H^^— ^1^^^ III
(i) Tacite, Hist., l. II, xiv et xv.
mais des torrents alpins qui ont pris des proportions démesurées. Dans la partie supérieure de kursi vallées, leurs berges sont déchirées comme s^i une plaie vive avait dévoré les flancs de la nx>iitJi^^ ; vers le tronc principal convergent des nivi;« KvrK«* eux-mêmes de gorges secondaires, et vX* ^^n^isrànchements ramifiés finissent par se ré- N^oirc à >5e jîïaftej entailles qui pénètrent profbn- ^?c«r:>«it ians touïcs les anfiractuosités du massif >k$ Alpes. A Mais le trait caractéristique de ces rivières est de divaguer à la partie inférieure de leur cours sur un lit plat» très-large et dont elles n'occupent qu'une très-petite portion. Ce n'est pas seulement la forme de la section fluide qui se moilifie et dans laquelle se déplace de temps en temps le thalweg; c'est la masse tout entière des eaux qui abandonne son lit, le laisse tout à coup à sec et se transporte dans un lit nouveau à une grande distance du premier ;i). » C'est ainsi que se forment ces immenses plages caillouteuses que l'on appelle , de leurs vrais noms , des craus (xpavadv -Treoiov, plaine dure et pierreuse), et qui ne sont que les délaissés de la rivière après le passage des grandes crues. Le Var d'ailleurs, ainsi que le fait remarquer M. l'ingénieur Vigan qui a fait de toutes les questions qui se rattachent à ce torrent une étude très-ap profond ie, paraît avoir éprouvé, à une époque peu éloignée de nous, des
(i) A. SuRELL, Torrents des Hautes-Alpes, ch. ii.
variations de régime que Ton doit attribuer au déboisement de sa vallée supérieure. Des plans dressés au siècle dernier le représentent coulant, dans la partie basse de son cours, entre deux rives rapprochées, assez bien définies, formées par des dépôts d'alluvions; et, à mesure que Ton consulte des documents de plus en plus récents, on voit ces berges s'éloigner Tune de l'autre, le lit s'élargir, le fleuve devenir plus incertain et plus dévastateur. Les riverains eux-mêmes ont contribué à ce bouleversement; en même temps qu'on déboisait en haut, ils déboisaient en bas, ameublissant le sol compacte des forêts séculaires et facilitant son entraînement à la mer (i). Ainsi l'homme a troublé les conditions de Tordre établi par une longue succession de siècles. Le sol tendre, longtemps protégé sous une couverture de forêts, a été remis au jour. Cette lutte incessante où la gravitation et les agents atmosphériques, d'un côté, travaillent sans relâche à niveler le terrain, tandis que, de l'autre, le sol, grâce au secours de la végétation, résiste à leurs attaques, l'homme est venu y prendre part, et, jetant à bas les forêts antiques, s'est ajouté lui-même aux forces de la destruction et porte aujourd'hui la peine des désordres qu'il a créés (2).
( I ) B. ViGAN, Mémoire historique et technique sur les tror vaux d'endiguement et de colmatage du Var, Annales des ponts et chaussées, mai 1872.
(2) SuRELL, Torrents des Hautes- Alpes, ch. xxvii.
On conçoit sans peine les désastreuses conséquences de ces pratiques dignes des temps barbares. Le Var a corrodé de plus en plus ses rives; en même temps que les douze millions de mètres cubes de limon qu'il charrie à la mer étaient perdus pour l'agriculture, il détruisait les alluvions séculaires déposées dans la partie inférieure de sa vallée ; et, au lieu de construire et de féconder, il ruinait tous les jours le magnifique delta de son embouchure.
