‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 60 sur 195 · À. — JUDAÏSME OFFICIEL ET SIONISME · texte numérisé non relu

À. — JUDAÏSME OFFICIEL ET SIONISME

. Par la Poale-Sion, les Juifs se sont fait reconnaître du monde socialiste, comme une nationalité, aux Congrès de Stockholm, de Berne et d'Amsterdam. Ils tentèrent, par d’autres voies, d'intéresser à leur cause les sphères gouvernementales des divers Etats.

Lors du Congrès de Berlin, les Juifs d'Occident avaient déjà agi près de leurs Gouvernements respectifs, pour obtenir d'eux l'inscription de garanties, dans les traités. en faveur de leurs corréligionnaires de Roumanie. L'idée n’élait donc pas nouvelle. Les revendications qu'ils émirent pendant la guerre, ne diffèrent des précédentes que par leur étendue.

Dès le début des hostilités, les organes du Judaïsme ofticiel en rapport avec les différents Gouvernements : l'Alliance Israélite en France, le « Hilfsverein der deutschen Juden v en Allemagne, | « Anglo-jewish Association » en Angleterre, aux Etats Unis l’ « Américan-jewish Committee » avaient réclamé la levée des restrictions qui pesaient encore sur les Juifs de certains Etats et la reconnaissance d’une pleine égalité entre * eux et les autres sujets. Dans la suite, ces sociétés allèrent plus loin. Elles demandèrent que le droit de diriger euxmêmes leurs institutions éducatives, charitables et de bienfaisance (ce qu’on a appelé : droit des minorités) fût reconnu aux Juifs dans les Etats, dans lesquels les autres nationalités jouissaient de droits similaires. Cependant, le terme de « droits nationaux » ne fut pas à dessein prononcé par elles,

I le fut par les Sionistes : c'était dans la logique des choses. L'idée sioniste, rénovée ou inventée par Théodore Herzl à la

fin du xx° siècle, admise avant la guerre par onze congrès internationaux juifs (:), se résume dans le vœu d’une partie des Juifs, de créer quelque part, plus spécialement en Palestine, où les appellent des souvenirs historiques, un foyer national, un « home ». Pour justifier cette création, il fallait faire reconnaître au monde que les Juifs, au moins dans certains pays, formaient, non pas une confession religieuse, mais une nationalité. Le terme de « droits nationaux » était à la base de cette démonstration. Comme une nation ne se conçoit guère sans territoire, les Sionistes comptaient en tirer argument pour revendiquer l'octroi d'une patrie, patrie mystique dans leur pensée, plutôt que patrie effective, centre de ralliement des aspirations, organe de défense des intérêts d’un grand peuple en exil.

En août 4915, Max-Nordau, l’intime collaborateur de Herzl, formulait dans les termes suivants, les exigences du peuple \ juif pour la Conférence de la Paix :

« 1° Dans tous les pays où nous vivons en petit nombre, pleine égalité des droits pour nous, non pas sur le papier, mais en réalité. Si elle entre dans les lois, elle ne tarderaæ pas à entrer dans les mœurs (besteht sie amtlich, so folgt sie

ehr bald sozial). Ministres, généraux, hauts magistrats, ambassadeurs, les Juifs ne seront pas longtemps boycottés des salons et des hôtels, même si les lanceurs de mode sont encore bornés, arriérés, pleins de préjugés.

2° Partout où nous formons un élément important et organisé de la population, reconnaissance de notre nationalité, aussi loin qu’il est nécessaire (soferu sie dies wünscht), et extension à cette nationalité de toutes les concessions politiques et culturelles, qui, dans l'Etat envisagé, sont faites à toute autre nationalité consciente, distincte et organisée.

1. Les trois premiers Congres internationaux juifs ont lieu à Bâle, le premier le 27 août 1897, le quatrième à Londres en 1900, les cinquième, sixième et septième à Bâle, le huitième à La laye en 1907, le neuvième à Hambourg en 109, le dixième à Bäle, le onzième à Vienne en 1913.

