LE HAUT VAR
ON remonte le Var en longeant de hautes falaises rocheuses, creusées de tunnels, et dominées par quelques villages-forteresses comme Le Broc, Gilette, La Roquette, qui furent les théâtres de maints combats, sous la Révolution, entre les Austro- Sardes et les « bleus » de Masséna. Il y a là déjà des sommets qui atteignent, comme celui du Mont Vial, plus de quinze cents mètres. Lorsqu'on arrive au pont Charles- Albert, on se trouve au confluent du Var et de la Vésubie. Ce pont est le seul qui franchisse le Vax, avec le pont de la Manda où passe le Sud-France de Grasse à Nice. Il est ainsi nommé
Touèt-de-Beuil et la vallée du Var.
en mémoire de l'héroïque Charles-Albert, roi de Piémont et de Sardaigne, duc de Savoie, vaincu dans une lutte trop inégale par les Autrichiens à Custozza et à Novare. Il abdiqua en faveur de son fils Victor-Emmanuel II, auquel il était réservé de réaliser le royaume d'Italie, et qui devait, après Solférino, céder la Savoie et le comté de Nice à la France. Charles-Albert avait fait beaucoup pour la bonne administration de cette région et le bien-être de ses sujets. Son souvenir est loin d'être éteint parmi eux.
Continuons de remonter le fleuve tumultueux. Il nous conduira à une nouvelle faille, celle qu'ouvre la rivière de la Tinée, avec des villages comme Saint-Sauveur et Saint-Etienne, à travers les gorges de la Mescla. Le Var est devenu très étroit, la voie et la route, resserrées entre les rochers, le traversent et retraversent plusieurs fois. Seuls les estivants maintiennent encore un peu d'animation dans ces lieux où précisément ils viennent chercher solitude et paix, loin du luxe et de l'en fié vrement de la côte. On peut faire à la Bercia, à Rabuons, des ascensions de trois mille mètres, avec lacs d'altitude et cascades. Une de celles-ci se révèle de la façon la plus originale dans le village de Touët-de-Beuil : elle jaillit en effet dans l'église même, qui est bâtie sur elle, et dans la nef on se penche sur une sorte de puits pour voir
ruisseler l'eau du torrent. Il est impossible d'exprimer l'aspect fantastique de tous ces bourgs plantés à la diable sur des escarpements, avec leurs chalets colorés qui sentent déjà le Dauphiné et le Piémont. Il est non moins impossible de dénombrer, en ce court volume, les histoires locales. C'est à Aiglun que Mistral a placé Esterelle, la dernière descendante des princes des Baux, dans son grand poème national de Calendal. Le poème s'achève à Cassis. Les félibres y ont dernièrement érigé, au bord de la mer, une statue au jeune pêcheur Calendal, personnage imaginaire symbolisant l'énergie et l'idéalisme de l'adolescence provençale : mais il n'y a point, à Aiglun, d'image de la jeune fille-fée. C'est à Beuil que tenaient leur cour les orgueilleux comtes dont le dernier, Annibal, fut étranglé par ordre du duc Charles-Emmanuel de Savoie après des péripéties farouches. C'est à Saint-Biaise que naquit Masséna. L'histoire
La Roquette-sur -V ar et la vallée du Var. (Photo obtenue sur plaque infra-rouge.)
Puget-Théniers ET LA VALLÉ]