Le mal paraissait sans remède aux ingénieurs des deux derniers siècles. Le Var, considéré à juste titre comme le plus redoutable des torrents des Alpes, était abandonné sans frein à toutes les fureurs de ses emportements. « 11 est si fou et si gueux, écrivait Vauban, que le profit qu'on en pourrait espérer n^égalerait pas la centième partie de la dépense qu'il y faudrait faire (i). » Malgré tout son génie, Vauban se trompait; et ce sera la gloire de nos ingénieurs modernes d'avoir réalisé un problème déclaré insoluble par le plus illustre de leurs devanciers. Aujourd'hui la partie inférieure du Var, sur trente-trois kilomètres de longueur, est contenue entre deux digues parallèlles, insubmersibles, distantes de trois cents mètres environ. Les divagations du fleuve sont ainsi arré-
(i) V'aluan, Oistvalc^, lumc A*^
MCE, ANTIBES, CIHIEZ. 439
tées; et les eaux troubles des crues, ingénieusement conduites derrière les digues, se répandent par couches régulières sur les champs de cailloux stérilcsque les inondations avaient précédemment déposés.
Les marécages du Var ont ainsi peu A peu disparu; le pays a été assaini, le torrent maîtrisé, les terrains vagues de rembouchure protégés. Une voie carrossable, établie le long du fleuve, donne aux populations de la vallée principale et des vallons secondaires de l'Estérel, de la Tinée, de la Vêsubie, un débouché sur Nice toujours assuré ; cinq cents heciares de bois et de graviers, soustraits aux inondations, ont été déjà convertis en terres fertiles; plus de mille heciares d'alluvions ont été préservés d'une ruine Imminente; et, au fur et à mesure que disparaissent les cloaques d'eaii stagnante, on voit la vie renaitrc, et la plaine jadis fiévreuse entrer dans une période de régénération. Aujourd'hui toute la partie supérieure de la vallée est couverte de champs et de prairies ; la malaria a disparu des villages voisins. Dans quelques années, cette transformation bienCaisantesetendra jusqu'à Tembouchure même du lleuve(i).
Le Var des anciens, livré complètement à lui- (i) U. VimN, Mémoire Je j à ciiù.
même, déci;ivait, comme la Durance, des méandres très-capricieux , sur une immense nappe de cailloux. Presque à sec pendant la plus grande partie de Tannée, il prenait à l'époque de la fonte des neiges des proportions démesurées. D*après Strabon, les pleines eaux occupaient une largeur de sept stades (douze cent soixante mètres) (i). Ptolémée parle de ses embouchures multiples (2) ; et, sans remonter aux textes des géographes classiques, on peut voir sur les cartes du seizième et du dix- septième siècle le fleuve se ramifier en plusieurs bras, encombrés par une véritable traînée d'îlots allongés, et présenter moins Taspect d^'une rivière régulière que d'une grande crau sillonnée par plusieurs torrents.
Il est hors de doute qu'à l'origine de notre ère, le promontoire actuel du Var n'existait pas, et des cartes relativement récentes montrent que le Var débouchait dans une échancrure. Mêmes dispositions pour les torrents voisins qui jettent leurs eaux sur la plage d^Antibes à Nice. Le Loup, la Brague, le Paillon, ont tous comme le Var gagné sur la mer; leurs apports ont augmenté la largeur de l'appareil littoral; et, si Ton ne voit pas encore à leurs embouchures des protubérances analogues à celles que l'on
(i) OOapo; uTcàp^si ^^ Oépou; (lèv (iixpo;, x£tp'-<J^^<>C Sa xai |iixP^ éTCtà (rraSttov TiXaT^vépievo;. (Strab., Gcog., 1. IV, c. i, 1^.)
(:i) Ai Toû Ovdpoy iroTafxoO èx6o).a(. 'ij^ 3o* 43°. (Ptol., Géog., 1. 11, c. IX, 8.;
NICE, ANTIBES, C1MIEZ.
observe à l'entrée de tous les cours d'eau qui se déversent dans le golfe de Lyon, c'est que les matières minérales charriées, au lieu de s'étaler sur une plage sous-marine faiblement inclinée, viennent se perdre dans une mer profonde.
