‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 49 sur 195 · Le comle d'Angeberg, op. cil · texte numérisé non relu

Le comle d'Angeberg, op. cil

at Po LEE |

« aucune démarche à cet égard, qui puisse amener, des « discussions peu amicales avec le Gouvernement russe, avec « lequel le Gouvernement de Sa Majesté est plus que jamais « désireux. dans les circonstances actuelles, de conserver les € rapports les plus étroits d'amitié (‘).»

Et, lorsque la France, par le canal de son ambassadeur à Londres, M. de Talleyrand, eut fait à l'Angleterre la proposition directe d’une action concertée, celle-ci se déroba :

.. « Par ces raisons, Sa Majesté se voit dans la nécessité « de refuser la proposition que le prince de Talleyrand a eu instruction de lui communiquer. Mais, le soussigné, en même «temps, a reçu ordre de répéter à Son Excellence, qu'il existe, « de la part de Sa Majesté, un désir sincère et sérieux de « coopérer avec le Roi des Français à tout ce qui pourra favo- « riser les intérêts généraux de l'humanité et la paix (*). »

La représentation du due de Mortemart aboutit à une déclaration de la Russie dont la France se contenta. Il avait demandé que le royaume de Pologne continuât d’exister ; le terme de royaume fut eneffet maintenu.

Cela permit à Sebastiani de rassurer l'opinion parlemen taire, dans un discours à la Chambre des députés du 19 septembre 1831 :

« Le cabinet français fit comprendre à l'Empereur de « Russie qu’il y avait deux questions de Pologne : l’une inté- « rieure et personnelle à la Russie, l’autre européenne, que « les stipulations de Vienne avaient créé un royaume de « Pologne ; que ce royaume, étant une création européenne « devait continuer à exister. Des explications furent deman- « dées ; ces explications furent nettes et précises ; elles furent « répétées aujourd'hui même. De Pétersbourg et de Berlin, «les mêmes assurances de conservation nous sont données ; « elles ont été données à toutes les Puissances ; il faut le dire,

td:

». Id,

« toutes les Grandes Puissances se sont réunies à la France, « pour l'obtenir. »

L'on peut se demander, il est vrai, ce qui restail d’um royaume de Pologne dépourvu de ses attributs; rattaché directement au czar, sans l'intermédiaire : d’un vice-rot, n'ayant mème plus de ministères propres, mais seulement des directions dans les ministères russes?

Les traités de 1815 avaient promis à la Pologne le titre de royaume et une constitution: mais « une couslilution dont «les formes particulières ne sont spécifiées nulle part, écri- « vait fort justement lord Heytesbury, c'est une expression de « la signification la plus vague. Le seul mot de constitution «signifie tout ou rien. Il demande à être défini pour êlre: € compris ».

Dans l'occurrence, le mot signifia : « rien »; mais il fut conservé. Les formes élaient sauves.

La France et l'Angleterre vo oulaient la paix ; elles S ‘estimèrent salisfaites.

Pas

[L. — La Révozurion pe 1863 ET LA SECONDE INTERVENTION

Abandonnée de l'Europe qui s'était engagée à la soutenir (y, la Pologne jusqu'en 1860 était restée calme. La répressior®

1. Au Congrès de Paris, Clarendon. à la requête du comte Walewski, avait insisté près du comte Orloff, sur la nécessité de rappeler les institutions accordées aux Polonais par le Congrès de Vienne. « J’ai dit que la condition de la « Pologne avait été discutée et sa future organisation déterminée par le Congrès- « de Vienne, et que le Congrès actuel ne pouvait voir la question avec indiffé- « rence, que je croyais que les Polonais seraient assez satisfaits si une Consti- « tulion nationale leur était rendue, si leur religion était respectée, s’il leur « était permis de parler la langue polonaise, et si leurs enfants étaient élevés: « dans les écoles polonaises, au lieu de l'être (et en nombre limité) dans les écoles « russes, Je suggérai en même temps à Son Excellence qu’elle devait donner « quelque assurance à cet effet, ou se préparer à le déclarer dans sa réponse x « unz question qui lui scrait posée par le Congrès. »

: Orlof lui répond : « Dans l'intérêt des Polonais, ne portez pas l'affaire devant « le Congrès, car, dans le Congrès, je ne puis rien vous dire, ni y admettre votre € droit de m'interroger. Par conséquent, ma réponse sera écoute 2e pour les « Polonais, et l'Empereur jugerait peut-être qu’il serait de sa dignité de retarder « ce r il compte faire. »

. L'Empereur désirait signaler son couronnement par cet acte el par d'au--

de 1831 avait été si violente, qu'il pût pendant trente ans sembler que les aspirations nationales même des Polonais avaient été anéanlies. Elle ne se révèlent, ni en 1846, lorsque l'Autriche, en s’annexant la République de Cracovie, supprime le dernier vestige d'une Pologne indépendante, ni en 1848, lors du réveil général des nâtionalités en Europe.

