‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 119 sur 146 · JOAN., V · texte numérisé non relu

JOAN., V

si reconnue et au consentement de tant de siècles : car puisque de nos jours on a bien osé publier en toute sorte de langues des livres contre l’Écriture, il ne faut point dissimuler ce qu’on dit pour décrier ses antiquités. Que dit-on donc pour autoriser la supposition du Pentateuque, et que peut-on objecter à une tradition de trois mille ans soutenue par sa propre force et par la suite des choses ? Rien de suivi, rien de positif, rien d’important ; des chicanes sur des nombres, sur des lieux ou sur des noms : et de telles observations, qui dans toute autre matière ne passeraient tout au plus que pour de vaines curiosités incapables de donner atteinte au fond des choses, nous sont ici alléguées comme faisant la décision de l’affaire la plus sérieuse qui fut jamais.

Il y a, dit-on, des difficultés dans l’histoire de l’Ecriture. [1 y en a sans doute qui n’y seraient pas si le livre était moins ancien, ou s’il avait été supposé, comme on l’ose dire, par un homme habile et industrieux ; si l’on eût été moins religieux à le donner tel qu’on le trouvait, et qu’on eût pris la liberté d’v corriser ce qui faisait de la peine. Il y a les difficultés que fait un long temps, lorsque les lieux ont changé de nom ou d'état, lorsque les dates sont oubliées, lorsque les généalogies ne sont plus connues, qu’il n’y a plus de remède aux fautes qu’une copie tant soit peu négligée introduit si aisément en de telles choses, ou que des faits échappés à la mémoire des hommes laissent de l’obscurité dans quelque partie de l’histoire. Mais enfin cette obscurité est-elle dans la suite même ou dans le fond de l’affaire ? Nullement tout y est suivi ;

et ce qui reste d’obscur ne sert qu’à faire voir dans les livres saints une antiquité plus vénérable.

Mais il y a des altérations dans le texte...

Mais d’où viennent ces variétés des textes et des versions ? D’où viennent-elles en effet, sinon de l’antiquité du livre même, qui a passé par les mains de tant de copistes depuis tant de siècles que la langue dans laquelle il est écrit a cessé d’être commune? Mais laissons les vaines disputes, et tranchons en un mot la difficulté par le fond. Qu’on me dise s’il n’est pas constant que de toutes les versions, et de tout le texte, quel qu’il soit, il en reviendra toujours les mêmes lois, les mêmes miracles, les mêmes prédications, la même suite d'histoire, le même corps de doctrine, et enfin la même substance. En quoi nuisent après cela les diversités des textes? Que nous fallait-il davantage que ce fond inaltérable des livres sacrés, et que pouvions-nous demander de plus à la divine Providence? Et, pour ce qui est des versions, est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, que la langue de l’Écriture soit si ancienne qu’on en ait perdu les délicatesses, et qu’on se trouve empêché à en rendre toute l’élégance ou toute la force dans la dernière rigueur ? N'est-ce pas plutôt une preuve de la plus grande antiquité ? Et si on veut s’attacher aux petites choses, qu’on me dise, si de tant d’endroits où il y a de l’embarras, on en a jamais rétabli un seul par raisonnement ou par conjecture. On a suivi la foi des exemplaires ; et, comme la tradition n’a jamais permis que la saine doctrine pût être altérée, on a cru que les autres fautes, s’il y en restait, ne serviraient

qu’à prouver qu’on n’a rien ici innové par son propre esprit.

A-t-on jamais jugé de l’autorité, je ne dis pas d’un livre divin, mais de quelque livre que ce soit, par des raisons si légères ? Mais c’est que l’Écriture est un livre ennemi du genre humain ; il veut obliger les hommes à soumettre leur esprit à Dieu, et à réprimer leurs passions déréglées : il faut qu’il périsse ; et à quelque prix que ce soit, il doit être sacrifié au libertinage. ;

Au resie, ne croyez pas que l’impiété s'engage saris nécessité dans toutes les absurdités que vous avez vues. Si, contre le témoignage du genre humain et contre toutes les règles du bon sens, elle s’attache à ôter au Pentateuque et aux prophélies leurs auteurs toujours reconnus, et à leur contester leurs dates, c’est que les dates font tout en cette matière, pour deux raisons: premièrement, parce que des livres pleins de tant de faits miraculeux, qu’on y voit revêtus de leurs circonstances les plus particulières, et avancés non seulement comme publics, mais encore comme présents, s’ils eussent pu être démentis, auraient porté avec eux leur condamnation ; et au lieu qu’ils se soutiennent de leur propre poids, ils seraient tombés par eux-mêmes il y a longtemps ; secondement, parce que, leurs dates étant une fois fixées, on ne peut plus effacer la marque infaillible d'inspiration divine qu’ils portent empreinte dans le grand nombre et la longue

suite des prédictions mémorables dont on les trouve

remplis.

