une mesure exceptionnelle, en réservant le bénéfice à quelques minorités nationales et religieuses de l'Europe Centrale et Orientale : - Saxons et Szeckler de Transylvanie, Valaques du Pinde, Ruthènes (2). Plus larges sont les dispositions qui visent les Chrétiens en Turquie, les Musulmans en pays chrétiens. C'est

1. V. Ir* partie, ch. II : Le Problème des minorités, l’autonomie, p. 37. 2. Nous rappelons pour mémoire l'autonomie qui est reconnue aux écoles juives, Voir au chapitre précédent, p. 255.

qu'ici la différence absolue de religion, de mœurs et de statut personnel rendait irréalisable une assimilation complète,

TL. — MinoRITÉS RELIGIEUSES ET NATIONALES

a) Autonomie religieuse et scolaire : les Saxons de Transylvanie

Trois minorités ont été dotées dans les mêmes termes par les traités de l'autonomie religieuse et scolaire : les Saxons et les Szeckler de Transylvanie, les Valaques du Pinde.

« La Roumanie agrée d’accorder, sous le contrôle de l'Etat «roumain, aux communautés des Szeckler et des Saxons «en Transylvanie, l'autonomie locale, en ce qui concerne « les questions religieuses et scolaires ('). »

L’autonomie stipulée ici est « locale » : aucun organe d'en-

semble n’est prévu, qui centralise la minorité et la repré- \

sente devant l'Etat; elle est circonscrite au domäine de la religion et de l'école et s’exerce sous le contrôle du gouvernement.

Enfin — c'est le second point à noter — les minorités en faveur desquelles elle a été établie, ne sont pas des minorités quelconques, mais des « communautés » à la fois religieuses et nationales. Entre elles, d'ailleurs bien des traits communs. Petits groupes nationaux, séparés depuis longtemps de leur souche ethnique, établis dans un pays de montagnes, Szecklers, Saxons et Valaques, ont pu résister aux efforts centralisateurs de l'État sous la souveraineté duquel ils étaient placés. Leur autonomie, qui a pris racine dans les institutions du moyen âge, s’est conservée jusqu à nos jours sous le couvert de la religion.

L'exemple des Saxons de « Siebenbürgen » permet de saisir sur le vif ces caractères (*).

1. Traité avec la Roumanie : article 11, même disposition dans le traité avec la Grèce, en faveur des Valaques du Pinde, art. 12.

2. Les renseignements donnés ici ont été pris dans le livre de M. Teutsch :

die Siebenbürger Sachsen (Leipzig, librairie Koehler, 1916). Les Saxons comptent en Transylvanie 235.085 représentants, sur une population totale de 2.675.355

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