livre que la mort ne lui laissa pas le temps d'achever
Désolée de cette nouvelle déception, la mère Saint- Anselme se remit de plus belle à préparer la besogne du successeur de M. Buathier, mais hélas ^ cette admirable religieuse n'a pas eu la consolation de corriger, avant de mourir, les épreuves de ce livre auquel elle avait consacré sa vie. Les lois spoliatrices qui obligèrent nos religieuses à se séparer de leurs maisons, de leurs bibliothèques et de leurs archives, retardèrent encore la continuation de cette entreprise
Sic vos non vobis... Provençal de toutes les façons, j'ai regardé comme un insigne honneur la proposition qui me fut faite de reprendre, à mon tour, l'œuvre interrompue. Tout le difficile était fait et bien fait par d'autres. De ce travail qui m' aurait écrasé si j'avais eu à le prendre par la base, il ne me restait que la joie. Mais pour que cette joie fût complète, je ne pouvais pas me contenter d'achever l'œuvre de M. Buathier. Bien ou mal, il valait mieux que le livre fût écrit d'une seule plume, et, d'ailleurs, il ne m'eût pas été facile d'aborder la vie du P. Yvan dans le même esprit que mon devancier. L'abbé Buathier, qui appartenait au diocèse de Belley, avait intitulé son livre : Un prêtre, le vénérable P. Antoine Yvan. C'était déjà généraliser, déraciner notre héros qui fut prêtre, sans doute, mais prêtre provençal. J'avais aussi quelques idées de derrière la tête sur les origines de la Miséricorde, et je ne pardonnais pas aux précédents biographes d'avoir tous, plus ou moins, sacrifié la fondatrice au fondateur. Un seul livre au lieu de deux, la fon-
datrice à côté du fondateur, et l'intérêt et la vérité du récit me semblaient imposer ce changement de méthode qui me permettrait, en même temps, d'apporter une plus riche offrande aux autels de mon pays.
Je n'ai donc conservé des chapitres de M. Buathierque certaines pages documentaires qu'il devait lui-même à L. de Berlue. Quant aux biographies primitives ^ le lecteur me saura gré d'avoir fait de larges emprunts à Gilles Gondon, bonhomme s'il en fut, qui aime les belles histoires et qui sait les dire. Sans doute il ne se presse jamais, mais n est-ce pas là un sûr moyen d'être court? Auprès de sa verve paisible, la banale éloquence du P. Grozes, le biographe de Madeleine, semble deux fois irritante. Je nai cité celui-ci que le moins possible et presque toujours en maugréant. Que ses mânes me le pardonnent !
Enfin^ j'ai fait constamment usage des écrits du P. Yvan, lettres et traités spirituels, et j'ai cité sans mesure les chroniques inédites que mes prédécesseurs, ou trop timorés ou trop amis du beau langage, n'avaient utilisées qu'avec d'infinis scrupules et qu'en les abrégeant à leur façon. Léon de Berlue n'étant plus là pour m' aider de ses lumières, j'ai eu recours à l'extrême obligeance et à la singulière érudition du conservateur de la Méjanes, Edouard Aude, qui travaille avec tant de science et tant de goût à mettre en valeur les térsors de notre incomparable bibliothèque.