C’est pour éviter ces miracles et ces prédictions, que

UNE PAGE DE THÉOLOGIE d 11.

les impies sont tombés dans toutes les autres absurdités qui vous ont surpris. Mais qu’ils ne pensent pas échapper à Dieu : il a réservé à son Écriture une marque de divinité qui ne souffre aucune atteinte. C’est le rapport des deux Testaments. On ne dispute pas du moins que tout l’ancien Testament ne soit écrit devant le Nouveau. Il n’y a point ici de nouvel Esdras qui ait pu persuader aux Juifs d'inventer ou de falsifier leur Écriture en faveur des chrétiens qu’ils persécutaient. Il n’en faut pas davantage. Par les rapports des deux Testaments, on prouve que l’un et l’autre est divin. Ils ont tous deux le même dessein et la même suite : l'un prépare la voie à la perfection que l’autre montre -à découvert ; l’un pose le fondement, et l’autre achève l’édifice ; en un mot, l’un prédit ce que l’autre fait voir accompli.

Ainsi tous les temps sont unis ensemble, et un dessein éternel nous est révélé. La tradition du peuple juif et celle du peuple chrétien ne font ensemble qu’une même suite de religion, et les Écritures des deux Testaments ne font aussi qu’un même corps et un même livre. {

1. BOssSuUET, Discours sur l’histoire universelle, deuxième partie, ch. 27-28.

Personne n’ignore que le couvent dit de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï, fut fondée par l’empereur Justinien, durant la première moitié du sixième siècle ; depuis lors, iln’a jamais été détruit ; mais il faut dire que deux siècles déjà avant sa fondation, il sv trouvait deux édifices plus modestes : une petite église construite sur l'emplacement prétendu du buisson ardent, du sein duquel le Seigneur avait parlé à Moïse, et une tour élevée pour servir ce refuge particulier aux «€ saints du Buisson. » L'histoire nous rapporte qu’en 570 des Sarrazins massacrèrent de pieux solitaires du Sinaï. Cet ermitage du buisson, qui remonte au troisième siècle, est le premier des monuments de la vénération que les chrétiens ont vouée à ce théâtre sacré de la loi divine, au Sinaï des documents mosaïques, : vénération qui est devenue universelle depuis la construction du couvent par Justinien…

L'espoir avec lequel j'étais parti, de découvrir quelques textes précieux de manuscrits surtout bibliques, remontant aux premiers siècles de l'antiquité chrétienne, fut réalisé au delà de mon attente ; car je rencontrai dans ce monastère la perle de mes trouvailles. En visitant sa bibliothèque, j’apercus au mi-. lieu de cette vaste salle une grande et large corbeille pleine de vieux parchemins ; et le bibliothécaire,

homme fort instruit, me dit que deux autres semblables, remplis de papier rongés par le temps, avaient été jetés au feu.

Quel ne fut pas mon étonnement en découvrant parmi ces débris un nombre considérable de feuilles d’une bible grecque de lPAncien Testament, qui me parut être l’une des plus anciennes que j’eusse jamais vues! On m'en céda sans peine et à ma grande joiele tiers environ, quarante-trois, avec d’autant plus de facilité qu’on se disposait à brûler le tout. Cependant je ne pus obtenir, malgré mes instances, qu’on m’accordât les autres feuilles ; la satisfaction que j'avais manifestée sans réserve avait éveillé des soupçons sur la valeur ignorée de ce manuscrit. Je transcrivis une page du texte d’Isaïe et de Jérémie, et je recommandai les restes, et tous les fragments semblables que lon pourrait trouver, aux soins des religieux.

À mon retour en Saxe, il ne manqua pas de savants qui parurent comprendre le haut prix du trésor que j’apportais. Toutefois je fis mon secret du lieu où je l'avais trouvé, dans l’espoir d'acquérir un jour les parties qu’on avait refusé de me livrer. Je donnai au gouvernement saxon ma riche collection de manuscrits orientaux en échange du paiement complet de mes frais de voyage. Je déposai à la bibliothèque de l’université de Leipzig,sous forme de collection qui porte mon nom, cinquante manuscrits dont quelques-uns très rares et très importants ; j'en fis de même des

fragments du Sinaï, sous le nom de Frédéric-Augus-

te, en souvenir reconnaissant des bontés de ce roi; et je les publiai à Leipzig en 1846, en un ouvrage de

luxe où chaque lettre et chaque trait avaient été reproduits sur la pierre avec la plus sévère exactitude.

Mais ces travaux du foyer, touchant les manuscrits que j'avais moissonnés, ne me firent pas oublier le trésor lointain que j'avais découvert. J’en poursuivis l'acquisition par l'intermédiaire d’un ami influent qui résidait à la cour du vice-roi d'Égypte ; mais malheureusement ses démarches restèrent sans succès, car «les moines du couvent, m'écrivit-il, ont appris à connaître, depuis votre départ, tout ce que valent leurs feuilles de parchemin, et ils ne veulent s’en dessaisir à aUCUN Prix. »

Je résolus alors de retourner en Orient pour copier au monastère cet inappréciable manuscrit. Après avoir quitté Leipzig, au mois de février 1853, je m'embarquai à Trieste pour l'Egypte, et au mois de février j'étais pour la seconde fois au couvent du Sinaï. Ce nouveau voyage fut peut-être plus heureux encore que le premier par les précieuses découvertes que je fis de manuscrits bibliques ; mais je ne pus me procurer la moindre nouvelle du trésor de 1844, ni en trouver des traces ; je me trompe, car je rencontrai dans un rouleau un petit fragment qui portait sur chaque côté onze courtes lignes du premier livre de Moïse ; ce qui me prouva que le manuscrit avait primitivement contenu tout l'Ancien Testament, mais que depuis longtemps la plus grande partie devait en être détruite.