Mais le comblement du golfe et l'avancement de la plage, quoique beaucoup plus lents qu'aux eii>bouchuresdu Rhône, de l'Aude et de l'Hérault, n'en existent pas moins. La lutte entre la mer qui ronge la côte et les fleuves qui la nourrissent ne saurait être égale. La plage avancera toujours; et, en remontant le cours des siècles, on peut regarder comme certain que le bras de mer qui s'étend entre le cap de la Garoupe et le cap Ferrât dessinait autrefois un golfe sensiblement plus concave, et offrait un meilleur fcouillage que celui que nous voyons aujourd'hui.
On sait que, bien avant la colonisation grecque, cette partie du littoral de la Méditerranée a été, plus que toute autre, occupée par les Ligures; et, bien qu'il soit un peu téméraire d'être afllirmatif lorsqu'il s'agit d'un passé qui remonte à sept ou huit siècles avant notre ère, on peut conjecturer sans grande chance d'erreur que la côte des Alpes Maritimes fut de loui temps une des parties de la Ligurie les plus riches et les plus peuplées. Nulle part en effet la nature et le climat ne se
prêtent mieux à tous les besoins de rhomme. D'un côté les vallons abrités, les versants doucement inclinés vers la mer présentent les conditions les plus favorables à la vie facile et paisible; de l'autre, les collines étagées, qui forment le magnifique hémicycle de la vallée du Var, semblent disposées pour servir d'assiette à ces camps retranchés qui tenaient une si grande place dans l'organisation militaire des tribus primitives. En fait, des travaux archéologiques tout à fait récents, et qui se poursuivent encore à l'heure oti nous écrivons, ont permis de constater l'existence d^une série d'oppida parfaitement conservés, désignés dans le pays sous le nom de Castellaras, construits en blocs appareillés' sans mortier ni ciment suivant le mode ligule et présentant la forme d'un quadrilatère allongé, plus souvent celle d'une ellipse qui dessine le périmètre du plateau de la montagne (i). Depuis Grasse jusqu'à Monaco, presque tous les sommets étaient occupés par ces castra fortifiés qui ont servi de refuge aux populations liguriennes, traquées par les légions romaines, et dont les murs massifs ont traversé
(i) Chambkun de Rosemont, Étude sur les antiquités antérieures aux Romains dans les Alpes-Maritimes, Kicc,
Ed. Blanc, Fouilles de la Touraquc, près Vence CAlpes- Maritimcs), Bull, mon., 1875.
Senéquier, les Anciens Camps retranchés des environs de Grasse, Nice, 1877.
presque intacts une période de plus de vingt siècles.
Vers la même époque, le littoral recevait les premières visites des navigateurs phéniciens, et on est très-fondé à croire que ce peuple commerçant ne s'est pas borné à établir quelques comptoirs sur la côte, mais a pénétré d^une manière sérieuse dans le cœur du pays. On a, en effet, retrouvé récemment les vestiges d^une route très-ancienne, qui reliait le plateau de Cimiez, au Nord de Nice, avec la ville de Vence sur la rive droite du Var. Cette route a été réparée par les Romains , et ce qui nous en reste présente tous les caractères de répoque romaine : chaussée composée de stratifications régulières , tombeaux alignés , débris antiques sur les côtés. Les deux villes qu^elle mettait en communication^ Vence et Cimiez, avaient, aux premiers siècles de notre ère, une grande importance, et sont mentionnées dans la a notice des provinces » parmi les huit civitates des Alpes Maritimes (i). Vence, Ventia, assise dans une
(i) Provincia Vicnnensis quarta Alpium Maritimarum habet civitates numéro VIII :
Metropolis civitas : Eberdunum Embrun.
Civitates : Diniensium Digne.
Rigomagensium. . . Chorges.
Soliniensium Castellane.
Saniensium Senez.
Glannatina Glanderez.
Cemenelensium. . . . Cimiez.
Venciensinm Vence.