Au lendemain de la guerre de Crimée, se conformant aux instructions qu'Orloff avait exprimées en son nom,Alexandre II avait accordé aux Pelonäis une amnistie générale, et proinis une autonomie à la finlandaise. « Je vous apporte l’oubli du passé », disait-il en avril 1856 dans un discours prononcé à Varsovie, a mais, pas de rêveries... ». « Dans « ma conviction, vous ne pouvez être heureux qu'en vous rattachant comme la Finlande, à la grande famille russe. »

La vice-royauté avait été rétablie au profit du général Michel Gortchakoff. En 1861, les réalisations semblaient s'affirmer, Un Ukase du 26 mars constituait un Conseil d'Etat, une direction des Cultes et une direction de l'Instruction Publique, à la tète de laquelle était placé un Polonais de marque, le Marquis Wielopolski.

Mais, presque aussitôt, par l’eflet d’une réaction malheureuse, la Societé d'Agriculture, fondation du Comte Zamoïski, qui, depuis longtemps, était le centre du courant national polouais le plus intense, fut fermée par ordre. Des émeutes éclatèrent. Le Gouvernement russe, pour y mettre fin, eut recours à des mesures contradictoires, dounant d’une main, reprenant de l’autre, inhabile dans ses générosilés, excessif dans ses rigueurs. Pour enlever tout aliment au feu qui se propugeait, il décida enfin la conscriplion des jeunes gens. Cette mesure eut l'effet contraire à celui qu'il en attendait : elle fut le signal de la révolution générale. Au début de 1863, celle-ci éclata partout, et rapidement, du Royaume du Congrès, se propagea en Lithuanie.

Elle se présentait bien différente de celle de 1831. Les

«tres actes de grâce, et leur bon eflet serait détruit si les intentions de Sa Majesté étaient proclamées d'avance » {lettre du comte Clarendon au vicomte Palmerston du 15 avril 1856, 1e Livre jaune des affaires de Pologne). La question en était reslée là,

Polonais, en 1831, avaient une armée nationale, et, pied à pied, avaient défendu leur territoire. En 1862-1864, ils n'en avaient pas: ce fut la guerrilla, la guerre de petite bandes, la résistance obstinée et insaisissable d’une nation qui ne veut pas mourir.

Entré dans la voie de la répression, le Gouvernement russe, pour atteindre le mouvement polonais dans ses racinès profondes, résolut de s’en prendre à la religion et à la langue nationales. La plupart des couvents furent fermés, les biens du Clergé sécularisés, le Concordat abrogé, l'administration de l'Eglise catholique remise à un Collège ecclésiastique à Saint-Pétersbourg ; la substitution du russe au polonais dans tous les ordres d'enseignement fut préparée ; les dernières traces d'autonomie administrative disparurent.

Nouvelles violations des stipulations de 1815 ces mesures n’eussent sans doute point, après les autres, soulevé les protestations des Gouvernements, si la révolution, en se prolongeant, n'avait point fait naître dans l'opinion publique de la plupart des pays, un état d’effervescence assez inquié à tant.

Drouyn de Lhuys en fait l’aveu dans ses dépêches. « La « question polonaise a, plus qu'aucune autre en France, le pri- « vilège d’éveiller des sympathies également vives dans tous « les partis. Ils son à cet égard unanimes... Que pouvons- « nous opposer à des publications qui se DIncetE sur le ter- « rain du droit public et ne font qu'en revendiquer les prin- « cipes les plus incontestés? Non seulement nous sommes « désarmés contre de semblables écrits ; mais, puisant, « nous-mêmes, notre force dans l'opinion, nous sommes obli- « gés de compter avec des sentiments. qui sont, depuis de « longues années, ceux du pays (") ».

