‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 5 sur 146 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1. Vers l’an 200. On aurait fort surpris les chrétiens du second siècle en soulevant devant eux la question de l’authenticité des textes évangéliques. Ils étaient si sûrs de la provenance apostolique des livres qui leur annonçaient la « bonne nouvelle » ; ils tenaient de témoins si dignes de foi le nom des écrivains à qui ils devaient les touchants récits de la vieet de la mort de Jésus.

Leurs Évangiles étaient les nôtres.

Pour eux il existait comme pour nous il existe quatre rédactions autorisées de la bonne nouvelle, pas une de plus pas une de moins ; pour les chrétiens de cette lointaine époque, chacune de ces rédactions était déjà ce qu’elle est pour les chrétiens de l’heure présente, l’œuvre de l’apôtre ou de l’homme apostolique dont elle porte le nom; alors il n’y avait comme aujourd'hui il n’y a d’officiellement inscrits dans le canon que les Évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc, et de saint Jean.

Grâce à Dieu le fait n’est pas contestable. Nous avons, de la foi des chrétiens du second siècle, des témoins qu’on ne récuse pas : Irénée de Lyon, Clément d’Alexandrie et Tertullien de Carthage, — des contemporains, chrétiens de marque et docteurs célèbres. Or

UNANIMITÉ DÉCISIVE 25 tous trois affirment, avec une assurance absolue, avec une netteté parfaite, avec une insistance évidente, la foi unanime des chrétiens de leur temps et de tous les temps à l'authenticité de nos Évangiles.

Il faut les entendre. |

2. Saint Irénée. « L'autorité des Évangiles, est si bien établie que les hérétiques eux-mêmes lui rendent hommage et que, tout en se séparant de l’Église, ils ne laissent pas de demander à ces saints livres la confirmation de leur doctrine. — Les Ébionites, faisant usage du seul Évangile selon saint Matthieu, sont convaincus par cet Évangile qu’ils ne pensent pas sur le Seigneur avec rectitude. — Marcion, qui retranche une partie de l'Évangile selon saint Luc, est démontré blasphémateur contre le Dieu unique par ce qu'il en conserve. — Ceux qui séparent Jésus du Christ et disent que le Christ est demeuré impassible, tandis que Jésus à souffert, peuvent se corriger de leurs erreurs, s'ils lisent avec l’amour de la vérité l'Évangile selon saint Marc qui a leurs préférences. — Les sectateurs de Valentin, qui se servent abondamment de l'Évangile de Jean pour établir leurs conjectures, peuvent y découvrir qu’ils ne parlent pas avec vérité... Puisque donc ceux qui s'opposent à nous, nous rendent ainsi témoignage, et font usage de ces livres, la preuve que nous en tirons contre eux est bien établie et véritable. Car il n’y a pas un plus grand nombre ni un moindre nombre d’Évangiles ».

rest clair, mais écoutez encore :

« Comme il y a quatre régions dans le monde que

nous habitons et quatre venis principaux, comme l’Église est dispersée sur toute la terre et comme l’Évangile avec l’Esprit de vie est la colonne et le firmament de l’Église, il est convenable que cette Église ait quatre colonnes soufflant partout l’incorruptibilité et vivifiant les hommes. D'où il est manifeste que le Verbe, auteur de toute créature qui est assis sur les Chérubins et contient toutes choses, ayant apparu au milieu des hommes, nous a donné un quadruple Évangile, animé d’un même esprit. Les choses étant donc ainsi, ils sont vains, ignorants et audacieux, ceux qui défigurent la beauté de l'Évangile et admettent plus ou moins d’Évangiles que ceux qui ont été énumérés 1 ». Se peut-il rien concevoir de plus explicite ? Hâtons-nous toutefois de prévenir une méprise possible.

Pas plus pour Irénée que pour nous, — est-il besoin d’en faire la remarque? — les considérations mystiques qu'on vient de lire, ne constituent le fondement de la croyance à nos Évangiles. Il y a quatre Évangiles comme il y a quatre points cardinaux, quatre vertus morales et quatre chérubins, c’est un fait, l’évêque de Lyon le constate ; sa piété s’édifie de ces coïncidences, son goût se complait dans ces rapprochements ; mais ce qui suffit à l’édifier ne suffirait pas à le faire croire. Sa raison, avant de selivrer, veut autre chose que des images. Le motif vrai de croire à l’Évangile, non seulement il le connait, mais il le recommande avec éloquence quand il dit: « Malgré la

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