30 Pour les Juifs qui veulent vivre entre eux, la Palestine (‘). »

Après avoir établi ce programme, Max Nordau réclamait la réunion d’un Congrès juif international, pour désigner la représentation juive à la Conférence de la Paix, avec des moyens financiers appropriés.

Ainsi, dès août 1915, les revendications sionistes étaient fixées dans leurs trois grandes lignes. Peut-être même l’étaient-elles avant. Qu'il suffise de noter qu'à cette date, elles sont devenues le programme officiel du parti. Depuis lors, elles se préciseront etse développeront; mais la distinction établie avec beaucoup de netteté par Nordeau sera maintenue.

C'est sur le caractère national des Juifs dans l’Europe Orientale, sur la nécessité de leur reconnaitre des « droits nationaux », que les Sionistes, dans les années suivantes, insistent le plus.

A la Conférence des -Nationalités, tenue à Lausanne en juin 1916, M. Zevi Aberson, représentant du Comité national juif de Suisse, résumera les aspirations juives en un mot;

« Le première de nos revendications, c'est que l'on recon- « naisse enfin que nous sommes une nationalité, et non pas « seulement une confession religieuse ».

Et, tirant les conciusions du principe, il ajoute :

. « Au moment où la nation polonaise va être appelée « à nouveau à disposer de son sort, nous demandons aux « Polonais de reconnaitre, à côté des droits individuels eb « politiques des Juifs, les droits de la nationalité juive à « disposer d'elle-même en matière de culture nationale. « Nous entendons par là le droit d’avoir des écoles natio- « nales et, d'une manière générale, des institutions natio- « nales propres à sauvegarder notre langue et nos mœurs,

1. Texte cité par M, Lazar Felik APinkus, Ver der Gründung des Judenstaales. Zurich, 1918.

« conformément à la Déclaration des Droits des Nationalités « votée ici même ».…. (1)

Il serait facile de multiplier les citations. Pour ne prendre les revendications sionistes qu’à leur point d’aboutissement, voici les conclusions auxquelles arrivait, à la dernière Conférence sioniste de Londres (février-mars 1919), M. Léon Motzkin, membre du grand Comité d'action, rapporteur de la Commission des « droits nationaux » :

« Les Sionistes soutiennent, disait-il, que les droits civils « ne sont pas suffisants, si on ne donne aux Juifs des droits « nationaux, qui peuvent seuls assurer leur position. Les « Juifs, partout en Europe, ont fait de l'agitation en ce sens « pendant les dernières années, et il est nécessaire que ce « principe soit soutenu à la Conférence de Ja Paix... Il est « nécessaire que les Juifs soient considérés comme ‘une « entité nationale ayant l'usage de sa propre langue, qu’ils soient représentés à la ligue des Nations et reconnus pour .& le paiement des indemnilés de guerre et des dommages résultant des pogromes ». (?)

La résolution votée à la Conférence développait le programme en 6 paragraphes :

4° La constitution de tous les Etats nouvellement formés, agrandis ou reconstitaés devra contenir un article garantissant aux Juifs l'égalité complète des droits civils.

2° Dans tous les nouveaux Etats, les Juifs devront être reconnus comme communauté nationale.

3° Dans tous les nouveaux Etats, les droits nationaux devront être garantis aux Juifs eu égard à leur langue, à leurs écoles, à leur représentation dans les corps politiques et

AR

1. L'article du programme remis par la délégation juive est rédigé dans les termes suivants :

€ Le principe des nationalités exige que le droit de disposer d'eux-mêmes « en matière de culture nationale (écoles nationales, institutions culturelles « et nationales...) soit reconnu aux Juifs, partout où ils habitent en masses « compactes : Russie, Pologne, Galicie, Bukovine, Roumanie... »

Page 1