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Tant qu'il s'était trouvé en présence des notes individuelles de l'Angleterre, de la France ou de l'Autriche, le Gouvernement russe avait pu praliquer, avec succès, la vieille maxime politique : « Dimide ut imperes ». ë
En face des notes concertées des 17 et 18 juin, Gortchakot ne pouvait se maintenir dans cette attitude. Sur la question de principe, il s'incline :
« Nous ne contestons nullement aux Puissances signataires « de l’Acte Général de Vienne, le droit d'interpréter, selon « leur propre conviction, les termes de la transaction, à « laquelle elles ont concouru ».
Aïnsi, une Conférence réunissant les auteurs de cet Acte
se trouvait, dans son principe, légitimée. Mais, aurait-elle quelque valeur pratique ? Gortchakof ne le croit pas.
En tous cas, « elle dépasserait de beaucoup les bornes du droit d'interprétation »…
La brèche étant ainsi ouverte, il répond individuellement aux trois gouvernements, réservant à chacun d’eux les objections qui lui paraissent les plus propres à l’atteindre et à paralyser son action.
Il essaie d'attirer l'altention de l'Angleterre surl'inefficacité, les risques mêmes de la procédure proposée. À M. de Brunnow, son ambassadeur à Londres, le ministre de Russie écrit : ‘
« Quant à l’idée d'une Conférence des Huit puissances « signataires des traités de Vienne qui aurait à délibérer « sur les 6 articles adoptés comme base, elle présente des « inconvénients sérieux, sans que nous puissions en déduire « aucune utilité.
« Si les mesures dont il s'agit, sont suffisantes pour la « pacification du pays, une Conférence serait sans objet. Si « ces mesures, devaient être soumises à des délibérations « ultérieures, il en résulterait une trgérence directe des Puis- « sances Etrangères dans les détails les plus intimes de « l'administration, ingérence qu'aucune Grande Puissance ne « pourrait admettre el que certainement l'Angleterre n'admet- « trail pas dans ses propres affaires ().»
Drouya de Lhuys avait signalé à la Russie les troubles, que la Révolution de Pologne avait entrainés dans l’Europe entière. Gortchakof lui répond, en agitant le spectre du péril révolutionnaire. Il signale « l’action la plus évidente des éléments révolutionnaires de tous les pays, qui se concentre aujourd'hui dans le royaume de Pologne, et constitue le caractère européen de la question ».….
« Nous devions, ajoute-t-il, d'autant plus fixer sur cet « objet l'attention du gouvernement français que l'un des « principaux foyers de celte agilation est Paris même. L’émi-
1. Lettre de Gortchakof à M. de Brunnow, à Londres (Saint-Pétersbourg, le 1°-13 juillet 1863) (livre jaune, n° 24).
« gration Polonaise, profitant de ses relations sociales, y a « organisé une vaste conspiration, destinée d'un côté à égarer « l'opinion publique en France par un système de diffama- « tion et de calomnies sans exemple, de l’autre. à alimenter « les désordres dans le royaume..., soit surtout en propa- « geant la conviction d’une intervention active du dehors, en « faveur des aspirations les plus insensées de l'insurrec- « tion (). »
À l'Autriche, directement intéressée et signataire des traités du 3 mai, Gortchakoîff propose une entente directe.
Le Chancelier russe a tâté la solidité de la coalition : l'instant est décisif.
À une semblable note, la logique eût voulu, SObIEE il, que l’on répondit par des mesures militaires. La Krance le proposa. Mais l'Angleterre trouva plus sage de répondre par une note nouvelle. .
Ce furent les notes des 3, 11 et 12 août, adressées par les trois Cours à leurs ambassadeurs en Russie. D'apparence, l’union est parfaite. L’Autriche rejette avec dignité toute proposilion d’accord direct. L’ordonnance des trois dépêches est la même. Elles débutent par un long préambule, où sont reprises, point par point, les objections du Chancelier; et elles se terminent sur une formule à peu près semblable, sue met en cause la responsabilité de la Russie.