A mon retour, je fis paraître, dans le premier volume d’une nouvelle collection de très vieux documents chrétiens, que je me mis à publier, la page du

manuscrit sinaïitique que j'avais transcrite en 1844, sans divulguer toutefois encore le lieu de ma riche trouvaille. Je tenais à déclarer que je revendiquais l’honneur d’avoir découvert les autres fragments, en quelque lieu qu’on les fit paraître plus tard, soit à Berlin, soit à Oxford ; car je présumais que l’un des savants voyageurs qui avaient visité le Sinaï après moi les avait déjà apportés.

Divers motifs, et surtout la vénération profonde des monastères orientaux pour l’empereur de Russie, me portèrent à m'adresser, dans l’automne de 1856, au gouvernement impérial, en lui soumettant le plan d’un grand voyage d’explorations orientales. Ce projet excita à Saint-Pétersbourg de jalouses et fanatiques oppositions. On s’étonnait qu'un savant étranger, protestant, osât ambitionner de l’empereur grec orthodoxe la faveur d’une mission en Orient. Mais la bonne cause triompha. Les sympathies que ma proposition rencontra dans le sein de la famille impériale elle-même exercèrent sur le czar une influence décisive. Elle fut approuvée au mois de septembre 1858, et tous les fonds demandés furent mis à ma disposition.

A la fin de janvier 1859 j'étais en face du cloître du Sinaï. La mission dont j'étais chargé me valut d’être reçu avec une distinction toute particulière. Le prieur, en me saluant, me souhaita de découvrir de nouveaux appuis en faveur de la vérité. Sa parole de bienvenue devait se vérifier au-delà de son espérance.

Après avoir consacré plusieurs jours à fouiller parmi les manuscrits du couvent, non sans mettre la

main sur quelque parchemin précieux, je faisais, le 4 février, prévenir mes Bédouins de se tenir prêts, avec leurs chameaux, à partir le 7 pour le Caire, lorsqu'une circonstance toute fortuite vint mettre le com-. ble à mes vœux.

L'après-midi de ce même jour, je fis avec l’économe du couvent une promenade sur l’une des cîimes voisines ; et comme nous rentrions, au déclin du jour, le religieux me pria d'accepter dans sa cellule quelques rafraîichissements. À peine étions-nous entrés, que reprenant notre précédent entretien : Et moi aussi, dit-il, j'ai là une Septuaginta — une Bible des Septante — ; et il alla prendre, dans un coin de la chambre, un volumineux objet enveloppé d’un linge rouge, et le plaça devant moi sur la table.

J'ouvre ce paquet, et j’aperçois à ma grande surprise, non seulement ces fragments que, quinze ans auparavant, j'avais tirés de la corbeille, mais encore d’autres parties de l’Ancien Testament, puis le Nouveau Testament tout entier, et enfin l’Épitre de Barnabé et une partie du Pasteur d’'Hermas.

Tout plein d’une joie que, celte fois, je sus contenir et cacher à l’économe et aux autres religieux, je demandai soudain et j’obtins la permission d’emporter le manuscrit dans ma chambre afin de l’examiner à loisir. Et là, quand je fus seul, je m’abandonnai aux élans de ma joie et de mon enthousiasme.

Je savais que je tenais dans mes mains le plus grand trésor qu'on pûüt trouver pour la science de la Bible, un document dont l’âge et l’importance dépassaient ceux de tous les manuscrits existants dont je m'étais

occupé durant vingt années. Je ne saurais, je l’avoue, retracer les émotions de cette heure de ravissement, en présence de ce vrai diamant biblique.

Aussi, en dépit d’une mauvaise lampe et d’une froide nuit, je me mis de suite à transcrire l’Épître de Barnabé. Depuis deux siècles on cherchait en vain l'original grec de la première partie de cet écrit, qui n'était connu que par une traduction latine très défectueuse ; et cependant cette lettre avait joui, depuis la fin du second siècle jusqu’au commencement du quatrième, d'une autorité assez étendue, puisque beaucoup de chrétiens lui accordaient volontiers, ainsi qu'au Pasteur d’'Hermas, une place à côté des documents sacrés de la Nouvelle Alliance. C'était juste le motif pour lequel ces deux écrits se trouvaient l’un et l’autre dans la Bible sinaïtique, dont la rédaction remonte à la première moitié du quatrième siècle vers l’époque du premier empereur chrétien.

