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plage de Nemours. Ils séjournèrent quelque temps sur le territoire algérien et ensuite allèrent retrouver à Saïdia d'autres contingents.
Ainsi fut constituée une mehalla sous le commandement d'Er-Roukina, chambellan du Sultan. Grâce au concours des officiers français de la section frontière, cette mehalla put remporter quelques succès assez importants : elle reprit la ville d'Oudjda, dispersa les partisans de Bou Hamara sur les bords de Tlsly, et à Aïoun-Sidi-Mellouk fit sa jonction avec la garnison de Taza'.
En facilitant la constitution et l'organisation de la mehalla chérifienne, le gouvernement français, quoiqu'on en ait dit^, ne faisait qu'exécuter les engagements pris envers le Sultan.
La politique de collaboration pouvait peut-être donner lieu à quelques complications et à quelques déceptions ; mais, dans la circonstance présente, elle apparaissait comme étant la seule possible et la seule profitable ^.
Du moment que notre gouvernement renonçait, malgré de nombreux griefs, à entreprendre la conquête militaire du Maroc, il devait du moins chercher à tirer ce pays du désordre dans lequel il se trouvait plongé et
1. Bulletin du Comité de l'Afrique française, 1903, pp. 260, 286, 819, 386. .
2. Dans une lettre écrite à M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères, M. Trouin, député d'Oran, a prétendu que les autorités françaises, en laissant débarquer à Nemours les soldats chérifiens, avaient commis une intervention irrégulière dans les affaires intérieures du Maroc. [Bulletin du Comité de V Afrique française, 1903, p. 261.)
3. E. Etienne, la Politique française au Maroc. [Bulletin du Comité de l'Afrique française, 1904, supplément, pp. 215 et suiv.)
qui nous était très préjudiciable. Or, pour atteindre ce but, il n'avait qu'un moyen : aider le Sultan, chef politique, ou du moins chef religieux, à rétablir la tranquillité et la prospérité dans les régions limitrophes.
Malgré la justesse de cette observation, le protocole du 20 juillet 1901 et l'accord du 20 avril 1902 ont été vivement critiqués dans la presse' et dans le Parlement^. On a dit qu'en aidant le Sultan à châtier les tribus rebelles et à percevoir divers droits, nous risquions de discréditer la cause française parmi les populations du Maroc. M. Jaurès a longuement développé cette manière de voir devant la Chambre des-députés.
« Par le protocole de 1901, a-t-il dit, on a fait au Sultan des concessions singulièrement imprudentes. Lorsqu'en i845 on reconnaissait au Sultan du Maroc la possession de territoires indéterminés, on ignorait quelles populations habitaient ces territoires. C'était une sorte de désert inconnu qu'on annexait à l'autorité du Chérif. Mais depuis on a vu que ce n'était point un désert, on a vu qu'il y avait là des peuples, des tribus ayant leur régime spécial, des tribus absolument indépendantes de l'autorité du Sultan, réfractaires à son autorité. Et il est un peu singulier qu'au lieu de chercher à attirer à la France une à une ces tribus autonomes, ces tribus indépendantes avec lesquelles il était aisé de nouer des relations favorables, on ait songé à dissimuler
1. Pène-Siefert, Revue politique et parlementaire, 1903, p. 265.
2. Discours prononcé à la Chambre des députés par M. DeschaneU dans la séance du 19 novembre 1903 et par M. Jaurès, dans la séance du 20 novembre 1903. {Journal officiel , 1903, Chambre des députés, pp. 2793 et 2811.)
Tautorité morale de la France derrière Tautorité réduite dfen Sultan décrié pour avoir fait non pas l'application, mais la caricature de la civilisation européenne. Je dis qu'on est allé bien loin dans cette voie. Notre diplomatie ne s'est pas bornée àiconcéder au Sultan l'autorité sur Figuig et sur toutes ces régions ; elle ne s'est pas bornée à établir qu'il installerait, de concert avec nous, des ports maçonnés de douane et de garde; elle lui a presque fait une obligation de déclarer la guerre aux tribus qui étaient réfractaires à son autorité
« D'après l'article i^^'de l'accord du 20 avril 1902, notre diplomatie ne se borne pas à reconnaître sur ces tribus inconnues aux négociateurs de i845 l'autorité du Sultan restée jusque-là purement nominale, elle fait au Sultan, p^r traité avec l'autorité de la France, en lui promettant la coopération de notre pays, elle fait au Sultan une obligation de transformer une autorité nominale en une autorité effective. Et c'est nous qui, au lieu.de conquérir à nous par un traitement bienveillant ces tribus autonomes qui ne demandaient qu'à se rapprocher de nous, c'est nous qui les éloignons à jamais en obligeant le Sultan, dont elles ne veulent pas, à leur déclarer la guerre.
(( C'est là, à mon avis, une politique fausse, dangereuse. Vous ne vous faites pas seulement les coo{)érateurs douaniers, les coopérateurs fiscaux, les coopéraleurs militaires de ce Sultan dont l'autorité est diminuée, vous vous faites à son proifit les collecteurs officiels et responsables d'impôts qui sont odieux aux tribus.