« Il reste en même temps au gouvernement de l'Empereur « (de la Reine) un devoir impérieux à remplir : c’est d'appeler « l'attention la plus sérieuse de Son Excellence sur la gra- « vité de la situation, et sur la responsabilité qu’elle impose « à la Russie (7) »..
La note française ajoute même :
« Si la Russie ne fait pas tout ce qui dépend d'elle pour
. Lettre de Gortchakof à son borde à Paris (le 1-13 juillet 1863) ee n° 28).
2. Dépêche de Drouyn de Lhuys, du 3 août, et de lord Russel, du 11 août (Livre jaune, n°5 29 et 30).
LA PROTECTION DES POLONAIS (1815-1863) 139 « réaliser les intentions modérées et conciliantes des trois « Puissances, si elle n’entre pas dans la voie qui lui a été « indiquée par des conseils amicaux, elle est responsable des «graves conséquences que la prolongation des troubles de « Pologne peut enirainer. » :
La menace perce sous la courtoisie des termes. Mais les formules semblables n’ont leur sens que lorsqu'elles annoncent une armée en marche. Et aucune armée n'était prête à marcher.
Dès lors que pouvait craindre Gortchakoff ?
Sa première réponse était conciliante dans la forme. La seconde, celle du 26 août-7 septembre, qu'accompagnait un long Memorandum, était rédigée sur un tout autre ton.
Après un long exposé historique, d’où il ressortait que c'est sur l'initiative du Tzar Alexandre [#, et malgré les autres Puissances, que des dispositions favorables au Polonais avaient été insérées dans le traité de Vienne, le Memorandum concluait que la Russie ne Fo accepter la Conférence proposée.
« On ne saurait imaginer question plus délicate, ni ingé- « rence plus directe. Un gouvernement qui l'eût acceptée « eùt virtucllement abdiqué son autorité entre les mains de « la Conférence. »
Dans les dépêches, Gortchakoîf définissait les devoirs du Tzar envers les Polonais et les Puissances :
« Notre Auguste Maitre reste animé des intentions les plus
« bienveillantes envers la Pologne, les plus conciliantes « envers toutes les Puissances Etrangères.
« Le bien-être de ses sujets de toutes les races et de toutes les convictions religieuses est une obligation que Sa Majesté « Impériale a acceptée vis-à-vis de Dieu, de sa conscience el « de ses peuples. L'Empereur consacre toute sa sollicitude à « la remplir.
«Quant à la responsabilité que Sa Majesté peut-assumer « dans ses rapports internationaux, ces rapports sont réglés « par le droit public. La violation de ces principes fonda-
« mentaux peut seule entrainer une responsabilité. Notre « Auguste Maître a constamment respecté et observé ces « principes envers les autres Elats, Sa Majesté est en droit « d'attendre et de réclamer le même respect de la part des. « autres Puissances (). »
Les illusions n'étaient plus permises.
« Nous déplorons, devait écrire le 22 septembre Drouyn «de Lhuys à notre chargé d’affaires à Londres, le Marquis de « Cadore, que trois puissances, telles que l'Angleterre, l’Au- « triche et la France ne soient pas parvenues à donner à « leurs démarches toute l'efficacité désirable, et il n’a pas « tenu à nous d'assurer à leur opinion l'irrésistible autorité
«d’une résolution collective (*).:»
1. Dépêche de Gortchakoff au Baron de Budberg, ambassadeur à Paris,à M. de Brunnow, ambassadeur à Londres, à M. de Knorring, ambassadeur à Vienne,
en date du 26 août-7 septembre 1863 (livre jaune, n°5 32, 33, 34).
2, 2 Livre jaune des Affaires de Pologne de 1863 (n° 36). L'affaire de Pologne devait faire encore l’objet de notes de la part des Gouvernements. L’An:gleterre, en octobre, propose d'intervenir à nouveau; en novembre, Napoléon III émet l’idée d'un Congrès européen.
Mais l'accord est rompu, qui seul eût permis une solution...
Au printemps 1864, l'insurrection, abandonnée par l'Autriche, est vaincue. Et la Russie peut à son gré dicter ses conditions,