‹ La Provence mystique au XVIIe siècleChapitre 2 sur 30 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Sic vos non vobis... L'histoire du présent livre est touchante et le lecteur doit en apprendre ici quelque chose. Fondées au dix-septième siècle par le P. Antoine Yvan et par Madeleine Martin, les religieuses de Notre-Dame de Miséricorde préparent depuis bientôt cinquante ans l'histoire de ces deux saints. La vie d'Antoine Yvan ayant été jadis excellemment racontée par un contemporain et un ami, Gilles Gondon (1662), et la vie de Madeleine par le P. Grozes de la Compagnie de Jésus (1695), il ne s'agissait pas de faire une œuvre tout à fait nouvelle, mais de reprendre, de compléter et de mettre au point celle des premiers biographes . Une miséricordienne de Paris, la mère Saint- Anselme, animée par une ferveur singulière et douée d'un sens critique très sûr, travailla pendant des années à documenter la future biographie du P. Yvan et de Madeleine. De bonne heure, elle rencontra, pour l'aider dans cette tâche, un insigne collaborateur, Léon de Berluc-Pérussis, serviteur passionné de toutes les gloires provençales et qui, de plus, trouvait dans les traditions de sa propre famille des raisons nouvelles

de s'intéresser à l'ordre de la Miséricorde (1). Dans le vaste dossier compilé par la mère Saint-Anselme^ il n'est presque pas une pièce qui n'ait été ou découverte ou minutieusement contrôlée par L. de Berlue. Pendant qu'ils creusaient ainsi les fondations du monument, une autre ambition les animait dont leurs lettres, à tous deux, nous disent l'histoire. D'accord avec la supérieure générale de la Miséricorde, ils s'étaient promis de ramener en Provence, dans leur première patrie, les filles du P. Yvan et de Madeleine. L'argent ne manquerait pas. On le tenait presque. Après quelques hésitations, on avait réglé les conditions, choisi le local de la fondation prochaine. Poète, et d'ailleurs confiant comme tous les nobles cœurs, Léon de Berlue ne songeait plus qu'aux moyens de relier le futur couvent à la voie ferrée. Le projet rencontra des difficultés insolubles qu'on ne peut reprocher ni aux religieuses ni à leur grand ami de n'avoir pas su prévoir. On faillit être plus heureux pour la biographie du P. Yvan qui, dans la pensée de la mère Saint-Anselme, devait, semble-t-il, précéder la biographie de la mère Madeleine. L'abbé Buathier, avantageusement connu par un livre qui est resté cher aux âmes pieuses, avait promis d'écrire la vie du P. Yvan et s'était mis à l'œuvre avec allégresse. De 1889 à 1892, il fit paraître dans le Bulletin mensuel de la garde d'honneur du Sacré-Cœur de Jésus (Bourg), environ les deux premiers tiers de son

(1) Le dossier doit aussi beaucoup à la sûre érudition du P, Iiigold, encore un de ces érudils infatigables (jui uieltent toute leur Joie et tout leur zôle à seconder le travail d'autrui.

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