‹ La Provence mystique au XVIIe siècleChapitre 29 sur 30 · LA TOUR · texte numérisé non relu

LA TOUR

c Par jugement rendu par M. de Sève, intendant de la justice en ce pays, le 6 juillet 1648, entre M' Michel de Mazarin, cardinal de S'°-Gécile, archevêque d'Aix, demandant, en requête du 13 nov. 1647, et messire Antoine Yvan, prêtre du dit Aix, défendant, M" Yvan est condamné à vuider et désamparer la tour dont est question, étant remboursé des réparations ou melliorations faites par lui ou ses auteurs. » (Not. de Citrane.)

Nous avons par bonheur dans le Recueil de pièces concernant l'agrandissement de la ville d'Aix, 1646-1650 (Méjanes, Ms. 864), le devis des dépenses à faire pour l'expropriation à laquelle le P. Yvan fut ainsi condamné. Je dois à l'obligeance du savant conservateur de la Méjanes, la copie de ce précieux document et les notes qui l'accompagnent.

Du 3 janvier 1650.

Des tours : père Yvan... (1).

Cannage de la tour du vieux barri de la ville que le père Yvan habite, qu'est au devant de la muraille du jardin du couvant des filles de la Miséricorde, que suivant le dessain du cours se doibt desmolir.

La ciette (assiette) de ladite tour par le dehors a 3 cannes

(1) Une tour voisine appartenait à M. d'Arcussia.

un pan (4) ; la fasade vers mydy 21 pans; les costés du levant à couchant compris l'épesseur du barri, 6 cannes hault, compris 8 pans de fondement.

Le plancher au plan de ladicte tour a 13 pans à tout carré (2). Le dessus faict en voulte à croiziere avec piastre, y ayant un ponchier (3) sur le mitan qui le soubstient a 11 pans hault le dict estage bas.

Escresteraant a une feneslre que fault payer pour muraille, virant au midy a 22 pans 1/2 circuit, 5 pans 1/2 large, devant du pare ped a 3 pans pour (4) 8 pour muraille.

Plancher sur l'espesseur du barri dans le vuide de ladite fenestre a 6 pans pour 5 pans.

Buget (5) d un armoyre a costé de la porte de l'antrée 6 pans pour 5 pans.

1 porte de sapt (6) dudict armoyre ferrée, avec une serrure.

1 fenestre de sapt ronde de 3 pans a tout carré, 2 traverses ferrées.

3 ban-es fer a ladicte feneslre pesant 15".

Crusemant (??) de cheminée 4 pans en fonts à chescun costé, 12 pans hault. Le devant 5 pans pour 11 pans ; un creux dans l'espesseur du barri du costé de la montade 4 pans à tout carré.

Muraille à vuide de l'arquade de la fasade où est la porte de l'antrée de la tour 11 pans pour 8 pans.

1 porte double de sapt ferrée serrure à ceppon valant 12".

25 marches de montade; 13 au 1" cours; 12 allant au galetas de 2 pans 1/2 de large de gipt a 12 s. (7). A la chambre et tière chambre montade le plancher a

(1) La canne d'Aix al'",9887; le pan est le huitième de la canne, soit 0", 246 mm.

La canne carrée d'Aix ^ 0 are, 0395.

(2) Ce qui fait : 3"", 20 de long sur 3'°,20 de large, soit un peu moins do 10 mètres carrés.

(3) Poncliier z= étal.

(4) Pour z= par. 3 pans par 8 pans, etc.

(5) Cloison.

(6) Sapin. Bois blaoc.

(7) Cela signifie 25 marches en tout : 13 pour aller au premier étage et 12 pour aller au galetas.

21 pans large et 18 pans en fonts faicts sur la voulte à croisière et sur l'espesseur de la muraille ecreslade.

Buget séparant les chambres montade 18 pans long et 11 pans 1/2 hault.

1/2 croizière nojer bastarde a 2 vollets et sa vitre ferrée par dehors, un treillis de fll de fer 3 pans et 6 pans.

