MONTANA
Id. ibid.
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versée de fond en comblei a passé de main en main et est devenue la propriété tantôt d^un ministre anglican, tantôt d'une actrice de la Comédie française. Aujourd'hui relise rachetée par les évéques de Fréjus a été rendue au culte, et vingt-cinq religieux Bénédictins, animés d^un zèle fort louable, y ont établi, foute de mieux, un orphelinat de jeunes enfonts auxquels on apprend les éléments de Pinstruction primaire et la pratique de quelques métiers manuels. Cette modeste attribution contraste d^uné manière pénible avec la destination supérieure de ce monastère illustre qui a été pendant si longtemps le refuge des lettrés et le centre d'études et de méditation de tant de docteurs.
Toutes ces constructions modernes jouent assez mal le moyen âge et ont même soulevé à plusieurs reprises les justes critiques des amis de Part et de Tarchéologie (i). Ayons le courage de le dire. L'église rajeunie ne s'harmonise pas avec les débris grandioses qui Tentourent. On ne remet pas les ruines à neuf; on ne refait pas le passé, et le passé de Ta île des Saints » était asse2 glorieux pour être intégralement conservé comme une précieuse relique. Pour Thomme de goût, de Science et de foi, Pîle Saint-Honoràt doit rester une grande ruiné, le monastère un grand souvenir.
(i) Léon Palustre, Destruction de V abbaye de Saint- Honorât par les religieux Bernardins, — ^ Les Moines de Lérins, Bull, mon., 1876.
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Le cap de la Garoupc. — L'ancien golfe du Var, o&«po(, Varus. — Régime torrentiel. — Analogie du Var avec la Durance. — Divagations des torrents. — Influence du déboisement. — Opinions de Vauban sur le Var. — Endiguemcnt moderne.
Population primitive de la côte. — Camps retranchés, Casteltaras. — Les Ncrusii, — Ancienne route entre Vence et Cimiez.
— Via Heraclea, Via Julia Augusta — Occupation phénicienne de la région littorale. — Colonisation grecque. — Nice, Nini, Nicaa. — L'acropole, le château.
Origine grecque d'Antibes. — La pierre sacrée d* Antipolis. — La villégiature aux environs de Nice. — Vestiges épipraphiques.
— Cimiez, Cemenelium, ancien oppidum ligure. — Ruines romaines. — Thermes. — Amphithéâtre. — Aqueducs. — Le port moderne d Antibes. — Sa décadcnc(e. — Port de Nice. — Mouillages de Limpia et de Saint- Lambert. — Creusement du port de Limpia. — Travaux modernes. — Importance commerciale du port.
Une presqu'île rocheuse, qui se détache àanglc droit de la côte et s^avance en mer comme un épi, limite à TEst le golfe Jouan. Cest le promontoire de la Garoupe. L^ossature calcaire du continent disparaît sous une admirable végétation; Partout des pins d^Alep, des pins parasols, des âlcès et des orangers en pleine terre et surtout de magnifiques oliviers dont la grande envergure contraste avec les arbustes rabougris de la vallée du Rhône. C'est toujours le même paysage oriental et la même flore moitié italienne et moitié
africaine qui s'épanouit dans tous los abris de h côte depuis Toulon jusqu^à Tltalie.
La presqu'île est très-dentelée et présente une série d'angles aigus et d'enfoncements d'une trisgrande variété de dispositions. Le cap d'Antibes ou de la Garoupe en forme la saillie extrême h plus avancée vers la mer. Puis viennent successivement le cap Gros, la pointe Bacon, le rocher d'Antibes et le gracieux monticule du Fort-Caire qui découpent la côte en petites baies demi-circulaires ouvertes à la houle du large, mais parâdtement abritées contre les rafales du mistraL
La petite ville d'Antibes est bâtie au pied delà montagne de la Garoupe, du côté de TEst à lendroit même oti ce grand promontoire s'enracine à la ligne du continent. A dix-huit kilomètres plus loin, après le Var, on retrouve les mêmes dispositions ; et une ramification des Alpes Maritimes projette en mer deux contre-forts, le Mont-Boron et le Mont-Ferrat, entre lesquels s'enfonce la rade de Villefranche. A Torigine de ce massif et du côte de l'Ouest se déroule la plage de Nice, couverte d'hôtels et de jardins. Les deux villes de Nice et d'Antibes se font ainsi vis-à-vis; et le bras de mer qui les sépare pourrait à la rigueur être considéré comme un golfe largement ouvert, si la côte ne présentait vers le milieu un renflement démesuré dont Torigine est relativement moderne et qui prend tous les jours une plus grande extension. Ce renflement est Tembouchure du Var.