Le cinq février, de bon matin, je fis appeler l’économe. Je lui demandai la faveur d’emporter le manuscrit au Caire, pour le transcrire en entier, de la première page à la dernière. Mais le prieur était parti depuis deux jours pour la même ville, afin de se rendre à Constantinople avec d’autres supérieurs de la maison-mère du Caire, dans le but d’élire un nouvel archevêque, et l’un des religieux s’opposait à mon désir. Que faire alors? Mon parti fut bientôt pris; le sept, au lever du soleil, je me hâtai de prendre congé des moines et de courir au Caire dans l’espoir d'y rencontrer encore les supérieurs, et de m’entendre avec eux. Mon départ fut entouré de mille marques

d'affection ; le pavillon russe flottait sur les murs du couvent; et tandis que les échos répétaient au loin les bruyants saluts de mes hôtes, les plus distingués d’entre eux m’accompagnaient jusque dans la plaine.

Le dimanche suivant j'arrivai au Caire, où je fus accueilli avec la même bienveillante sympathie. Les supérieurs qui n'étaient point encore partis consentirent promptement à ma demande; et soudain ils chargèrent un Bédouin d’aller prendre en toute hâte le manuscrit. En neuf jours, monté sur son chameau, il alla du Caire au Sinaï et du Sinaï revint au Caire ; etle 24 février l’inappréciable trésor était dans mes mains.

Le moment était venu de mettre sans retard et courageusement la main à l’œuvre, car il ne s’agissait de rien moins que de transcrire plus de cent dix mille lignes dont un grand nombre étaient fort difficiles à lire, soit à cause de corrections postérieures, soit parce que l'écriture avait pâli; et cela, sous une température qui ne descend jamais, aux mois de mars, d'avril et de mai, au dessous de vingt degrés réaumur à l’ombre. Aussi qui dira toutes les fatigues que nous coùta un travail pareil.

Mes rapports soutenus avec le monastère me fournirent l’occasion de suggérer aux moines la pensée d'offrir l'original même à l’empereur de Russie, protecteur-né de la foi grecque orthodoxe. L'idée trouva de l’écho ; mais l’exécution vint se heurter contre un obstacle inattendu. Le nouvel archevêque, élu à l’unanimité pendant la semaine de Pâques, et auquel il

appartenait de décider à cet égard en dernier ressort,

n’était pas encore consacré par un prince de l’Église,

ni reconnu par la sublime Porte. Or tandis qu’on attendait l'heure de cette double solennité, le patriarche de Jérusalem protesta contre ce choix avec une telle vigueur, que l’on n’espérait guère en triompher et obtenir l'installation officielle qu’au bout detrois mois; ce que voyant, je crus devoir partir, au commencement de mai, pour Jaffa et Jérusalem.

Juste à cette époque arrivait à Jaffa le grand-duc Constantin de Russie, qui avait pris, dès le début, le

plus vif'intérêt à ma mission. Je l’accompagnai à Jé-

rusalem. Je visitai les antiques bibliothèques de la ville sainte, celle du cloître Saint-Saba sur les bords de la mer Morte, puis celles de Beyrouth, de Ladikia, de Smyrne, de Pathmos. Le patriarche de Jérusalem prolongeant son hostilité et la poussant jusqu'aux plus extrêmes limites, les cinq députés du couvent avaient dû rester à Constantinople, où ils sollicitaient en vain, depuis plusieurs mois, une audience de la sublime Porte, pour faire valoir leurs droits; et, en cet état des choses, les religieux du Sinaï n’avaient pu se rendre à mon désir qui était devenu le leur.

Au milieu de ces embarrassantes conjonctures, l'archevêque et ses amis me prièrent d'intervenir en

. faveur des intérêts menacés du couvent. Je partis

sans retard pour Constantinople, désireux d’y appuyer les démarches des cinq députés. Le prince Lobanof, ambassadeur russe auprès dû sultan, me reçut avec la plus grande bienveillance, et le logement qu'il i’offrit à sa maison de campagne, sur les bords du Bosphore, me facilita le moyen de récourir plus souvent à sa haute intervention.

Cependant l’adversaire irréconciliable, le puissant et fougueux patriarche, était toujours triomphant. On conseilla alors à l’archevêque d’en appeler luimême en personne aux patriarches, aux archevêques et aux évêques, et ce moyen réussit; car, avant la fin: de l’année, le bon droit du couvent élait reconnu, et sa cause était gagnée. Je portai moi-même cet avis au. Caire, et j'eus soin d’y joindre ma demande particulière, appuyée par le prince Lobanof.

Le vingt-sept septembre j'étais au Caire. Les religieux assemblés et leur archevêque me témoignèrent la plus vive reconnaissance pour mes soins empressés à défendre leur cause à Constantinople, et dès le lendemain je recevais d’eux, sous forme de prèt, avec les marques de la plus honorable confiance, la Bible sinaitique, pour la transporter à Saint-Pétersbourg et l’y reproduire en une copie aussi fidèle que possible.