444 CHAPITRE NBUVIÀlfE.
position charmante à dix kilomètres de la mer, sur un coteau fertile, abritée des vents du Nord par les hautes parois des rochers qui la dominent, vit bientôt les colons afHuer dans ses murs et peupler ses campagnes. Le gros bourg moderne avait été dans le principe la capitale de la peuplade ligurienne des Nerusti{i). Conquise par les Romains, elle devait être un centre d'approvisionnements pour les armées et prit le nom de Ventium horreum Cœsaris[2), a Cedeuoit estre, dit Papon (3), une ville de fort grande considération qui deuoit estre habitée par des gens de condition », et le corpus si remarquable des inscriptions de Vence publié récemment par M. Ed. Blanc (4) donne la mesure de l'importance d'une cité qui posséda bientôt un forum, des aqueducs, des temples, des palais, et par suite tout un cortège officiel de dëcurions, de prêtres et de magistrats.
Cimiez, de son côté, qui n'est plus aujourd'hui qu'un amas de ruines, avait, d'après M. Mommsen (5), joui pendant un certain temps d'une
(i) Nspouffiwv èv IlapoiXtoi; 'AXTieaiv, OOivtiov. (Ptol., III,
(a) MiLLIN, t. III, C. LXX.
(3) Papon, Hist. de Provence j chorographie.
(4) Mémoires de la Société de Cannes, année 1877. Carlone, Épigraphie gréco^massaliote et romaine dans
les Alpes-Maritimes, 1868.
(5) MoMMSEN, Corpus, t. V, n**« 7907 et 7917. Rev, des soc, sav., 6« sér., t. VI, nov.-déc. 1877.
réelle prééminence sur tout le groupe des villes ligures des Alpes Maritimes. C'était, avant que ce rôle fût dévolu à Embrun, le chef-lieu, la métropole de toute la région. On ne sauraitdonc être surpris de voir une rouie spéciale réunir ces deux villes importantes, onduler sur les coteaux qui dominent la mer, à travers un pays riche et séduisant, et se bifurquer ensuite, à partir de Vence, pour se diriger d'un côté à la mer sur Antibes. de l'autre vers la montagne sur Auribeau, et aboutir finalement au grand port militaire de Fréjus. Arrivée à la frontière d'Italie, cette route remontait la vallée de Laghet, franchissait les Alpes au col de la Turbie au-dessus de Monaco, entrait par là dans la Gaule Cisalpine et venait se souder il Vado {Vada Sabatia, à six kilomètres de Savone), à l'ensemble des voies italiennes. Cette rouie de Cimiez à Nice n'était d'ailleurs qu'un tronçon de l'ancienne via Julia Augusla. qui fut bientôt délaissée par suite de rétablissement postérieur de la via Aurélia, alors que l'accroissement de Nice et surtout d'Amibes eut fait de cette dernière voie littorale l'iiinéraire officiel des armées romaines.
Mais la découverte de ce tronçon de route n'est pas seulement intéressante au point de vue de la reconstiiution du réseau des voies romaines de la province des Alpes Maritimes; et on croit pouvoir aujourd'hui affirmer que cette partie de la via Julia Augusta, qui partait de "V'ence et se
44^ CHAMTtB îTEUVlfalK.
JirigeatC vers le faîte de la Turbie, est la plus ancienae communication entre les Gaules et l'Italie.
C'est bien Tamique voie appelée par Aristote U voie HeracUenne. Diodore de Sicile, Silius Itiltcus et Ammien-Marcellin racontent dans un lan^ji^ un peu imagé peut-être, mais qui nous donne cependant des indications assez précises, que le demi-dieu Hercule, venant du pays des Ligures et se rendant en Italie, escalada les Alpes et construisit le long de la mer une route « qui fendait à la fois les nues et les rochers (i) ».
Nous avons déjà eu l'occasion de parler de ce voyage d'exploration que le Melkarth tyrien avait accompli le long des côtes de la Méditerranée doLHiis le rocher de Gibraltar, lancienne Caipé phénicienne, où se trouvaient les célèbres colonnes d'Hercule, jusqu'à Monaco qui a conservé
xjx l'iT;f<|)v s;v»i Tîvx ôoov *HçâxXîtav xa).ov5i£vr,v. Arisf., De mirab. auscultât., éd. Did., t. IV, !»• part.,
p. SS, C. LXXXV.