2 portes de sapt a panneaux d'assemblaige, 2 palamelles, gens et une petite serrure appelée dormant verrouil.

Buget séparant la 2" chambre et la montade...

1 mauvaise tenestre de bojs a trois traverses ferrée avec un châssis colliseau.

Au comble ou galletas a 2 cannes 7 pans larges et 2 cannes 3...

1 fenestre de 3 pans a tout carré a la luquerne du couvert.

1 îd. petite, long les degrés 2 pans et 1 pans 1/2. • Fault compter les tuiles : 900 tuiles.

LETTRE DE MADELEINE MARTIN AU COMTE DE CHAVIGNY, SECRÉTAIRE d'ÉTAT

(Archives des affaires étrangères, vol. 846, fol. 80.)

Jésus soit aimé,

Mon très bon Seigneur.

Je salue en toute humilité votre Grandeur dans la sacrée mort et passion du Fils de Dieu.

Enfin nous sommes établies à Marseille depuis le 4 du mois passé au grand contentement de tout le monde et à la plus grande gloire du bon Dieu. Tout se fait par votre charitable faveur car si votre grandeur ne nous eût si fort recommandées à Mgr l'évèque de Marseille, nous serions encore en arriére.

Mais béni soit Dieu, montrés bon seigneur qui vous a inspiré et choisi pour protéger le saint institut de notre très sainte mère de miséricorde. Aussi elle vous en récompensera en ce monde et en l'autre et donnera à votre Grandeur son très cher fils Notre-Seigneur auqueJs tous les jours nous lui recommandons l'état heureux de votre maison et très illustre famille.

Nous avons à Paris plusieurs personnes qui ont une grande affection pour notre saint ordre, tellement qu'ils travaillent pour l'établissement d'iceluy lequel ne se peut pas faire sans l'assistance et appui de voire charitable Grandeur, laquelle j'espère que s'y emploiera, puisque le ciel vous a choisi pour favoriser les desseins de la très sainte mère de miséricorde.

Donc, je vous dirai, mon bon Seigneur, ce que faut faire pour ce sujet et puis vous en ferez ce que le bon Dieu vous en inspirera pour sa gloire selon que M. l'abbé Olier et ceux de sa compagnie nous ont écrit que ne manquait plus rien que la permission de Sa Majesté et que votre grandeur pourrait faire cela et de nous faire donner la permission d'aller à Paris fonder une de nos maisons laquelle y serait beaucoup nécessaire à cause de tant des honorables filles qui désirent se sauver et ne le peuvent faire à cause que n'ont point de dot et suffisant pour ae faire religieuses. Or donc que doivent faire ces pauvres filles? Les faut laisser perdre dans le monde? Non, mon très bon Seigneur, leur faut faire miséricorde. Ce pour quoi, travaillez pour cette bonne œuvre laquelle serait grandement nécessaire pour cela. Je dis ceci par obéissance et pour satisfaire à ces messieurs et à leurs bonnes volontés. D'autre part, je crois que le bon Dieu se veut servir de votre Grandeur laquelle depuis que sa divine bonté nous a donné sa connaissance n'avons jamais manqué delà lui recommander avec beaucoup de soin et d'affection comme aussi Madame votre très chère femme pour le bien de l'âme. Hélas! Dieu sait le soin que nous en a donné ! Quand lui plaira je lui dirai quelle bonne pensée II me donna un jour lorsque je la lui recommandais fort soigneusement, que sa divine Majesté veut de grandes choses de vous et que désire vous faire de grandes grâces. Prenez-y gardedonc, monbon Seigneur, et faites pour le roi du ciel ce que vous faites pour le roi de la terre à cette fin d'être éternellement avec lui en paradis. Après vous

avoir laissé dans la sainte mort et passion, je demeure. Montrés bon Seigneur, votre très humble et très obéissante

serviente et oratrice.

Marie de la Sainte Trinité, de Notre-Dame de Miséricorde,

supérieure de la Miséricorde d'Aix.

De Marseille, le 6 mars 1643.

Page 1