Dès les premiers jours d'octobre, je quittai l'Égypte: et le dix-neuf novembre je présentai à leurs majestés impériales, dans leur palais d'hiver, à Tzarskoé-Sélo, ma riche collection d’antiques manuscrits grecs, syriaques, coptes, arabes et autres, au milieu desquels la Bible sinaïtique brillait comme une couronne. En même temps je saisis cette occasion pour exposer à l'empereur Alexandre IT le projet de faire de cette Bible une édition digne de l’ouvrage et de l’empereur … lui-même, destinée à être l’un des plus grands monuments de la science biblique et critique.

Je ne crus pas pouvoir accepter les offres brillantes. qui me furent faites de me fixer pour toujours, ou même pour quelques années, dans la capitale de l&

Russie ; et c’est à Leipzig qu’au bout de trois ans, et après trois voyages à Saint-Pétersbourg, il m'a été donné de mener à bonne fin cette difficile et très laborieuse entreprise, par l'impression d’un fac-simile monumental, en quatre volumes in-tolio.

Au mois d'octobre 1862, je me rendis à Saint-Pétersbourg pour présenter cette édition à leurs majestés. L'empereur, qui avait libéralement pourvu à tous les frais, et qui avait approuvé l’idée de faire paraitre ce magnifique manuscrit à la célébration du Jubilé miliénaire de la monarchie russe, a fait cadeau de la plus grande partie des exemplaires au corps universel de ÿ Église chrétienne qui, sans distinction de confession, a fait éclater à ce sujet la plus grande reconnaissance.

Le pape lui-même, dans une lettre écrite de sa propre main, a exprimé à l'éditeur ses « félicitations et son admiration.» Et il y a quelques mois à peine, les deux plus célèbres universités de la vieille Angleterre, Cambridge et Oxford, voulaient bien mecombler d'honneur, en me conférant leur plus haute dignité académique. «J'aimerais mieux, disait au sujet de cette découverte un digne et savant vieillard, avoir trouvé le manuscrit du Sinaï que le Koh-i-Noor { de la reine d'Angleterre!»

Mais ce que je mets au dessus de toutes ces flatteuses démonstrations de la reconnaissance, c’est la conviction que la Providence a gratifié de la Bible du Sinai notre époque si douloureusement féconde en

4. Diamant de la couronne, valant plusieurs millions. Koh-inoor, veut dire « Montagne de lumière ».

attaques antichrétiennes, afin qu’elle nous soit une vive et pleine lumière touchant la parole écrite de Dieu, et nous aide à en défendre la vérité en raffermissant sa forme authentique.

1.C. TISCHENLORF, Leipzig, août 1865, De la date de nos Évangiles, ou réponse à cette question : Quand est-ce que nos Évangiles ont été composés; traduit d'après la quatrième édition allemande, par A. SApINOUX, Toulouse, société des livres religieux, 1866, p. 29-45.

Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n’a pas même existé. Ce n’est qu’un personnage allégorique. C’est le soleil personnifié ; et notre assertion sera prouvée si nous faisons voir que tout ce qu’on publie de Napoléon le Grand est emprunté du grand astre.

Voyons donc sommairement ce qu’on nous dit de cet homme merveilleux. On nous dit :

4° qu’il s'appelait Napoléon Bonaparte ;

20 qu’il était né dans une île de la Méditerranée ;

3° que sa mère se nommait Letitia ;

4° qu’il avait trois sœurs et quatre frères, dont trois furent rois ;

1. Qui se souvient encore, parmi nous, des élucubrations étranges de l’auteur de l’'Origine de tous les cultes ? Qui oserait aujourd'hui seulement prendre au sérieux les pédantesques allures de l’auteur de la Vie de Jésus? Quel silence autour de Dupuis et de son système astronomique! Strauss l’a suivi dans l'oubli, emportant avec lui son système my thique.

Au service de l'erreur, l’érudition ne sait le plus souvent qu'assembler des nuages.

Au service de la vérité, l'esprit jusqu’au sein de la nuit fait jaillir la lumière.

L'’opuscule que nous reproduisons, a paru, il y à soixante ans, sous le titre : Comme quoi Napoléon n’a jamais existé, ou Grand Erratum, source d’un nombre infini d'errata à noter dans l’histoire du XIXe siècle, par M. J. B. Pérès, À. O. À. M. bibliothécaire de la ville d'Agen.

o° qu'il eut deux femmes, dont une lui donna un fils;

6° qu’il mit fin à une grande révolution;

7° qu'il avait sous lui seize maréchaux de son empire, dont douze étaient en activité de service.

8 qu’il triompha dans le Midi, et qu’il succomba dans le Nord;

90 qu’enfin, après un règne de douze ans, qu'il avait commencé en venant de l'Orient, il s’en alla disparaitre dans les mers occidentales.

Reste donc à savoir si ces différentes particularités sont empruntées du soleil, et nous espérons que quiconque lira cet écrit en sera convaincu.

4° Et d’abord, tout le monde sait que le soleil est nommé Apollon par les poètes ; or la différence entre Apollon et Napoléon n’est pas grande, et elle paraitra encore bien moindre si l’on remonte à la signification de ces noms ou à leur origine.