Hercules, in Italiam tendenSf iterque per Alpes faciens, ita dificilem aJitu, asperamque viam stravit, ut pastea, exercitibus cum jument is impedtmentisque facile iter esset. [DioD. Sic.» 1. V.)
Primam viam Thebanus Hercules prope Marittmas
composuit Alpes. (Amm. Marc, xv.)
Primus inexpertas adîit Tyrinthius arces, Scindentem nubes^ frangentemque ardua montis. Spectarunt Super i, longisque ab origine sjeclis Intcnicrjtta irrjiw, magtu vi, saxa domantem.
(SiL. Ital.)
NICF, ANTIBK5, C.IVIF.Z. 447
le nom du temple exclusivement consacré au culte du demi-dieu conquérant. Le héros légendaire n'est, on lésait, que le peuple phénicien lui-même personnifié et déifié, et toutes les désignations héracléennes sont la manifestation évidente du passage et du séjour des enfants deTyrau milien des populations celto-liguriennes campées sur le littoral de l'antique Provence (i).
Les fragments de voie Héracléenne, via Hercidea, située dans l'intérieur des terres entre les deux oppida ligures de Vence et de Ctmiez sont donc la preuve indiscutable que l'occupation phénicienne n'était pas limitée à la fréquentation exclusive de la côte et au cabotage de port à port, mais qu'elle avait jeté des racines profondes dans le pays et qu'elle y avait apporté, sous la forme de travaux d'utilité publique, des éléments de civilisation et de progrés.
Cette terre liguro- phénicienne reçut bientôt une nouvelle importation orientale. L'émigration grecque de Phocée, au commencement du sixième siècle avant notre ère, se répandit promptement sur tous les rivages occidentaux de la Méditerranée; et Marseille fut une des premières
(1) L'abbiï J. J. I-. Bahgès, Recherches archéologiques nr les colonies phéniciennes établies sur le littoral de la Cella.Ligurie.Farh, iSjg.
m^AaK^Êaécy^xaé'ai
K omBmk fawAks à I
Ekrks*
NICE, ANTIBES, CltHEZ.
grecques sur notre liiioral, et qui ne nous sont
donnés que par des récils à peu près légendaires; on peut cependant admettre comme assez rationnel que la grande migration des Grecs de l'Asie Mineure en Occident s'est répandue presque simultanément sur toutes les côtes de la Méditerranée gauloise. Le texte d'Hérodote, le plus net des historiens anciens et celui dont le témoignage nous est d'autant plus précieux qu'il est le plus rapproché des faits qu'il raconte, nous apprend que lorsque les Phocéens fugitifs s'embarquèrent en masse à la recherche d'une nouvelle patrie, ils se dirigèrent d'abord vers Chio. puis s'établirent pendant cinq ans dans l'île deCyrnos, qui est notre Ile de Corse, où ils bâtirent une vjllc, nommée Alalia, que l'on croii retrouver dans le petit bourg d'Atgajola, situé à la pointe Nord de l'île, à peu de distance de Caivi, et par conséquent tout à fait en regard de la côte ligurienne (ij.
De cette extrémité du rivage de la Corse, on dislingue facilement à Thorizon les hautes montagnes des Alpes Maritimes, e ta certaines heures du jour le diadème des neiges éternelles qui les couronne se détache avec une netteté parfaite sur le bleu pâle du ciel.
(i) Hëroqote, HUt., 1. 1, UinooHF. DE Sicile, 1. VI, ( V. liBiiH. Nice et Cimic^.
TTi:?.
une grève doucement inclinée, le long de laquelle on tirait les bateaux , comme le font encore aujourd'hui à la même place les pêcheurs modernes de Nice; un plateau qui pouvait servir à la fois de citadelle, de lieu de refuge et de ville sacrée, rappelant ainsi, par toutes ses dispositions, Pacropole d'Athènes et des principales villes maritimes de la mère patrie.
