L.v BAHONNE , Satisfaite
Ah !... je... je le craignais...
CHARLES
Je l'en avertirai.
LA BARO.VXE.
Pourquoi?
CHARLES
Pour qu'il ne compte plus sur cette succession et qu'il se décide à faire quelque chose.
LA BARO.NiVE.
Et que voulez-vous qu'il fasse?
Jlais des affaires... comme tout le monde...
LA BARO.NXE.
Léon ne ressemble point à tout le monde... il a des idées...
CHARLES
C'est précisément ce qui m'effraie!... les idées sont choses ruineuses; j'aimerais mieui avoir des vices à entretenir!
LA BARONNE
Vous êtes insupportable.
TE BERcouRT, souriant.
Comme lespérience.
CHARLES
Vous voyez, le grand homme m'approuve... J'ajouterai qu'il n'y a rien de dispendieux comme une élégante oisiveté... vous ne vous doutez pas, ma tante, de ce que l'on peut dépenser en gants glacés, en perles au jeu. Si Léon continue, il escomptera tout son avenir.
LA BARONNE
Eh! non!
CHARLES
Il fera des dettes.
LA BARONNE
Eh! non, vous dis-je...
CHARLES
Il en fait.
Ah!
LA BARONNE
Que dites-vous ?
CHARLES
II y a long-temps que je le sais; je ne voulais point vous en parler ; mais, ma foi, la chose devient pressante... j'ai là, d'ailleurs, de Bcrcourtqui intercédera au besoin pour Léon... car il ne faut pas vous fâcher...
LA BARONNE
En ai-je l'air?... mais d'où avoz-vous su?...
CHARLES
Par un agréé que le créancier avait chargé d'obtenir jugement.
LA BARONNE
Ah!... fort bien... le nom de ce créancier?
CHARLES
Je ne l'ai point demandé.
LA BARONNE
La somme?...
CHARLES
La somme... est un peu forte...
Quelle est-elle?
CHARLES
Mais on m'a parlé, je crois, d'une vingtaine de mille francs.
LA BARONNE
Pas davantage?
ciLiRLES , étonné.
Mais... non...
LA BARONNE
C'est bien. (A part. ) Voila sans doute pourquoi Léon est triste depuis quelque temps.
CHARLES , étonné et scrutateur.
Je vois avec plaisir que vous ne lui en voulez point...
LA BARONNE
Lui en vouloir? et pourquoi? si quelqu'un est coupable, c'est moi seule. N'ai-je pas exigé qu'il me suivit dans le monde? ne sais-je pas que dans sa position il est des dépenses nécessaires?... le besoin de plaire, sa générosité naturelle, ont dû malgré lui... Plus les instincts d'un jeune homme sont élevés, plus il oublie facilement de calculer ses ressources.
CHARLES , vivement.
Ce que vous dites là, ma tante, est profondément philosophique, et la preuve, c'est que, de nos jours, tous les hommes supérieurs ont des dettes...
DE BERCOURT, Souriant.
Auriez-vous, par hasard, des prétentions à la supériorité?
CHARLES
Pourquoi pas? ce que ma tante vient de dire me rassure.
LA BARONNE
Comment... est-ce que...
CHARLES
Eh bien ! oui... je n'osais vous avouer que moi aussi...
LA BARONNE
Vous avez des dettes?...
CHARLES
Résultat d'instincts élevés... qui m'ont empêclié de calculer...
DE BERCOURT, riant.
C'est une scène de comédie...
LA BARONNE
Sauf le dénoûmcnt! la tante ne payera point.
CHARLES
Mais vous disiez pour Léon...
LA BARONNE, l'interrompant .
Léon... Léon... c'est différent... il ne gagne point d'argent comme vous !.,.
MAGASIN THÉÂTRAL
cinni.ES.
Et c'est pour cela qu'il a le droit d'en dépenser?