Bismarck, qui voyait loin et que gênaient peu les considérations d'humanité, avait, dès les premiers jours, offert au Tzar le secours de l’armée prussienne contre les insurgés. L'Angleterre, la France, l'Autriche, poussées par l'opinion

1. Dépêche de Drouyn de Lhuys au duc de Montebello, ambassadeur à Saint- Pétersbourg (18 fév. 1863) L" livre jaune des affaires de Pologne.

publique, ou par tout autre mobile, tentèrent, au contraire, comme en 1831, d'intervenir en leur faveur. Malheureusement, les conditions particulières de leur politique donnèrent à leur intervention un sens et même une base. juridique différents. La Russie allait se trouver en présence de trois thèses. Sans doute, celles-ci pouvaient s'accorder dans les termes généraux d'un protocole. Mais l’action exige une union plus intime : et cette union faisait défaut. Il y avait place à un travail de dissociation. Gortchakoff était assez bon diplomate pour le mener à bien.

Ce fut l'Angleterre qui, la première, éleva la voix. L’opinion anglaise, à cet instant, avait pris très fortement parti en faveur des Polonais. Faut-il ajouter à cette considération une autre qui a parfois été envisagée : le désir du cabinet de Saint James d’entrainer la France, et de rompre l'amitié franco-russe, qui lui portait ombrage ?

Quoiqu'il en soit, des trois thèses, l’anglaise était la plus simple. Elle se fondait uniquement sur les engagements souscrits par la Russie au Congrès de Vienne, et ne prétendait point aller plus loin, ni réclamer davantage. Signataire de ces traités, l'Angleterre avait le droit d'en surveiller l'exécution. Ce droit, elle le partageait avec les autres signataires. La question polonaise devait donc être soumise à une Conférence, qui les eùt tous compris et n’eùt compris qu'eux.

« Quant au royaume de Pologne, écrit le comte Russel, « le Gouvernement de Grande-Bretagne a un droit tout par- « ticulier à faire connaître ses opinions à Sa Majeste Impé- « riale, parce que la Grande-Bretagne, ayant, en commun « avec l'Autriche, la France, le Portugal. ia Prusse et la « Suède, été partie autraité de 1815. le Gouvernement « de Sa Majesté est autorisé à intervenir dans tout ce qui « paraît être une infraction aux slipulations de ce traité (). »

Le Gouvernement russe prétend que la révolte des

1. Dépêche du comte Russel à lord Napier, ambassadeur à Saint-Pétersbourg, du 10 avril 1863 (Livre jaune de 1863, n0 9).

Polonais l'a délié de ses engagements vis-à vis d'eux...

Mais le Gouvernement de Sa Majesté ne peut adhérer à une doctrine qui lui semble si contraire à la bonne foi, si destructive de l'obligation imposée par les traités, si fatale à tous les liens internationaux. »

Sile Gouvernement russe avait conquis la Pologne par les armes », soit ! Mais « il la possède en vertu d'un traité conclu par lui avec la Grande-Bretagne. La révolte des Polonais ne peut ni le délier des engagements contractés dans ces conditions, ni effacer les signatures par

« lesquelles ses plénipotentiaires ont conclu, et lui-même

a ratifié ces engagements.

« La question est donc maintenaut de savoir si 1 engagements que la Russie a contractés par le traité de Vienne, ontété et sont aujourd’hui fidèlement exécutés ; le Gouvernement de Sa Majesté se croit, avec un profond regret, obligé de répondre par la négative à cette question (!). »

« Le plus sûr moyen d'arrêter l’effusion de sang et de prévenir les événements qui pourraient meltre en danger la paix de l'Europe, disait le baron Grey dans une communication à Drouyn de Lhuys. serait de donner au royaume de Pologne une diète et une administration nationales. Ces mesures ne feraient que répondre aux vœux des traités. Il appartient donc aux Puissances qui les ont signés, d'agir en ce sens à Pétersbourg..

« En conséquence, le cabinet anglais se propose d'’adresser une dépêche conçue dans cet esprit, à ses agents diplomatiques auprès des gouvernements signataires du traité, du 9 juin 14815 (). »

Au début de l'insurrection. le Gouvernement de ne

1, Dépèche du comte Russel à lord Napier, ambassadeur à Saint- Péters-

ni du 10 avril 1863 (Livre jaune de 1863, n° 9).