Toutes les villes phocéennes avaient un temple dans le voisinage du port, et ce temple était invariablement consacré à Diane d'Éphèse, la déesse privilégiée. Il est impossible de retrouver aujourd'hui à Nice remplacement exact de l'ancien ephesium; mais les substructions antiques de la chapelle centrale du SainJ-Suaire, orientée comme les temples antiques , rectangulaire comme eux, permettent de penser que Téglise moderne s'est élevée, comme on l'observe presque partout, sur les ruines du sacelliim païen.
Quoi qu'il en soit, il est certain que la ville grecque primitive a occupé le fond de Panse des Ponchettcs, et s'est établie à Tabri du grand contrefort qui forme la colline du château. Tout porte à croire cependant que la colonie grecque ne dut pas occuper la grève du Paillon sans éprouver quelque résistance. Le pays n'était pas désert; et la montagne de Nice en particulier était occupée, antérieurement ù l'arrivée des Phocéens, par un
4^2 CHAPITRE NEUVI^MK.
établissement ligure dont on a retrouvé des vestiges incontestables. Les ruines d'un hypogée recouvert par des voûtes massives, des tombeaux des débris de constructions préhistoriques et des instruments de Tàge de la pierre taillée nous révèlent, en effet, la présence d'un campement liguro-pélasgique remontant aux époques historiques les plus éloignées ^ i). Ce plateau fut abandonné très-vraisemblablement par les indigènes lors de l'arrivée des Grecs; et ceux-ci, fidèles A leurs traditions, le conservèrent comme poste d'observation, au besoin comme refuge en cas de surprise, pour les habitants de la ville marchande établie sur la grève. Cesi sur cette hauteur que turent construits tour à tour lacropole de la cité phocéenne ei la forteresse du moyen âge Rien n'est donc moins rigoureux que d'attribuer ù l'extension de la puissance massaliote la tondaiiv^n vie toutes les colonies grecques de notre littoral, e: on peut admettre avec autant de vraisemblance que rêmigration phocéenne s'est portée simultanément sur les diti*êrents points de la côte; et de ce que Nice, après avoir acquis un certîlin dcvcloppcn^cin , a été conduite, par suite de circonstances qui nous sont inconnues, à se mettre sous la protection de Marseille; de ce que, en échange de cette proicction, elle lui pavait un
(I) 1 . GÉNv, Recherches archèolot^iqucs sur le c/uteju de .\ice. Nie?, 1S73.
tribut, on n'est pas autorisé à affirmer d'une manière positive qu'elle ait été fondée par les Grecs marseillais. La communauté d origine, la similitude du langage, des mœurs, de la religion, et, par-dessus tout, Tamour- propre local delà puissante république, ont suffi très-certainement pour accréditer cette opinion et la faire admettre sans examen et sans contrôle par un très-grand nombre d'auteurs dans la nomenclature géographique ancienne et moderne.
Vis-à-vis de Nice, de l'autre côté du Var, une autre colonie grecque ne tarda pas à éclore dans une des échancrures naturelles de la côte formée par la saillie de la presqu'île de la Garoupe. Son nom Antipolis, àvTi-iroXt(;, indique qu'elle était placée à l'opposé de la ville de Nice et qu'elle lui était postérieure. L' Antipolis des Grecs est devenu ÏAntiboul des Provençaux et l'Antibes moderne. Faut-il la considérer comme une sous-colonie de Nice ou de Marseille? Il est difficile d'avoir à ce sujet le moindre renseignement. Tout ce que Ton peut affirmer, c'est que la ville grecque d'Antipolis remonte au moins au quatrième ou au cinquième siècle avant notre ère; c'est ce qui résulte incontestablement d'une découverte archéologique toute récente, qui a excité au plus haut degré l'intérêt du monde savant, et dont le lec-
î j immi