(( Par l'article 6 du même accord, vous établissez que ce sont des agents français qui observeront sur les mar-
chés que les Marocains ont exactement payé les tributs que le Sultan prétend leur imposer. Et c'est l'agent français qui renverra au Sultan les impôts perçus sous la responsabilité de la France sur ces tribus qui ont repoussé jusque-là ces chargées fiscales; et nous commettons cette faute incomparable d'assumer pour nous les responsabilités d'un régime fiscal qui prend tout aux tribus et ne leur donne rien ' . »
Répondant à M. Jaurès, le Ministre des Affaires étrangères n'eut pas de peine à démontrer que la politique de collaboration était imposée à notre diplomatie par la force même des choses.
« L'action, dit-il, que notre situation même nous appelle à exercer au Maroc, en y consolidant nos intérêts prépondérants, doit être avant tout essentiellement pacifique. Seulement, comme on ne fait pas de politique avec le néant, il saute aux yeux que cette politique ne peut se faire qu'avec le gouvernement marocain... Tel qu'il est, le gouvernement marocain est encore la seule autorité qui subsiste, la seule par conséquent avec laquelle on puisse pacifiquement porter remède à des maux trop manifestes. Ce remède, il est dans l'amélioration progressive, par étapes, des conditions économiques du pays, dans un effort mesuré et constant vers le bienêtre des populations qui, vivant mieux et ne se trouvant blessées ni dans leurs mœurs, ni dans leurs coutumes, ni dans leur religion, n^'auraient plus ni raison, ni prétexte de troubler l'ordre et la tranquillité. Or, pour une
1. Discours prononcé par M. Jaurès à la Chambre des députés dans la séance du 20 novembre 1903, déjà cité.
pareille œuvre, le Maroc a besoin d'appui. Qui est mieux placé que nous, et qui mieux que nous et qu^ plus que nous a intérêt à le lui donner? C'est ce que nous faisons en vertu d'accords que le gouvernement marocain a été amené à reconnaître la nécessité, sur lesquels n'a jamais plané aucun mystère, qui n'ont pas la portée qu'a cru pouvoir lui attribuer l'honorable M. Jaurès et qui valent surtout par leur pratique journalière. Par ces accords a été prévu rétablissement, des deux côtés de la frontière, de marchés qu'alimentera le chemin de fer français, qui court le lonç de la frontière, où les indigènes des deux pays viendront s'approvisionner et où aussi seront perçus à la fois, par les autorités algérienne et marocaine, des droits de place très minimes, des droits qui ne sont pas à la discrétion du gouvernement marocain, mais qui ont été établis d'up commun accord, qui ne peuvent être modifiés sans notre consentement, et qui, étant la rémunération d'un service évident, sont parfaitement légitimes.
« Je ne vous donnerai pour preuve de l'action bienfaisante de ces marchés, au point de vue de la pacification des régions environnantes, que l'extraordinaire activité qui règne sur le marché récemment créé de Beni-Ounif, point terminus actuel du chemin de fer, à 4 kilomètres de Figuig, et où la population des ksour de l'oasis se rendent en foule pour y échanger contre leurs produits les marchandises apportées par nos w^agons.
« Quant aux troupes marocaines qui doivent assurer la protection des marchés marocains, c'est à des officiers français que l'instruction en doit être confiée, et je
n'ai pas besoin de faire ressortir à la Chambre quelle garantie cela constitue pour nous'. »
Après ce long débat, Ja Chambre des députés approuva les explications du Ministre des Affaires étrangères, mais elle prit en considération un projet de résolution présenté par M. Jaurès, ainsi conçu :
(( La Chambre invite le gouvernement à inscrire dans le prochain budget des crédits au budget des affaires étrangères et des crédits de subvention au budget algérien pour développer pacifiquement chez les tribus qui avoisinent l'Algérie, et d'accord avec ces tribus et avec les autorités dont elles relèvent, des œuvres de civilisation : caisses de réserve contre la famine, distributio de grains, écoles, infirmqries, services médicaux, m s chés, voies de communication^. »
Ce projet, soumis à l'examen de la Commission d affaires extérieures et à la Commission du budget, a fi l'objet d'un rapport favorable présenté par M. Hubert
Un crédit de 600,000 francs a été inscrit au budg des affaires étrangères sous la rubrique : « Œuvr françaises au Maroc "^ ».
1. Discours prononcé par M. Delcassé, ministre des Affaires étrt gères, à la Chambre des députés, dans la séance du 23 novembre 19i {Journal officiel, 1903, Chambre des députés, p. 2831.)
2. Chambre des députés, séance du 23 novembre 1903. [Journ officiel, 1903, Chambre des députés, p. 2843.)
3. Rapport fait par M. Lucien Hubert, député, au nom de la Co mission des affaires extérieures. {Journal officiel, 1904. Chambre d députés. Documents parlementaires, n» 1762.)
4. Séance du 26 novembre 1904. {Journal officiel, 1904, Chamt des députés, p. 2713.)