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A DROITE, LE ROCHER DES DOMS

de Ravenne ou de Sainte-Marie in Cosmedin, et on a, depuis un siècle, juché sur la tour une abominable Vierge dorée. Quant au pont si fameux, il fut antérieur de près de cent ans à celui de Pont-Saint-Esprit, mais ce dernier lui a survécu. C'est aussi l'œuvre des Frères Pontifes, et leur chef fut, dit-on, un pâtre vivarois qu'on sanctifia plus tard. Bénezet avait vu grand. Son ouvrage partait des remparts de la ville pour traverser l'île de la Barthelasse, les deux bras du Rhône, et aboutir en terre française. Philippe-le-Bel se hâta d'ailleurs de construire là une tour solide pour commander la tête du pont. La tour y est encore, intacte : mais du pont il ne reste que quatre arches reliées aux quais avignonnais. Le Rhône a emporté le reste, et après plusieurs tentatives de réparation, il n'est plus demeuré qu'une ruine pittoresque, illustrée par une ronde que tous les enfants ont chantée. Ne négligeons point de dire qu'un mot tout au moins en est inexact. Le pont avait été conçu par Bénezet, dans une intention assez singulière, de façon si étroite que les véhicules n'y pouvaient guère passer, et il eût été impossible d'y danser en rond. C'est « sous » les arches surplombant l'île de la Barthelasse que l'on dansait sur l'herbe : et cette île jadis charmante est aujourd'hui bien

Avignon. Pont Saint-Bénezet.

Le Rhône et la tour de Philippe-le-Bel.

gâtée, et un \ mt suspendu moderne, laid mais commode, gâte aussi le paysage.

Les papes ne savaient pour combien de temps ils s'installaient. Ils venaient de Rome, et c'étaient de grands seigneurs aimant leurs aises. Ils songèrent donc tout ensemble à embellir et à fortifier leur nouvelle capitale. Il y avait une enceinte fortifiée. Mais, en dehors de ces murailles, des faubourgs s'étaient construits. Pour mettre à l'abri de toute attaque leurs habitants on entreprit, en 1359, la construction des remparts actuels, munis de créneaux, mâchicoulis, trente-neuf tours carrées ou rondes, portes avec « retirades » et avant-corps. Les fossés ont été comblés, on a démoli quelques portes, l'enceinte est devenue trop grande car la population a diminué, et l'Avignon actuelle ne compte guère que cinquantecinq mille habitants alors qu'au xive siècle elle en groupait beaucoup plus, et plusieurs quartiers sont mornes et presque abandonnés. Il est déplorable que la municipalité entretienne fort mal ces remparts qui, au fond, l'importunent, et qu'elle les laisse souiller d'immondices et d'affiches hideuses. Tels quels, ces remparts conservent une très belle silhouette médiévale et romantique, et leur destruction serait un véritable vandalisme. Ils

Avignon. Musée Calvet. Façade sur le jardin.

complètent le cadre de la cité. S'étant ainsi protégés, les papes se firent bâtir un palais, et ce fut un édifice formidable, digne du renom des Romains de l'Empire, auquel on travailla de 1336 à 1364, sous quatre pontifes successifs. L'ensemble est assez disparate, mais l'impression que donne cette masse qui domine la ville est d'une puissance irrésistible. A l'intérieur, des salles comme celle de l'Audience, au-dessus de laquelle s'élève la chapelle de Clément VI, valent les plus célèbres créations architecturales du Mont Saint-Michel. Il y avait là, sinon des Giotto comme l'a dit Stendhal, du moins des fresques remarquables de Matteo Giovanetti, de Viterbe. Il n'en reste que quelques-unes tout à fait remarquables à la tour Saint- Jean et dans la chambre du pape. Peu de monuments historiques ont subi autant d'outrages que ce palais.

Lorsque les papes furent retournés à Rome, les légats, les vice-légats occupèrent la partie méridionale du palais, jusqu'en 1790; la partie nord se délabrait et servit de prisons que la Révolution utilisa tandis qu'elle transformait le reste du palais en caserne dont les soldats s'amusaient

Objectif Son Bekthiot Avignon. Palais des Papes. Cour des Archives.

Avignon. Les remparts.

à détruire les fresques et les vitraux. Les méfaits de l'administration militaire se prolongèrent ainsi jusqu'en ces temps derniers où l'on obtint à grand peine d'arracher le monument aux destructeurs, de le mettre se us la sauvegarde des services historiques des Beaux- Arts, et d'entreprendre une restauration à laquelle le savant docteur Colombe apporte ses soins les plus dévoués.

Le palais se dresse sur une grande place «régulière bordée par de vieilles maisons, l'ancien logis des archevêques devenu un séminaire, et l'ancien Hôtel des Monnaies édifié au xvne siècle, bâtiment fort lourd, dont la façade sans fenêtres s'orne de grosses guirlandes, d'un écusson, et d'aigles et de gerfauts perchés sur la balustrade de l'attique. Cette place est tout à fait italienne. Elle rappelle invinciblement celles de Ferrare et de Mantoue. On peut admettre aussi avec Mérimée qu'Avignon a un caractère espagnol, et en effet certains coins y évoquent Tolède et Ségovie. Mais c'est le caractère italien qui l'emporte.