NICE, ANTIBESy CIMIRZ. 4^
Géologiquement, lorsqu^on envisage dans leur ensemble les deux grands contre-forts calcaires de la Garoupe et du Mont- Ferrât et Pimmense couloir d^alluvions anciennes et modernes qui s'étendent à plusieurs kilomètres sur les deux rives du Var, on reconnaît les éléments constitutifs d'un golfe primitif que le diluvium de ce fleuve a rempli à Torigine de notre période quaternaire. Peu à peu la terre a gagné sur la mer; les alluvions ont comblé la gorge béante; cette progression continue a transformé l'enfoncement ancien en une saillie moderne; mais il est probable que cette saillie n'existait pas à Tépoque grecque et romaine, et que le rivage présentait une seule courbe, concave, régulière et sans inflexion. C'était bien alors un véritable golfe, le golfe du Var.
Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer à plusieurs siècles de distance le taux d'avancement des embouchures d'un fleuve ; on sait cependant que cet avancement est un phénomène constant dans une mer inerte comme la Méditerranée, et que les matières charriées par les grandes crues, déposées à peu de distance du rivage, remaniées ensuite par les vagues et les courants, forment les éléments constitutifs d'une plage toujours croissante.
On manque absolument de données expéri-
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mentales pour la plupart des fleuves ; et pour k Var en particulier, ce n'est que depuis quelques années qu'on a étudié sérieusement son r^me, mesuré son débit, et cherché à se rendre compte de la quantité de galets et de limons qu'il appcKte annuellement à la mer.
Les amateurs d*étymologies faciles pensent que le Var, Varus, Varius, doit son nom à la soudaineté de ses crues, et oublient un peu que le nom grec du fleuve est Ouaros, Ouxpo;, dont h racine celtique ar, ouar, est assez apparente. 11 est certain que peu de fleuves sont plus capricieux, plus violents et d'un régime plus in^l. Le Var descend, en effet, des sommets abrupts des Alpes Maritimes et occupe, sur près de cent kilomètres de développement, le thalweg d'un bassin de plus de trois mille kilomètres carrés dont les cinq sixièmes sont formés par un sol imperméable (i). Sa pente, très-rapide dans la région supérieure, dépasse encore cinq millimètres par mètre à la rencontre de son affluent, TEstéron, à quatre kilomètres de l'embouchure. Dans de pareilles conditions, les crues sont subites et véhémentes, et entraînent à la mer une masse énorme de matériaux arrachés aux flancs de la vallée principale et des gorges secondaires. Le trajet est trop court et trop rapide pour que ces matériaux aient eu le temps d'être réduits entièrement en sable et
(i) Delesse^ Lithologie du fond des mers, ch. v.
NÎCE, ANTIBES, CIMIEZ. 435
en limon comme ceux du Rhône et de la Durance, et les eaux d'inondation roulent avec fracas un mélange de boues et de galets qui vont se perdre dans les profondeurs assez voisines de la côte. D'autres rivières, d'une importance moindre, mais souvent terribles en temps de crue, la Brague, le Loup, le Paillon, ont, comme le Var, un régime tout à fait torrentiel. Les alluvions qu'elles déposent ont donné naissance à une plaine basse et marécageuse célèbre dans Thistoire de Pempire par la rencontre des armées d'Othon et de Vitellius (soixante-neuf ans après Jésus-Christ) (i); et cette zone littorale, limitée par une plage de sable et de galets toujours augmentée par de nouveaux apports, est façonnée par les vagues et les courants suivant deux grandes courbes régulières, la première commençant au port d'Antibes jusqu'au promontoire du Var, la seconde allant de ce promontoire à la colline calcaire qui domine la ville de Nice.
Le Var naît dans la même région montagneuse que la Durance ; et, bien que le grand affluent du Rhône ait un développement de plus de trois cents kilomètres, — le triple environ decelui du Var, — les deux cours d'eau ont entre eux les plus frappantes analogies. A vrai dire, ce ne sont pas des rivières,