‹ La protectriceChapitre 11 sur 28 · I.AUHE, émue · texte numérisé non relu

I.AUHE, émue

Ah! Léon, ce que vous me dites m'effraie et m'attendrit eu même temps... voilà que je ne désire plus me marier... Être heureuse me paraissait si facile; maintenant il me semble que c'est impossible.

LÉON

Pourquoi donc ? ce que la fortune n'assure jioint, l'affection peut le donner. Et dites moi, I.aure, n'avez-vous donc jamais pensé qu'il fallait chercher soi-même celui avec qui l'on devait vivre, qu'il fallait choisir non le plus riche, mais le plus noble de cœur, le plus aimant?

LAl)l\lî.

Ah! sans doute... j'avais cru d'abord que cela devait être ainsi ; mais on m'a accuséed'être folle, romanesque.

Ah ! ne les croyez pas !

LAURE

Je le voudrais, car ce que je vous ai dit tnut-ii- Iheure, c'est ce que je répète tout haut pour dire comme les autres... mais tout bas j'avais fait un si joli choix, et si vous vouliez me promettre de ne pas vous moquer de moi...

LÉON

Ah! je vous le jure!

LAunE.

Eh bien ! malgré ce que l'on disait à la pension, j'ai toujours pensé qu'il serait bien doux de s'unir à quelqu'un dont on serait toute la famille et tout l'avenir, .i quelqu'un qui travaillerait pour se faire une position dans la vie.

LÉON

En vérité?

lAURE, s'animant.

Songez quelle joie de l'encourager, de partager ses succès ! comme on en serait fière ! mais de cette fierté qu'on garde pour soi, qui vous gonfle le cœur sans vous rendre vaine, de la fierté de bonheur!

LÉON, enchanté.

Oh! oui, c'est cela !

LAIRE

Oh! vivre ainsi à deux bien unis, cherchant toutes ses joies dans la tendresse et le travail... n'est-ce pas que ce serait bien doux?

LÉON, enivré.

Ce serait le ciel ! et pour cela on n'aurait besoin ni de grande fortune, ni d'hôtel somptueux.

LAURE

Du tout... Une petite place et un quatrième étage, avec des rideaux blancs et des fleurs a la fenêtre.

LÉON

On ne sortirait point en voilure.

LALIIE.

.Jamais... A pied en se donnant le bras.

LÉON

Et au lieu d'avoir une loge à l'Opéra, on passerait le soir ensemble à chanter et à lire des vers. LAiiiiE, aiec explosion.

C'est cela. Oh ! que vous comprenez bien le mariage!

LÉON, de même.

Et vous, vous .êtes un ange!

' Il lui prend la main et la serre.

LAURE

Mon cousin... (Entendant venir.) Ah!

LÉON

On vient.

LAURE

Dieu! si c'était ma marraine! je me sauve.

LÉON

M. de Bercourt.

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SCÈiSE VIII.

LÉON, DE BEUCOURT.

DE BERCOURT.

Eh ! c'est mademoiselle Laure que j'elTarouche ainsi?

LÉON, embarrassé.

Oui... nous causions.

IlE BERCOURT.

Je comprends... Du reste, je suis bien aise de vous trouver seul, mon cher monsieur Léon.

LÉON

Vous avez à me parler?

IlE BERCOURT.

Oui. A'ous saurez qu'en vous quittant tout-iil'heure, je suis allé au ministère : c'est à deux pas d'ici.

LÉON

Ah!

HE BERCOURT.

L'huissier m'a assuré que le ministre travaillait avec son chef de division ; mais je sais ce que cela veut dire. J'ai envoyé ma carte, on m'a fait entrer, et j'ai trouvé son excellence... Aous causions depuis quelque temps de ma demande, lorsqu'on a apporté un travail de nominations à la signature... il y en avait une en blanc. « Veux-lu une place de receveur à Briançon?» m'a demandé le ministre en riant : j'ai accepté.

Vous!...

HE BERCOURT.

Et je viens vous demander si vous en voulei...

LÉON

Oue dites-vous?...

OE BERCOURT.

Vous vous plaigniez ce malin de n'a\oir point

de carrière , de n'être préparé à en parcourir aucune; Tolci un emploi qui ne demande d'autre esprit qu'un cautionnement que je vous trouverai. Voyez : c'est huit mille francs ; il y en aura mille pour un commis qui fera tout, et sept mille à vous pour ne rien faire...

LÉON

Maisijene puis croire encore...

DE BERCOORT.

Dites oui : j'écris un mot au ministre , et c'est une affaire terminée...

•L'ÉOIf.

Ab! eije pouvais».

DE BF.RCOUBT.

Qui vous empêche? jamais peut-être semblable occasion ne se représentera... (PZus Jai.) Écoutez, mon cher d'OIbreuse, je me crois obligé de vous parler franchement et en ami, vous ne coonaissez pas toute votre situation.

LÉON

■Que voulez-vous dire?...

DE BBRCOURT.

Vous comptez sur l'héritage de votre mère, que les gens de loi débrouillent depuis deux ans, à ce qu'ils disent.

LÉON

Eh bien!...

DE BERCOtIRT.

Eh bien! il ne vous rapportera rien... le notaire l'a déclaré à Borel, qui l'a dit devant moi à la baronne... Vous avez des dettes!...

LiON.

Quoi! vous savez...

DE BERCOCRT.

Et madame de Simiale le sait comme moi... elle a pris l'adresse de votre créancier.

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