IV. — ConNCLUSION : LES ASPIRATIONS ACTUELLES
Les Juifs élaient donc en Galicié égaux, en tant qu'individus, aux autres sujets de l'Etat, organisés de façon autosome, en tant qu’adeptes de la religion mosaïque.
Cette situation devait leur apparaître insuffisante, lorsqu'à la fin du xrx° siècle s’éveilla l’idée nationale juive. C'est aux environs de 1890 que l’on. peut observer les premières manifestations de cette renaissance.
En 1892, un ouvrage publié en polonais et intitulé : Programme de la Jeunesse juive réclame l’autonomie politique. En 1905, nouveau signe : lors de l'établissement du suffrage universel en Autriche, un mouvement juif se produit pour obtenir des curies électorales distinctes. Depuis cette date, l'on pourrait suivre, d'année en année, les progrès de l’évolution :
En 1906, Conférence juive à Cracovie ;: en 1909, grâce à l'appui des Ruthènes, les juifs parviennent à faire passer, aux élections générales, quatre candilats nationaux: trois en Galicie, un en Bukowine.Ces quatre députés fondent le « Club Juif » dont l’objet est d'orienter le mouvement. Parallèlement ou Club, le « Sejm », association représentative du traditionnalisme juif, et la « Poale Sion », organe du Socialisme-sioniste, par leurs assemblées et leurs brochures de propagande, développent, répandent et précisent l'idée nationale juive.
Partis de points de vue très différents, s'inspirant l'un de l’ancienne organisation en Pologne, l’autre des théories des sociaux-démocrates autrichiens, le « Sejm » et la Poale-
Sion en arrivent aux mêmes résultals quant à la forme à donner à l'autonomie qu’ils revendiquent. C'est que cette forme est imposée par les conditions mêmes de la répartition géographique des Juifs: La Poale-Sion le notait dans son « Parteitag » de 1912 :
« Très différente des autres nations à cause de sa situa- « tion particulière, la nalion juive doit renoncer. à obtenir « une solution territoriale dans les provinces de l'Etat Autri- « chien ; celle-ci est impossible à cause de la situation mino- « ritaire des Juifs. Les conditions d'établissement des Juifs les « déterminent à former des corporations nationales au lieu « de territoires nationaux. De (elles corporations existent « déjà avec les communes cultuelles. Celles-ci doivent, per- « dre leur caractère actuel et étre tranformées en communes nationales. (;) È
Rendre aux communes juives les droits de l'ancien « Kahal » ; relier les communes entre elles : tel est le programme de tous les partis nationaux. Un trait significatif indique quel est, dans la question de l'autonomie, le fond de la pensée juive. Pour la Poale Sion, la commune juive doit être une Commune laïque. Les affaires religieuses sont tout à fait séparées des autres.
« La conscience judéo-nationale, note M. Rosenfeld, s'est « étonnamment développée pendant la guerre ». A cette constatation il en ajoute une seconde qui n’est que la conséquence de la première et qu’ont relatée avec lui tous les observateurs. (*) « La haine du juif a considérablement augmenté pendant la guerre ».
En opposant au sentiment national des Polonais, un sentiment national exclusif, parfois même hostile, les nationalistes juifs ont aggravé un état de malaise, qui était latent
1. Texte cité par M. Rosenfeld : Die polnische Judenfrage. 2. Ce trait a été noté par M. Maurice Pernot dans son ouvrage « l’Epreuve de la Pologne » (Revue des Deux Mondes du rer novembre 1920 p. 174) : « La politiquerusse, puis la guerre, ont fait des juifs les ennemis de la Pologne ». :
avant la guerre. L'on a vu que cette « haine » des Polonais a, dans la concurrence économique, une arme commode et sure dont elle a usé et peut user encore.
En précipitant ces menaces, les nationalistes juifs ont-ils réeilement servi la cause juive ? Le problème est-il où ils le voient ? N’est-il pas plutôt, comme le pensent les « Assimilateurs » (Assimilanten), dans cette situation économique et sociale malsaine, qu'il faut avant tout assainir ?...
M. Rosenfeld, qui est pourtant un nationaliste, se laisse aller à un aveu qui mérite d’être médité : « Une action éco- « nomique, dit-il, est plus utile qu'une action politique.Celui « qui donnera du pain aux masses juives après la guerre, « celui-là remplira son devoir national, bien mieux qu’en fondant des écoles » (Wer den breiten jüdischen Massen nach dem Kriege, Brot geben wird, der wird seine nationale Aufgabe erfüllen, mehr als durch Gründung von Schulen)
Vu : le Président de la thèse,
A. De LAPRADELLE Vu, le Doyen
F. LARNAUDE | Vu et permis d'imprimer,
Le Recteur de l’Académie de Paris,