Il est constant que le mot Apollon signifie exterminateur ; et il parait que ce nom fut donné au soleil par les Grecs, à cause du mal qu’il leur fit devant Troie, où une partie de leur armée périt par les chaleurs excessives et par la contagion qui en résulta, lors de l’outrage fait par Agamemnon à Chrysès, prêtre du soleil, comme on le voit au commencement de l’Iliade d'Homère ; et la brillante imagination des poètes grecs transforma les rayons de l’astre en flèches enflammées que le dieu irrité lançait de toutes parts, et qui auraient tout exterminé si, pour apaiser sa COlère, on n’eût rendu la liberté à Chryséis, fille du sacrificateur Chrysès.

C’est vraisemblablement alors et pour cette raison

Les ES

que le soleil fut nommé Apollon. Mais, quelle quesoit la circonstance ou la cause qui a fait donner à cet astre un tel nom, il est certain qu’il veut dire exterminateur.

Or Apollon est le même mot qu'Apoléon. Ils dérivent de Apolly6, ou Apoleë, deux verbes grecs qui n’en font qu’un, et qui signifient perdre, tuer, exterminer. De sorte que, si le prétendu héros de notre siècle s'appelait Apoléon, il aurait le même nom que le soleil, et il remplirait d’ailleurs toute la signification de ce nom; car on nous le dépeint comme le plus grand exterminateur d'hommes qui ait jamais existé. Mais ce personnage est nommé Napoléon, et conséquemment il y a dans son nom une lettre initiale qui n’est pas dans le nom du soleil. Oui, il y a une lettre de plus, et même une syllabe ; car, suivant les inscriptions qu’on a gravées de toutes parts dans la capitale, le vrai nom de ce prétendu héros éiait Néapoléon ou Néapolion. C’est ce que l’on voit notamment sur la colonne de la place Vendôme.

Or, cette syllable de plus n’y met aucune différence. Cette syllabe est grecque sans doute, comme le reste du nom, et, en grec, né (1), ou nai est une des plus grandes affirmations, que nous pouvons rendre par le mot véritablement. D'où il suit que Napoléon signifie : véritable exterminateur, véritable Apollon. Cest donc véritablement le soleil.

Mais que dire de son autre nom? Quel rapport le mot Bonaparte peut-il avoir avec l’astre du jour ? On ne le voit point d’abord ; mais on comprend au moins

que, comme bona parte signifie bonne partie, il s’agit sans doute là de quelque chose qui a deux parties, l’une bonne et l’autre mauvaise ; de quelque chose qui, en outre, se rapporte au soleil Napoléon. Or rien ne se rapporte plus directement au soleil que les effets de sa révolution diurne, et ces effets sont le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres ; la lumière que sa présence produit, et les ténèbres qui prévalent dans son absence ; c’est une allégorie empruntée des Perses. C’est l'empire d’'Oromaze et celui d’Arimane, l'empire de la lumière et celui des ténèbres, l'empire des bons et celui des mauvais génies. Et c’est à ces derniers, c’est aux génies du mal et des ténèbres que l’on dévouait autrefois par cette expression imprécatoire : Abi in malam partem. Et si var mala parte on entendait les ténèbres, nul doute que par bona parte on ne doive entendre la lumière ; c'est le jour, par opposition à la nuit. Ainsi on ne saurait douter que ce nom n’ait des rapports avec le soleil, surtout quant on le voit assorti avec Napoléon, qui est le soleil luimême, comme nous venons de le prouver.

20 Apollon, suivant la mythologie grecque, était né dans une île de la Méditerranée (dans l’île de Délos) ; aussi a-t-on fait naître Napoléon dans une île de la Méditerranée, et de préférence on a choisi la Corse, parce que la situation de la Corse, relativement à la France, où on a voulu le faire régner, est la plus conforme à la situation de Délos relativement à la Grèce où Apollon avait ses temples principaux eb ses oracles. e

Pausanias, il est vrai, donne à Apellon le titre de divinité égyptienne; mais pour être divinité égyptienne, il n'était pas nécessaire qu’il fût né en Egypte ; il suffisait qu'il y fût regardé comme un dieu, et c’est ce que Pausanias a voulu nous dire ; il a voulu nous dire que les Égyptiens l’adoraient, et cela encore établit un rapport de plus entre Napoléon et le soleil, car on dit qu’en Égypte Napoléon fut regardé comme revêtu d’un caractère surnaturel, comme l'ami de Mahomet, et qu’il y reçut des hommages qui tenaient de l’adoration.

3° On prétend que sa mêre se nommait Letitia. Mais sous le nom de Letitia, qui veut dire la joie, on a voulu désigner l’aurore, dont la lumière naissante répand la joie dans toute la nature ; qui enfante au monde le soleil, comme disent les poètes, en lui ouvrant avec ses doigts de rose les portes de l'Orient.

