‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 61 sur 195 · Jewish Chronicle du 7 mars · texte numérisé non relu

Jewish Chronicle du 7 mars

administratifs et dans la mesure où ces droits seront admis par le Conseil local national juif.

4° Un corps représentatif devra être élu par la population juive dans chaque pays.

9° La Conférence de la Paix devra reconnaître la nation juive, comme faisant partie de la Société des Nations et devra admettre dans ses conseils, les représentants nommés par le Congrès juif mondial.

6° La Conférence de la Paix reconnaitra les droits des Juifs aux indemnités, sous le contrôle international, pour les pogromes de guerre, proportionnellement aux dommages subis dans les pogromes, à payer par les Etats où les pogromes ont eu lieu(:).

L'on peut ainsi mesurer le chemin parcouru par la pensée sioniste au cours des années de guerre.

En proposant de constituer le peuple juif en nation, de reconnaître au Congrès mondial juif des attributs qui sont ceux des Etats, de lui donner accès à la Société des Nations, la Conférence sioniste de Londres arrivait aux mêmes conclusions que la Conférence socialiste d'Amsterdam.

Il faut d’ailleurs noter que ce programme hardi était vive-' ment combattu dans le sein même du judaïsme. Il heurtait trop violemment les conceptions admises, pour avoir quelque chance d'aboutir près des Gouvernements.

b) L’arriTupe DES GOUVERNEMENTS

1° Les puissances alliées (France, Angleterre, Italie)

Au IV*° Congrès sioniste, tenu à Londres, le fondateur du parti, Théodore Herzl, exprimait sa foi profonde dans l’Angleterre :

« L’Angleterre, disait-il, la puissante et libre Angleterre, « qui d'un regard embrasse l’univers, nous comprèndra, nous

1, Journal l’Aurore, « organe national juif » paraissant à Constantinople, n° 23, mai 1919.

« et nos aspirations. Avec l'Angleterre comme point d'appui, « nous pouvons être sûrs que l’idée sioniste grandira plus « puissante que jamais (°). »

L’effort du sionisme, en effet, se fit sentir le plus vivement en Angleterre. Londres devint le centre du parti,comme avant la guerre l’avait été Berlin. Deux cent cinquante sociétés groupées dans « la Fédération sioniste d'Angleterre » et « l'Ordre des Machabéens » entreprirent, en faveur de l'idée de Herzl, une propagande active. Les journaux du judaïsme officiel, le Jewish Chroricle et le Jewish Wonld s’ÿ montrèrcent dès l'origine favorables, ainsi que les organes publiés en Yiddish, notamment la revue Palestine. En 1915, des pourparlers étaient déjà engagés entre les sionistes et le gouvernement britannique. Plus tard, une partie des Israélites d'Angleterre se détachera du courant qui emporte l'ensemble de leurs compatriotes, et fondera, en opposition avec les partis sionistes, « la ligue des Juifs britanniques » (1918). Cette Société qui groupa une élite (on y trouve les noms de Lionel, de Rotschild, de lord Swaythling, de sir Philipp Maguus, de Montefiore) ne rallie que peu d'adhérents. Le judaïsme britannique, en majorité, reste sioniste.

C'est au sujet du sionisme, que l'Angleterre prend position dans la question juive. Dans une lettre du 2 novembre 1917, adressée à lord Rotschild. M. Balfour exprime les « vues du gouvernement de Sa Majesté en faveur d’un home « national pour le peuple juif en Palestine »... (*?) étant, « bien entendu, ajoute-t-il, que rien ne doit porter préjudice « aux droits et au statut politique profitant aux Juifs dans « quelque autre pays que ce soit » (*),

La déclaration Balfour approuvée par la France le 9 février(*)

1. Ges paroles étaient prononcées le 13 août 1900 (voir Lazar Felik Pinkus, op. cit.).

2. € His Majesty’s government views with favour the establishment in Palestine of a national home for the Jewish people ».

3. € Ît being clearly understood that nothing shall be done, which may pre- &judice.… the rights and political status enjoyed by Jews in any other country. »

k. Lettre de M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, à M. Sokolow, représentant de l'Organisation sioniste,

par l'Italie le 9 mai (‘), par les Etats-Unis le 31 août 1918 (*), est la première manifestation des Puissances Alliées en faveur des Juifs.

Dans un acte officiel, le peuple juif, pour la première fois, a été reconnu par un Gouvernement comme formant une nation. C'est en cela, plus que par ies promesses encore incertaines qu'elle contient, que la déclaration Balfour est importante. « Notre sympathie pour l'Angleterre et sa politique « juive, lit-on dans le Lemberger Tageblatt du 16 novembre « 1917 (), ne vient pas de ce qu’elle veut enlever une pro- « vince à la Turquie, el nous la donner; elle repose sur ce « seul fait qu’elle est la première grande puissance européenne « qui ait tendu la main au peuple juif, pour le ranger à nou- « veau, avec les attributs d'un Etat, dans le rang des peuples « indépendants. » L'adresse de remerciements des Juifs russes à Sir Robert Buchanan est inspirée du même esprit. En considérant les Juifs comme une « nation », l'Angleterre a créé un précédent, qu ils comptent invoquer, pour réclamer des droits nationaux dans l’Europe Orientale.

Rien pourtant n’est dit, dans ia Déclaration Balfour, au sujet des Juifs de l'Est. Il faut attendre le printemps 1918, pour que des engagements précis viennent la compléter sur ce point.

Le 28 juin 1918, M. Graham répond à la demande formulée par les Israélites d'Angleterre, « qu'il est chargé, par le « secrétaire d'Etat Balfour de vous donner l’assurance... que « le Gouvernement de Sa Majesté nourrit la plus grande sym- « pathie pour l'émancipation des J'uifs de l'Est et est très dési- « reux de faire tout ce qui est en son pouvoir pour é{ablir un

1. Lettre du marquis Impériali, ambassadeur d'Italie à Londres, à M. Sokolow.

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