‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 93 sur 146 · Zur Johanneischer Frage. Gotha · texte numérisé non relu

Zur Johanneischer Frage. Gotha

que Renan, dans sa treizième édition de la vie de Jésus, a dû en venir à confesser que notre Évangile, sûrement rédigé à Éphèse d’après le récit de saint Jean, pourrait bien avoir été dicté par l’apôtre lui-même. Que nous sommes loin de l’intrépide assurance des premiers jours !

21. Quelques sophismes. Loin de nous la pensée de discuter en détail les objections soulevées par la « critique » contre l’authenticité du quatrième Évangile. Pareille discussion n’est ni de notre compétence n1 de notre ressort. D'ailleurs, outre qu’elle n’est plus à faire, ici rien ne l’impose ; et il suffira à notre devoir comme à notre ambition d'appeler l’attention du lecteur sur l'incroyable vacuité des raisonnements de nos adversaires. Rien ne saurait valoir, pour démontrer l’essentielle caducité de la construction rationaliste, la simple analyse du procédé mis en œuvre pour l’élever; procédé toujours le même, et qui consiste à tirer d’un fait réel qu’on dénature une conclusion qu’il ne contient pas. Donnons un exemple.

Entre la narration de saint Jean et les récits des synoptiques nombreuses et profondes sont les différences. Voilà le fait ; il est réel, indéniable.

Ici et là, en effet, rien n’est identique, ni le cadre,

1. Voir CORNELY, Introductio, t. 111, p. 261, suiv.; Commentarium in Ev. sancti Joannis ; FILLION, Introduction générale aux Ev., p.53, suiv.; Ev. selon saint Jean, Introduction, p. XXXVI, suiv.,et commentaire, passim ; GODET, Introduction au quatrième Ev. 566 pages ; WESTCOTT, Introd. to the Study of the Gospels, et St. John's Gospel, London 1880; G. K. MAYER. Die Œchtheit der Ev. nach Johannes.

ni le tableau, ni le dessin, ni la couleur. Ici, la Pérée et la Galilée; là, la Judée et Jérusalem. Ici, peu de miracles et beaucoup de discours ; là, peu de discours et beaucoup de miracles, Ici, des actions moins bruyantes dans la solitude ou dansles villages ; là, des prodiges éclatants accomplis durant des voyages spéciaux, à l’occasion de plusieurs fêtes, dans la ville sainte et aux environs. Ici, de simples conversations avec les disciples et des allocutions familières au bon peuple de Galilée ; là, des discours plus abstraits pour les intimes, et des discussions plus serrées avec les chefs de la synagogue.

Ces différences, qui les conteste ? personne. Clément d'Alexandrie les signale, 1 saint Augustin les décrit, ? tous les commentateurs les relèvent. En les soulignant, les « critiques » ne font que leur devoir. Sans le savoir ou sans le dire ils nous imitent.

4. Deux épithètes résument, pour Clément, toutes ces différences: les trois premiers Évangiles sont couutix4 « corporels » par comparaison avec le quatrième qui est TYEULUTL20v «spirituel», dans Eusèbe, Hist. Eccl. VI, 74.

2. Les synoptiques, dit saint Augustin, ont plutôt pour but d'éclairer et de diriger la vertu active de l'âme, tandis que saint Jean se propose. surtout d’en régler la force contemplative. « Ex quo intelligi datur, si diligenter advertas, tres Evangelistas temporalia facta Domini et dicta, quæ ad informandos mores vitæ præsentis maxime valerent, copiosius prosecutos, circaillam virtutem activam fuisse versatos; Joannem , vero facta Domini multo pauciora narrantem, dicta vero ejus, ea præsertim quæ Trinitatis unitatem et vitæ æternæ felicitatem insinuarent, diligentius et uberius conscribentem, in virtute contemplatiya commendanda suam intentionem prædicationemque tenuisse.» De consensu Evangel.,.1, 5. MIGNE, t. 34, col. 1045-6.

Maisentre les trois premiers Évangiles et le quatrième il n’v a pas que des divergences. Entre les deux groupes de narrations les points communs sont loin d’être aussi rares qu’on pourrait le croire; pour qui sait lire sans parti-pris, la ressemblance est encore plus évidente que la différence.

Impossible de ne pas reconnaître, dans les deux tableaux, le même Jésus, Messie attendu, Sauveur des hommes, Fils de Dieu; dans des cadres différents et sous des aspects divers, deux portraits également fidèles d’un même héros.

Impossible de ne pas remarquer dans les deux biographies d’évidentes coïncidences bien propres à manifester l’unité essentielle des vues et du but des écrivains. Pour la vie publique: la multiplication des pains, la marche sur les eaux, lonction de Marie sœur de Lazare ; pour la vie souffrante : l’entrée triomphale à Jérusalem, la désignation du traître, la prédiction du renoncement de saint Pierre, presque toutes les scènes de la Passion proprement dite ; pour la vie glorieuse : outre le fait essentiel de la résurrection, divers épisodes des apparitions du Sauveur.

L'opposition entre les discours n’est ni aussi complète ni aussi constante qu’on veut bien le dire. Telle page de saint Jean rappelle par sa simplicité populaire le discours sur la montagne ou les paraboles ; tels passages de saint Matthieu ou de saint Luc, par leur sublimité, font penser au discours de Jésus après la dernière Cène. 2

LJOAN:, 1,18: xv, 1H.

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