Encore est-il bien remarquable que, suivant la mythologie grecque, la mère d’Apollon s'appelait Lelo, ou Lètô. Mais si de Leto les Romains firent Latone, mère d’Apollon, on a mieux aimé, dans notre siècle, en faire Letitia parce que laetitia est le substantif du verbe laetor où de l’inusité laeto, qui voulait dire inspirer la joie. Il est donc certain que cette Letilia est prise, comme son fils, dans la mythologie grecque.

D’après ce qu’on en raconte, ce fils de Letitia avait trois sœurs, et il est indubitable que ces trois sœurs sont les trois Grâces, qui, avec les Muses leurs compagnes, faisaient l’ornement et les charmes de la cour d’Apollon leur frère.

4 On dit que ce moderne Apollon avait quatre frères. Or, ces quatre frères sont les quatre saisons de l’année, comme nous allons le prouver. Mais d'abord, qu’on ne s’effarouche point en voyant les saisons représentées par des hommes plutôt que par des femmes. Cela ne doit pas même paraître nouveau, car, en français, des quatre saisons de l’année, une seule est féminine, c’est l’automne; et encore nos grammairiens sont peu d'accord à cet égard. Mais en latin autumnus n’est pas plus féminin que les trois autres saisons; ainsi, point de difficulté là-dessus. Les quatre frères de Napoléon peuvent représenter les quatre saisons de l’année ; et ce qui suit va prouver qu'ils les représentent réellement.

Des quatre frères de Napoléon, trois, dit-on, furent rois ; et ces trois rois sont le Printemps, qui règne sur les fleurs ; l’Été, qui règne sur les moissons, et Automne qui règne sur les fruits. Et comme ces trois saisons tiennent tout de la puissante influence du soleil, on nous dit que les trois frères de Napoléon tenaient de lui leur royauté et ne régnaient que par lui. Et quand on ajoute que, des quatre frères de Napoléon, il y en eut un qui ne fut point roi, c’est parce que, des quatre saisons de l’année, il en est une qui ne règne sur rien : c’est l’Hiver.

Mais si, pour infirmer notre parallèle, on prétendait que l’hiver n’est pas sans empire, et qu’on voulut lui attribuer la triste principauté des neiges et des frimas, qui, dans cette fâcheuse saison, blanchissent nos campagnes, notre réponse serait toute prête : c’est dirions-nous, ce qu’on a voulu nous indiquer par la

vaine et ridicule principauté dont on prétend que ce frère de Napoléon a été revêtu après la décadence de toute sa famille, principauté qu'on a attachée au village de Canino, de préférence à tout autre, parce que canino vient de cani, qui veut dire les cheveux blancs de la froide vieillesse, ce qui rappelle l'hiver. Car, aux yeux des poètes, les forêts qui couronnent nos coteaux en sont la chevelure, et quand l'hiver les couvre de ses frimas, ce sont les cheveux blancs de la nature défaillante, dans la vieillesse de l’année:

Cum gelidus crescit canis in montibus humor.

Ainsi, le prétendu prince de Canino n’est que lPhiver personnifié ; l'hiver qui commence quand il ne reste plus rien des trois belles saisons, et que le soleil est dans le plus grand éloignement de nos contrées envahies par les fougueux enfants du Nord, nom que les poètes donnent aux vents qui, venant de ces contrées, décolorent nos campagnes et les couvrent d’une odieuse blancheur ; ce qui a fourni le sujet de la fabuleuse invasion des peuples du Nord -dans la France, où ils auraient fait disparaitre un drapeau de diverses couleurs, dont elle était embellie, pour y substituer un drapeau blanc qui l’aurait couverte tout entière, après l’éloignement du fabuleux Napoléon. Mais il serait inutile de répéter que ce n’est qu'un emblème des frimas que les vents du Nord nous apportent durant l’hiver, à la place des aimables couleurs que le soleil maintenait dans nos contrées, avant que par son déclin il se fût éloigné de nous; toutes choses dont il est facile de voir l’analogie avec

les fables ingénieuses que l’on a imaginées dans notre siècle:

ov Selon les mêmes fables, Napoléon eut deux femmes ; aussi en avait-on attribué deux au Soleil. Ces deux femmes du Soleil étaient la Lune et la Terre: la Lune, selon les Grecs—c'est Plutarque qui l’atteste, — et la Terre, selon les Égyptiens; avec cette différence bien remarquable que, de l’une, c’est-à-dire de la Lune, le Soleil n’eut point de postérité, et de l’autre il eut un fils, un fils unique ; c’est le petit Horus, fils d’Osiris et d’Isis, c’est-à-dire, du Soleil et de la Terre, comme on le voit dans l’Histoire du Ciel, t. I, page 6L et suivantes. C’est une allégorie égyptienne, dans laquelle le petit Horus, né de la Terre fécondée par le Soleil, représente les fruits de l’agriculture ; et précisément on a placé la naissance du prétendu fils de Napoléon au 20 mars, à l’équinoxe du printemps, parce que c’est au printemps que les productions de l’agriculture prennent leur grand développement.