2. Texte cité dans la dépêche de Drouyn de Lhuys au baron Gros, du 7 mars

1863 (2: Livre jaune de 1863, n0 2).

léon JII avait évité de se prononcer en faveur des Polonais. En très bons termes avec le tzar depuis le Congrès de Paris, il redoutait les suites que pourrait avoir une manifestation quelconque en ce conflit. Pressé par l'opinion publique en 1863, il s'était eflorcé de détourner les colères contre la Prusse. Et, ce n’est qu'après s'être adressé directement à Alexandre IT, et en avoir essuyé un refus formel, qu'il consentit à joindre ses protestations à celles des deux autres Cours.

À cet instant, son point de vue est encore différent du point de vue anglais. Depuis 1856, l'empire est entré dans une voienouvelle.S’associantau sentimentnational français, ila fait de la révision des « honteux traités de 1815 », l'essentiel de son programme. Sa politique tout entière a visé à les détruire. Elle leur a en Italie porté un coup mortel. Elle se soucie peu de les restaurer en Pologne. Lorsqu'après l’échec de sa tentative amicale près du tzar, Napoléon II s’unit à l’Angleterre et à l'Autriche, ce qu’il rêve, c’est moins le retour à un passé, qui pour lui a peu de sens, qu’une reslauration intégrale de la Pologne, partie d’un plan plus vaste, d’où doit sortir une Europe nouvelle.

Mais, même lorsqu'il se borne à réclamer, d'acord avec Londres et Vienre, des institutions nationales pour les Polonais, le Gouvernement impérial ne tient pas à invoquer les dispositions destraités de 1815 — ce qui seraitles reconnaitre — alors que déjà il médite d'annoncer au monde leur cadueité (‘).

« Vous remarquerez, écrit Drouyn de Lhuys à notre ambas- « sadeur à Vienne, après avoir signalé le peu de cas fait par « la Russie des premières notes anglaises, que je me suis abs- « tenu de rappeler les traités de 1815, et que je ne me pro- « pose pas d’insister dans la note que nous ferons parvenir « à la Cour de Russie sur un retour à l’exécution des Actes « du Congrès de Vienne (*?). »

La situation de la diplomatie française est assez paradoxale;

1. L'empereur fit cette déclaration dans son message aux Chambres du 5no-

vembre 1863.

2. Dépêche de Drouyn de Lhuyÿs du 24 mars 1863 (2° Livre jaune des affaires

de Pologne en 1863, n°5),

J. Fouques-Duparc 9

elle va réclamer des mesures qui ne sont que le contenu des stipulations de 1815, tout en évitant de faire allusion à ces stipulations elles-mêmes... Mais il faut alors qu’elle trouve à légitimer son droit d'intervention, Renonçant à faire état des actes positifs, elle sera nécessairement amenée à se réclamer des principes généraux. Elle en rappelle deux : l'intérêt européen, menacé par le contre-coup dela révolution polonaise, les sentiments de solidarité humaine.

« Lesévénements de Pologne ontéveillé en Europe des préoc- « cupations communes à tous les cabinets. Soit en effet que « l'on envisage du point de vue de l'humanité ou de celui des « intérêts politiques, la lutte qui a éclaté, elle devait fixer la « sollicitude des Puissances (‘). »

C'est surtout sur les intérêts politiques mis en jeu, que Drouyn de Lhuys insiste :

« Ces convulsions périodiques sont le système d’un mal « invétéré et tiennent évidemment à des causes permanentes. « Les conséquences en sont d’ailleurs fâcheuses pour l’Europe, « comme pour les contrées elles-mêmes qui ont à souffrir le « plus directement de ces conflits. Lorsqu'ils éclatent, ils ont « inévitablement pour effet d'agiter partout l'opinion, d’inquié- « ter les cabinets, de troubler leurs rapports et de faire naître « de regrettables complications (°). » |

Entre les notes françaises et anglaises, simple différence de principe, dira-t-on ? Non point ! Ces différences ont des répercussions. Considérant la question polonaise du point de vue des traités de 1845, les Anglais réclament la réunion d'une Conférence comprenant les signataires de ces traités. La regardant comme une question européenne, c'està l'Europe tout entière assemblée en un Congrès — idée chère à l’empereur — que la diplomatie française est d'avis de la soumettre. L'accord se fera sans doute ; mais les tractations laborieuses qu’il nécessite auront par avance épuisé les bonnes volontés. La circulaire du ministre des Affaires étrangères de France à

1. Circulaire aux agents diplomatiques de l’empereur: Paris, le 17 avril (Livre jaune, n° 32).

Page 1