‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 66 sur 195 · C. — Les Erars-Unis · texte numérisé non relu

C. — Les Erars-Unis

Nombreux (ils sont environ 3 millions), influents, les Juifs des Etats-Unis étaient pendant la guerre divisés en plusieurs partis. Les socialistes-démocrates, en intime union avec les sociales-démocraties juives de Europe Orientale (il y a aux Etats-Unis des adhérents à la Poale-Sion), soutenaient, <omme elles, un programme tout à la fois démocratique et national-juif. [ls restèrent, pendant la majeure partie de la guerre de sentiments germanophiles.Leurs organesprincipaux, le Vorwaerts et le journal. der Tag (1) étaient publiés en Yiddish. |

Un parti sioniste très important réclamait l'érection de la « Jérusalem Nouvelle ». La haute personnalité de son président, le juge Brandeïs, dont les liens de sympathie personnelle avec le Président Wilson étaient étroits, ne fut pas sans influence sur les destinées du sionisme. L’aristocratie juive enfin, ayant à sa tête MM. Schiff et Marshall, considérait le problème de ce point de vue philanthropique, qu'adoptent si volontiers toutes les aristocralies en face des problèmes so- <iaux.

L'American Jewish Committee, fondé en 1906, avait été jusqu'en 1914, l'organe officiel — l’on pourrait presque dire le seul organe — du judaïsme américain. Par ses tendances, cette société correspond à l'Alliance israélite en France. « Prévenir la violation des droits civils et religieux « des Juifs. Assurer aux Juifs l’égalité de traitement écono- « mique, social et éducatif, soulager les persécutés »... tels élaient ses buts. !

Ce programme largement humanitaire ne suffisait point aux éléments populaires et sionistes. Ceux-ci, dès 1915, entreprirent une campagne pour la réunion d’un Congrès des Juifs des Etats-Unis, élu sur une base démocratique. L'American jewish Committee se rallia dans la suite à ce projet.

1. Le Vorwærts était dirigé par M. Cohen, le Tag par M. Finck, tous deux de tendances germanophiles.

De 1915 à1918, n'eurent lieu cependant que des Congrès partiels: Congrès partiel à Philadelphie (mars-juin 1916), Congrès des Communautés juives du Greater New-York (1917). Ge ne fut qu'après l'armistice (15-18 décembre 1918) que se réunit à Philadelphie le Congrès général des Juifs desEtats-Unis,attendu depuis longtemps, et longtemps différé. Quatre cents délégués furent chargés d'élaborer un programme de revendications en faveur des Juifs de l'Europe Orientale ; neuf membres, désignés pour aller le soutenir à Paris devant la Conférence de la Paix. |

Les revendications du Congrès de Philadelphie se rapprochaient de celles que dans un même temps, élaboraient les Juifs de France et de Grande-Bretagne ().

L'influence des Juifs des Etats-Unis sur leur gouvernement a toujours été considérable. (C'est sur leur demande

: ; \ qu'en deux circonstances mémorables, M. Vashburne en- 1872, M. Haye en 1902, consentirent à se départir de la réserve, dans laquelle une interprétation étroite de la doctrine de Monroë enfermait la politique américaine, pour intervenir en Roumanie (°).

Le président Wilson, par sentiment libéral, peut-être aussi par sympathie pour un groupement ethnique, dont la puissance électorale ne peut être négligée, suivit l’exemple de ses illustres devanciers.

Les articles parus depuis 1917 dans la New Republic, que l’on peut alors considérer comme un organe officieux de la Maison Blanche, laissaient transparaître que le Président n'élait point indifférent aux revendications juives. Au début

1. Il proposait « d’issérer comme condition préalable à la création de tout Etat nouveau ot à l'agrandissement de tout Etat existant les clauses expresses suivantes » au nombre de 7, qui peuvent se résumer : 1° droit à la nationalité de Etat ; 2° droit d'établissement ; 3° égalité individuelle ; 4° représentation des. minorilés ; 5° autonomie religieuse et culturelle ; 6° liberté de la langue; 7° respect du sabbat.

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