‹ La ProvenceChapitre 5 sur 24 · I- :\\ÏP??BÉ^L ' * du Palais, un · texte numérisé non relu

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pleinement comprendre l'orgueil des Provençaux amoureux de leur patrie.

La promenade dite de l'OuUe, sur la rive du Rhône, n'offre aucun intérêt auprès de cellelà, qui vaut le Pincio et le Janicule de Rome.

Pétrarque,

si doux pourtant, s'est répandu en invectives contre Avignon et les Avignonnais. Il déclarait : « Cette ville est un égout où se réunissent tous les immondices de l'univers. Tout ce qu'il y a sur la terre de perfidie, d'impiété, de mœurs détestables, y est amoncelé. On y méprise Dieu, on y adore l'argent, on y foule aux pieds les lois divines et humaines, on s'y moque des gens de bien. On y fêterait Judas et ses trente deniers, on y repousserait le Christ, et tout y respire le mensonge, l'air, la terre, les maisons... » On se demande les motifs de cette colère, qui a un accent

Vaucluse

Maison de

luthérien. Il est probable que, sous les papes, les mœurs ont été fort relâchées : le temps le voulait ainsi, et la Rome du xive siècle n'était pas plus prude. On prenait l'exil gaîment, dans cette cour pontificale, et nous sommes ici dans un pays fait pour la paresse, la vie dans les rues, et toutes les libertés amoureuses. Le décor et le climat les conseillent. Cela pouvait scandaliser Pétrarque lorsqu'il quittait sa retraite de Vaucluse pour descendre jusqu'à la cité pontificale. Mais à son indignation se mêlait sans doute aussi le regret patriotique de voir la papauté dépossédée et réfugiée. Pour nous, il ne nous est permis que de constater l'amabilité souriante des Avignonnais, l'agrément de flâner dans leur antique cité si accueillante, si ensoleillée, et de former le vœu que les nécessités du modernisme ne l'abîment pas trop : car chaque jour, hélas ! apporte ses raisons de craindre des méfaits. On a parlé récemment d'abattre le vieux quartier qui s'étend entre la place du Palais et la porte de l'Oulle, sous prétexte qu'il n'y a là que des maisons mal famées fréquentées par la soldatesque. Mais ces maisons étaient des logis du xvme siècle parfois fort beaux : la bourgeoisie ne les a désertées et elles ne sont devenues mal famées que précisément à cause de l'installation de

La S orgue à la sortie de la fontaine de Vaucluse.

Objectif Som Berthiot

La Sorgue et les ruines du château des évêques de Cavaillon.

Objectif Son Brrthiot

Tarascon. Le Rhône et le château.

la troupe, qui a si bien abîmé le Palais. Elle est maintenant reléguée fort loin dans des casernes neuves, et rien ne s'oppose plus à ce qu'on redonne à ce quartier son ancienne physionomie. Y percer une avenue à angle presque droit avec la rue de la République serait déchaîner un mistral qui rendrait ces parages presque inhabitables, et détruire un des coins les plus curieux. La ville des papes a déjà trop souffert du modernisme, et elle est une trop belle chose pour que tout artiste ne soit pas prêt à la défendre. Elle est encore admirable malgré les déprédations, mais il ne faut plus qu'on y touche.

On ne peut la quitter sans franchir le pont suspendu qui va de l'Oulle à l'île de Piot pour rejoindre Villeneuve-lès- Avignon. Nous voici au delà du Rhône, et dans le département du Gard. Hors Provence ? Allons donc ! Ignorons ces distinctions administratives. Villeneuve fut presque une création de la cour pontificale. Il fallait loger tant de cardinaux, de camériers, de serviteurs : et ces gens qui arrivaient de Rome entendaient être dignement logés. Ils ne pouvaient trouver place dans la seule Avignon : ils s'installèrent en terre de France, en Languedoc, et ils y édifièrent leurs hôtels et leurs maisons de plaisance. Une gracieuse cité se forma. Tout en la protégeant, les rois de France n'oublièrent

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