Pour atteindre cette place depuis la gare, il a fallu suivre la longue et banale avenue moderne dite de la République, qui, perpendiculaire

Avignon. Intérieur des remparts.

au Rhône, est balayée par un mistral souvent insupportable. Cette percée a été pratiquée dans un dédale de rues tortueuses et silencieuses dont les tracés capricieux brisent le vent. Elle conduit, avant de finir au palais, à la place de l'Horloge, où s'élève l'Hôtel de Ville, avec son beffroi et son Jacquemart du xve siècle. C'est le centre des cafés, des magasins élégants , de l'activité avignonnaise. Le reste est d'une tranquillité vraiment provinciale, à laquelle il ne faudrait pas trop se fier, car Avignon a une population païenne et voluptueuse, capable aussi de grandes violences dont l'histoire a gardé la trace. L'annexion du Comtat-Venaissin, fief papal, à la France de 1791, prétexta de sanglants désordres. Le meurtre d'un républicain fut vengé par les massacres et pillages qu'ordonnait le fameux bandit Jourdan, dit Coupe-Têtes. Et en 1815 les royalistes prirent leur revanche en assassinant, après bien d'autres soutiens de l'Empire, le maréchal Brune qui avait eu l'imprudence en passant par Avignon, de conserver, malgré ses habits civils, son chapeau bordé et galonné d'or. Une troupe de misérables envahit sa chambre d'hôtel, on le tua d'un coup de fusil dans la nuque, et on alla, en cortège aviné et

Avignon. Eglise Saint-Agricol.

féroce, jeter son cadavre dans le Rhône. Le corps fut recueilli quelques lieues plus loin. La maréchale Brune poursuivit avec ténacité les criminels, et malgré les lenteurs calculées de la justice elle obtint une condamnation qui ne fut d'ailleurs jamais appliquée. Le meurtrier vécut bien des années encore d'une pension que lui servait secrètement la police de la Restauration. L'infâme assassinat du maréchal fut un des pires épisodes de la Terreur blanche dans le Midi où l'on n'avait subi que par force le jacobinisme et l'Empire.

Aujourd'hui, on ne pense plus à tout

Avignon.

Hôtel des Monnaies.

Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Fontaine Saint- Jean.

cela en errant dans les ruelles avignonnaises, aux noms curieux, où se trouvent souvent des façades et des portes d'un beau style ancien, et où l'on rencontre quelques églises intéressantes. Il y a Saint-Agricol,

fondée, dit-on, en 680, reconstruite aux xive et xve siècles, et dont la façade, en haut d'un antique escalier, a beaucoup du charme des vieilles églises d'Italie. Il y a les chapelles de Pénitents gris ou noirs.

Celle des noirs,

V illeneuve-lès- A vignon.

Entrée du fort Saint- A ndré.

Objectif Som Beethiot

Villkneuve-lès- Avignon. Entrée de la Chartreuse.

VlLLENEUVE-LÈS-AviGNON. JARDINS DE L'ANCIENNE

Objectif Som Beethiot

ABBAYE DE SAINT-ANDRÉ. Au FOND LE FORT SAINT-ANDRÉ.

œuvre de Thomas Laînée est une œuvre curieuse de style baroque; c'est un vaste salon aux lambris dorés où tout respire le luxe et la joie; sujet d'étonnement si Ton pense à l'austère compagnie de pénitents qui faisait là ses dévotions. On trouvera d'autres joies d'art à rechercher les vieux hôtels tels que le palais du Roure, dissimulé dans une ruelle, habitation de Mme de Flandreysy, l'une des plus érudites et ferventes animatrices du provençalisme.

Les deux merveilles d'Avignon, en dehors du Palais des Papes, sont assurément le musée Calvet et la promenade du rocher des Doms. Le musée, fondé au début du xixe siècle par le médecin Calvet, est installé dans un hôtel du xvme siècle qui est aussi délicieux que le Petit Trianon, et dont la grille et la cour concentrent tout le goût et toute la pureté de l'art français. C'est un délice que de s'y arrêter avant de visiter les collections. Elles sont d'un très vif intérêt. Le rez-de-chaussée est occupé par

Enguerrand Charonton. Le couronnement de la Vierge.

Musée du Louvre. Pietà provenant de Villeneuve-lès-Avignon.

de très beaux fragments antiques, recueillis assez souvent à Vaison, des sculptures du moyen âge et de la Renaissance, des tombeaux, des cheminées monumentales, des statues modernes de Bosio, de Pradier et d'autres. Les galeries de peinture contiennent un bon choix de tableaux flamands de Teniers, Brauwer, des toiles de Piazzetta, de Sassoferrato, de Salvator Rosa, une esquisse de Géricault, un beau Chassériau, et l'admirable étude de nu qui servit de préparation à David pour sa figure du petit tambour Bara. On peut passer au musée Calvet une heure exquise. L'autre merveille, c'est la promenade des Doms. On y monte doucement du pied même de la cathédrale, contiguë au Palais des Papes, et, parmi les fleurs et les beaux groupes d'arbres, on arrive à une terrasse qui domine le Rhône. La vue est une des plus éblouissantes qu'offre la Provence. On découvre le mont Ventoux, les Cévennes, les monts du Lubéron et de Vaucluse, le cours de la Durance, toute la campagne du Comtat, Villeneuve, dans une harmonie de formes incomparable et sous une lumière aussi pure que celle de Pérouse et d'Assise, d'Orvieto ou de Fiesole. C'est vraiment un chef-d'œuvre de la nature, et là aussi

VlLLENEUVE-LÈS-^

fort Saint-André.

on peut passer une de ces heures sans prix qui font oublier la laideur de la vie moderne. La promenade des Doms c o m p 1 è t e ,

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