‹ La protectriceChapitre 6 sur 28 · L.v BAHONNE , Satisfaite · texte numérisé non relu

L.v BAHONNE , Satisfaite

Ah !... je... je le craignais...

CHARLES

Je l'en avertirai.

LA BARO.VXE.

Pourquoi?

CHARLES

Pour qu'il ne compte plus sur cette succession et qu'il se décide à faire quelque chose.

LA BARO.NiVE.

Et que voulez-vous qu'il fasse?

Jlais des affaires... comme tout le monde...

LA BARO.NXE.

Léon ne ressemble point à tout le monde... il a des idées...

CHARLES

C'est précisément ce qui m'effraie!... les idées sont choses ruineuses; j'aimerais mieui avoir des vices à entretenir!

LA BARONNE

Vous êtes insupportable.

TE BERcouRT, souriant.

Comme lespérience.

CHARLES

Vous voyez, le grand homme m'approuve... J'ajouterai qu'il n'y a rien de dispendieux comme une élégante oisiveté... vous ne vous doutez pas, ma tante, de ce que l'on peut dépenser en gants glacés, en perles au jeu. Si Léon continue, il escomptera tout son avenir.

LA BARONNE

Eh! non!

CHARLES

Il fera des dettes.

LA BARONNE

Eh! non, vous dis-je...

CHARLES

Il en fait.

Ah!

LA BARONNE

Que dites-vous ?

CHARLES

II y a long-temps que je le sais; je ne voulais point vous en parler ; mais, ma foi, la chose devient pressante... j'ai là, d'ailleurs, de Bcrcourtqui intercédera au besoin pour Léon... car il ne faut pas vous fâcher...

LA BARONNE

En ai-je l'air?... mais d'où avoz-vous su?...

CHARLES

Par un agréé que le créancier avait chargé d'obtenir jugement.

LA BARONNE

Ah!... fort bien... le nom de ce créancier?

CHARLES

Je ne l'ai point demandé.

LA BARONNE

La somme?...

CHARLES

La somme... est un peu forte...

Quelle est-elle?

CHARLES

Mais on m'a parlé, je crois, d'une vingtaine de mille francs.

LA BARONNE

Pas davantage?

ciLiRLES , étonné.

Mais... non...

LA BARONNE

C'est bien. (A part. ) Voila sans doute pourquoi Léon est triste depuis quelque temps.

CHARLES , étonné et scrutateur.

Je vois avec plaisir que vous ne lui en voulez point...

LA BARONNE

Lui en vouloir? et pourquoi? si quelqu'un est coupable, c'est moi seule. N'ai-je pas exigé qu'il me suivit dans le monde? ne sais-je pas que dans sa position il est des dépenses nécessaires?... le besoin de plaire, sa générosité naturelle, ont dû malgré lui... Plus les instincts d'un jeune homme sont élevés, plus il oublie facilement de calculer ses ressources.

CHARLES , vivement.

Ce que vous dites là, ma tante, est profondément philosophique, et la preuve, c'est que, de nos jours, tous les hommes supérieurs ont des dettes...

DE BERCOURT, Souriant.

Auriez-vous, par hasard, des prétentions à la supériorité?

CHARLES

Pourquoi pas? ce que ma tante vient de dire me rassure.

LA BARONNE

Comment... est-ce que...

CHARLES

Eh bien ! oui... je n'osais vous avouer que moi aussi...

LA BARONNE

Vous avez des dettes?...

CHARLES

Résultat d'instincts élevés... qui m'ont empêclié de calculer...

DE BERCOURT, riant.

C'est une scène de comédie...

LA BARONNE

Sauf le dénoûmcnt! la tante ne payera point.

CHARLES

Mais vous disiez pour Léon...

LA BARONNE, l'interrompant .

Léon... Léon... c'est différent... il ne gagne point d'argent comme vous !.,.

MAGASIN THÉÂTRAL

cinni.ES.

Et c'est pour cela qu'il a le droit d'en dépenser?

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