‹ La ProvenceChapitre 22 sur 24 · ROUTE DU COL SAINT-RAPHAËL · texte numérisé non relu

ROUTE DU COL SAINT-RAPHAËL

Puget-Théniers. Retable. Notre-Dame de Secours entourée des saints Martin, Nicolas de Tolentino, Bernardin de Sienne et Jacques le Majeur.

forteresse médiévale presque intacte, une sentinelle avancée des ducs de Savoie, commandant la haute vallée du Var. Il n'y a qu'une entrée, flanquée de grosses tours, précédée d'un pont sur le fleuve et d'un pont-levis, et les ruelles sont si étroites que les voitures n'y sauraient circuler.

Entrevaux est un parfait décor de drame romantique. Ne résistons pas au désir de faire de là un nouveau crochet vers le pont de Gueydan, en dos d'âne, très ancien, qu'en double un plus moderne. Là commencent les

Puget-Théniers. Vieilles maisons.

et la légende se mêlent encore assez vivacement dans toute la région de l'Estéron.

De Touët-de-Beuil, on peut gagner les étonnantes gorges du Cians, qui creusent le roc durant vingt kilomètres jusqu'à Beuil. On peut aussi les atteindre par Puget- Théniers, qui n'a rien de curieux que son retable, ses remparts et qui ne compte pas quinze cents habitants, mais n'en est pas moins, avec Grasse, une des sous-préfectures des Alpes-Maritimes.

De là, on va à Entrevaux, qui est une très curieuse

Entre vaux.

Gorges de Daluis.

Gorges du Cians.

fameuses gorges de Daims qui éclipsent celles du Cians, et qui sont une des merveilles de cette magnifique région. Nous sommes ici dans un dédale de montagnes, de ponts, de tunnels, de routes sinueuses tracées avec la plus grande hardiesse et une extrême logique dans leur caprice apparent; l'œuvre des ingénieurs a été aussi méritoire que peu vantée en cette zone où se fraie maintenant à l'auto la grande route des Alpes de Nice à Evian. Dans le val d'Entraunes est encore le bourg de Guillaumes, jadis place de guerre créée par le comte Guillaume II de Provence : car nous sommes ici bien loin d'Arles ou d'Aix, mais nous sommes toujours en Provence, et les mœurs et le patois nous le disent, nous y sommes infiniment plus qu'à Nice ou à Antibes. Mais nous sommes aussi au seuil des hautes régions alpestres, vers le col de la Cayolle, le mont Pelât, la cascade et la source du Var, le lac d'Allos, généralement entre deux mille cinq et huit cents mètres d'altitude. Et nous allons vers Barcelonnette, la seule sous-préfecture de France qui n'ait pas encore une gare. Elle ne profite même pas du modeste Sud-France., si souvent raillé, traité de

Annot. Un vieux coin.

Entrevaux. La citadelle.

« tortillard » et de « train-chenille », et qui est pourtant si utile, et qui représente tant d'efforts persévérants. Sans lui, la région entière eût été abandonnée : et on a peine à croire que des journaux y parviennent, et que ces bourgs ou hameaux perdus aient des « correspondants » qui donnent chaque matin la chronique de leur petite vie dans les feuilles niçoises que parcourt nonchalamment le flâneur de la Promenade des Anglais. Mais un regain d'activité est apporté à la belle saison par les alpinistes de plus en plus nombreux que tentent les splendeurs naturelles des Basses- Alpes.

Son isolement n'empêche point Barcelonnette d'être fort riante. Renonçons à faire ce que les guides feront bien mieux que nous : établir un tracé en tout ceci. Disons seulement que jadis il était presque impos-

Mous

-Marie.

Le lac d'Allos.

sible de songer à explorer, pédestrement ou en carrioL, de pareils paysages, et que maintenant, avec l'auto, on peut s'offrir quelques adorables journées de sain vagabondage, et trouver aussi, grâce à elle, des gîtes suffisants et de fort bons repas dans les coins les plus modestes, car les habitants ont compris qu'enfin l'on venait à eux et que leur avantage était là. Nous sommes ici assez près des sources du Verdon. Ne quittons pas Barcelonnette sans dire qu'elle doit son nom à Raymond Bérenger, comte de Provence, originaire de cette maison de Barcelone dont on trouve les seigneurs mêlés à toute l'histoire guerrière des Baux. La France et la Savoie se la sont disputée jusqu'au traité d'Utrecht où la France l'acquit en échange de Château-Dauphin. Barcelonnette a été bombardée, prise et reprise bien des fois, selon le triste destin des villesfrontières; elle essaime beaucoup de ses habitants au Mexique, on les y connaît bien, et ils y font assez souvent fortune dans le commerce des nouveautés. Elle est sise dans cette charmante vallée de l'Ubaye, rivière descendant du mont Viso pour aller se jeter dans la Durance, le grand fleuve transversal de la Provence. Et c'est d'elle qu'on se peut le mieux rendre à Allos, à son lac mélancolique, à ses forêts sombres et, plus loin encore, à ce col de Larche ou de l'Argentière, à la frontière

Canon du Verdon.

Riez. Les colonnes antiques.

rargues à Nice, au sud, et par le cours de la Durance de Meyr argues à Digne, se prolongeant vers le nord-est par le cours de la Bléone presque jusqu'au Pelât. Meyr argues forme la pointe de ce triangle renversé.

Or, le Verdon, né au pied du Pelât, traverse obliquement toute l'étendue du triangle, pour aller se jeter dans la Durance : et c'est une des belles rivières françaises. Du bourg d'Annot, encore plein de logis du xne siècle,

Digne. La grande fontaine.

italienne, par où passa si hardiment, en 1515, l'armée de François Ier allant chercher son triomphe à Marignan.

Page 1