6° On dit que Napoléon mit fin à un fléau dévastateur qui terrorisait toute la France, et qu’on nomma l’hydre de la Révolution. Or, une hydre est un serpent, et peu importe l’espèce, surtout quand il s’agit d'une fable. C’est le serpent Python, reptile énorme qui était pour la Grèce l’objet d’une extrême terreur, qu'Apollon dissipa en tuant ce rnonstre, ce qui fut son premier exploit; et c’est pour cela qu’on nous dit que Napoléon commença son règne en étouffant la Révolution française, aussi chimérique que

tout le reste ; car on voit bien que Révolution est emprunté du mot latin revolutus, qui signale un serpent roulé sur lui-même. C'est Python, et rien de plus.

7° Le célèbre guerrier du xiIx* siècle avait, dit-on, douze maréchaux de son empire à la tête de ses arimées, et quatre en non-activité. Or les douze premiers — comme bien entendu — sont les douze signes du Zodiaque, marchant sous les ordres du soleil Napoléon, et commandant chacun une division de l’innombrable armée des étoiles, qui est appelée imilice céleste dans la Bible, et se trouve partagée en douze parties, correspondant aux douze signes du Zodiaque. Tels sont les douze maréchaux qui, suivant nos fabuleuses chroniques, étaient en activité de service sous l’empereur Napoléon ; et les quatre autres, vraisemblablement, sont les quatre points cardinaux qui, immobiles au milieu du mouvement général, sont fort bien représentés par la non-activité dont il s’agit.

Ainsi, tous ces maréchaux, tant actifs qu'inactifs, sont des êtres purement symboliques, qui n’ont pas eu plus de réalité que leur chef.

8° On nous dit que ce chef de tant de brillantes armées avait parcouru glorieusement les contrées du Midi, mais qu'ayant trop pénétré dans le Nord, il re put s’y maintenir. Or, tout cela caractérise parfaitement la marche du soleil.

Le soleil, on le sait bien, domine en souverain dans le Midi, comme on le dit de l’empereur Napoléon. Mais ce qu’il y a de bien remarquable, c’est qu'après

l’'équinoxe du printemps le soleil cherche à gagner les régions septentrionales, en s’éloignant de l’équateur. Mais au bout de trois mois de marche vers ces contrées, il rencontre le tropique boréal qui le force à reculer et à revenir sur ses pas vers le Midi, en suivant le signe du Cancer, c’est-à-dire de l'Écrevisse, signe auquel on a donné ce nom, dit Macrobe, pour exprimer la marche rétrograde du soleil dans cet endroit de la sphère. Et c’est là-dessus qu’on a calqué l'imaginaire expédition de Napoléon vers le Nord vers Moscou, et la retraite humiliante dont on dit qu'elle fut suivie.

Ainsi, tout ce qu’on nous raconte des succès'ou des revers de cet étrange guerrier, ne sont que des allusions relatives au cours du soleil

9° Enfin, et ceci n’a besoin d’aucune explication, le soleil se lève à l’Orient et se couche à l’Occident, comme tout le monde le sait. Mais pour des spectateurs situés aux extrémités des terres, le soleil paraît sortir, le matin, des mers orientales et se plonger, le soir, dans les mers occidentales. C’est ainsi, d’ailleurs, que tous les poètes nous dépeignent son lever et son coucher. EF c’est là tout ce que nous devons entendre quand on nous dit que Napoléon vint par mer de l’Orient— de l'Égypte — pour régner sur la France, et qu’il a été disparaitre dans les mers occidentales, après un règne de douze ans, qui ne sont . autre chose que les douze heures du jour, les douze heures pendant lesquelles le soleil brille sur l’horizon.

Il n'a régné qu’un jour, dit l’auteur des Nouvèlles

Messéniennes, en parlant de Napoléon; et la manière dont il écrit son élévation, son déclin et sa chute, prouve que ce charmant poête n’a vu comme nous, dans Napoléon, qu’une image du soleil; et il n’est pas autre chose. C’est prouvé par son nom, par le nom de sa mère, par ses trois sœurs, ses quatre frères, ses deux femmes, son fils, ses maréchaux et ses exploits ; c’est prouvé par le lieu de sa naissance, par la région d’où on nous dit qu’il vint, en entrant dans la carrière de sa domination, par le temps qu’il employa à la parcourir, par les contrées où il domina, par celles où il échoua, et par la région où il disparut, pâle et découronné, après sa brillante course, comme le dit le poète Casimir Delavigne.

Il est donc prouvé que le prétendu héros de notre siècle n’est qu’un personnage allégorique dont tous les attributs sont empruntés du soleil. Et par conséquent Napoléon Bonaparte, dont on a ditet écrit tant de choses, n’a pas même existé, et l'erreur où tant de gens ont donné tête baissée vient d’un quiproquo, c’est qu'ils ont pris la mythologie du xix° siècle pour une histoire.

P. $S. Nous aurions encore pu invoquer, à l’appui de notre thèse, un grand nombre d’ordonnances royales dont les dates certaines sontévidemment contradictoires au règne du prétendu Napoléon ; mais nous avons eu nos motifs pour n’en pas faire usage.

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