SCENE VI
LA BARONNE , LAUKE et LÉON, entrant sans
voir la Baronne.
LÉON, vivement.
Ainsi vous m'avez reconnu?
LAURE
Oh! j'ai tant pensé è vous!
LÉON
Chère Laure !
Qui vient là? c'est Laure.
LAURE, courant l'embrasser.
Ah ! ma marraine!
l.A BARONNE.
Bonjour : je vous attendais.
LAUBK.
.l'arrivé, .l'ai rencontré mon eiiusin dans le salon.
LA BABONNE.
Et à ce que je vois, vous avez renouvelé connaissance. Mais comment #tes-vous seule?
LAuac.
Ah! mon tuteur vous prie de l'excuser; une affaire l'a forcé de se rendre, eu arrivant, chez son avocat, et il m'a déposée ici en passant... mais il reviendra... (A Léon.) Il a bien envie de vous voir aussi, lui... et ma chère marraine... Ah! je suis heureuse de me trouver à Paris...
LÉON
Vous commenciez à vous ennuyer en pension?
LAUKE.
Énormément! et cependant quand je suis partie, cela devenait amusant... il y avait une immense conspiration organisée contre la première sous-maîlresse... [à la barontie) vous savez, mademoiselle Nathalie, dont je vous ai piirlé dans mes lettres... une espèce de maire du palais, qui avait usurpé toute l'autorité à la pension, et qui voulait nous forcer de tirer nos papillottes dès le matin.
LA BARONNE
Voyez le despotisme!
LAURE
On m'écrira si la conjuration a réussi... A propos d'écrire, savez-vous, mon cousin, que vous êtes bien paresseux!...
LÉON
Moi?
LAURE
Vous-même ; vous me devez trois réponses.
LA BARONNE
Vous les avez comptées?...
LAURE
Certainement. Pour une pensionnaire, une lettreest un événement... puis il écrit si bien, mon cousin.
LÉON
Comment?...
LAURE
Oh! il ne faut pas faire le modeste; notre professeur de style lui-même l'a dit. Je lui ai montré une de vos lettres... vous savez, celle où vous me racontiez votre voyage en Suisse... Toutes les grandes de la pension l'ont copiée sur leur cahier des morceaux choisis.
LÉON, riant.
En vérité !
LA BARONNE
Vous voilà un grand prosateur, connue M. Jourdain, sans vous en douter.