CHAPITRE Je
1. La marche à suivre. Qui donc a, le premier, comparé l'Évangile au fleuve dont il est écrit : «Et le fleuve d’Éden, après avoir arrosé le Paradis, se divise en quatre bras » qui enlacent la terre pour la féconder?
Image grandiose, idée sublime, vérité sainte surtout. Le fleuve évangélique n'est pas seulement un symbole, c’est une réalité présente et tangible. Il coule sous nos yeux ; nous vivons sur ses bords; ses flots purs nous baignent et son cours paisible nous vivifie.
Fleuve incomparable, son bassin glorieux délimite exactement le domaine priviligié de la civilisation véritable. Les contrées qu’il arrose deviennent fécondes ; celles qu’il ne touche pas sont maudites et celles qu’il abandonne retombent dans la mort.
Fleuve béni qui relie les peuples vivants et forts ; chemin qui marche emportant l'humanité vers un avenir illimité de progrès, dans la lumière, la vertu et le bonheur.
A LIVRE FREMIER. — CHAPITRE 1°
D'où vient-il ?
Vous êtes-vous quelquefois demandé comment on peut savoir d’où jaillissent les sources d’un fleuve ?
Ne cherchez pas son nom sur vos cartes savantes ; la géographie classique ne le connaît pas. La gloire et le bruit viendront plus tard, mais ici c’est la solitude et le silence; fier comme nos montagnes et pur comme notre foi il traverse en courant une terre salubre dont les replis cachent des merveilles.
D'où vient-il ?
De « là-haut. » Et un geste énergique et sobre indique le massif sourcilleux qui ferme l’horizon du côté de l'Orient. Croyez-les ; «là-haut, » pour eux n’a plus de mystère et leur voix ne sait pas mentir.
Je l’ai cru dès ma tendre enfance puisqu'ils le disaient ; et pourtant leur parole me laissait pensif. De « là-haut! » mais c’est si loin, mais de tels obstacles nous en séparent ; par où peut-il passer pour venir jusqu’à nous ? Et puis, « là-haut, » que d’inconnu et que de merveilles !
Maintenant je ne le crois plus, je le sais. Il sort sans bruit du sein d’une terre féconde tour à tour glacée et verdoyante ; venu des neiges, il erre à travers d'immenses prairies, pur et paisible; puis, tout à coup, comme saisi de fureur, il hâte son cours, se précipite, bondit, écume, mugit, se brise et s’enfuit à travers la vallée qu’il emplit du tumulte de ses bienfaisantes colères.
Si profondément s’est gravée en mon âme l’image de ce cher ruisselet, qu’en fermant les yeux je le vois,
et je crois entendre le bruit de ses eaux ; si nette et si pleine est l’idée que lentement mon esprit s’en est faite qu'aujourd'hui encore, en dépit des ans, transporté à l’improviste sur n’importe quel point de son cours, en amont comme en aval du village, à première vue et sans hésiter, je dirais : c’est lui. Je ne le crois plus, je ne le sais pas, mais je le devine, et j’en suis très sûr.
Vous avez compris cher lecteur. De même qu'il ya trois manières de reconnaitre les sources d’un fleuve : consulter les riverains, aller voir et se souvenir, — il y à aussi trois arguments qui prouvent la provenance apostolique de l'Évangile : l’autorité de l’Église, le suffrage des premiers chrétiens et le témoignage des textes eux-mêmes. Ceci, je l'espère, deviendra clair.
2. Dieu pour auteur. Si je demande à l’Église d’où vient l'Évangile, elle me répond, montrant le ciel : de là-haut. Pour elle, en effet, l'Évangile est avant tout un livre divin. Deux fois au moins, en plein concile œcuménique, à Trente et au Vatican, elle a proclamé «sacrés » et «canoniques » les quatre récits qui le composent.
Nos quatre Évangiles sont inspirés; ne niez pas. vous seriez hérétique. Or un livre inspiré a Dieu pour auteur ; l’Église vous l’enseigne par la voix de ses conciles. Donc nos quatre Évangiles ont Dieu pour auteur.
Dieu pour auteur, c’est le mot juste et définitif. Dieu est auteur de tout ce qui existe: sans lui rien ne serait, un mot lui a suffi pour.tirer du néant le
monde brillant des esprits comme le pesant univers de la matière, mais ce mot était nécessaire et lui seul pouvait le prononcer. Il l’a dit, et le monde a commencé d’être.
Dieu est auteur de tout ce qui arrive : sans lui rien ne se ferait ; un simple vouloir lui suffit pour maintenir hors du néant et pousser à l’action toutes les créatures, mais ce vouloir indispensable dépend de lui seul. Il veut, et le monde dureet la création se meut.
En d’autres termes tout ce qui est, et tout ce qui se fait, l’être et le devenir, viennent de Dieu. De l’être, il est le principe unique : rien n'existe que parlui; atomes et soleils dépendent tolalement desa volonté créatrice. Du devenir, il demeure l’arbitre nécessaire et la cause principale ; sa providence dirige l’universet son concours fait se mouvoir les corps et penser les esprits.
De laquelle de ces deux façons Dieu est-il l’auteur de nos Évangiles ?
Ni de l’une ni de l’autre.
L’inspiration n’est ni la création pure ni le simple concours.
Dieu n’a pas créé l'Évangile, puisqu'il s’est servi, pour le composer, du ministère des hommes ; mais il ne s’est pas contenté de donner aux Évangélistes la collaboration strictement requise pour rendre possible le jeu normal de leurs facultés naturelles, sans quoi rien, du côté de Dieu, ne distinguerait l'Évangile d’un livre ordinaire.