PRÉFACE
Les moyens d'action de l’agriculture sont dominés par la loi du rendement non proportionnel, qui ne permet pas, sur une surface limitée, de produire une quantité illimitée de denrées nécessaires à la vie. L'élendue du sol cultivable et le temps indispensable à l'évolution du cycle des saisons indiquent cette sphère d'activité réduite et, en même temps, expliquent la difficulté de multiplier la production agricole pour lutter avec les autres branches de Pactivité nalionale ; ee dans la concurrence pour la main-d'œuvre.
__ L'ouvrier agricole, en louant sa force de travail, « cherche à recevoir le plus qu'il est possible » (1) et déserte les champs ee quand sa condition de travailleur ne satisfait plus à ses désirs. Il marche vers l’industrie et le commerce dont les moyens
(1) H. Baudrillart, J.-B. Say, p. 16. =.
Carrère re, À 1
4 CE DEN | AC facilement multipliés peuvent satisfaire les besoins nouveaux créés par la civilisation. Ce mouvement détermine une rupture d'équilibre dans la répartition de la population ouvrière et l’agriculture, affaiblie, reste dans une situation économique inférieure. . L :
A la constatalion de ce phénomène, l'École libérale individualiste répond que « l’homme est conduit par une main invisible à promouvoir un résultat qui n’est pas dans ses intentions » (1), mais qui est conforme à l'intérêt de lous.
L'exode rural n'est que momentané. Les ouvriers agricoles
croient de leur intérêt personnel d'’affluer vers les villes. Leur
grand nombre les oblige à se faire concurrence pour le prix
de leur travail. Le coût des subsistances augmente à cause de la production agricole diminuée. Progressivement, sous l'influence de ces deux facteurs, se produit un mouvement inverse qui ramène le travailleur rural vers la terre.
I manque à cette explication optimiste la fixalion du temps nécessaire à Ja réalisalion d’une pareille harmonie écono- . mique. Le temps est indifférent aux théories dogmatiques, mais les périodes de crises et de transition à production incertaine sont angoissantes pour la génération qui les supporte.
Si les hommes ne régissent pas les événements et les lois économiques, ils peuvent les condilionner par leur volonté;
il n’est pas étrange qu'ils s'appliquent à rechercher les ca uses du malaise social.
D'ailleurs, l'étude des moyens légaux susceptibles d’apaiser les confiits du trävail ou d'améliorer la situation des ouvriers agricoles intéresse tous les propriétaires de terres. Il existe | peu de familles françaises qui ne soient rattachées ou inté-
(1) A. Smith, Richesse des nations, liv. IV, chap. I.