I 3. OUVRAGES SUR LA MÈRE MADELEINE ET SUR
Les documents les plus importants sont contenus dans un manuscrit que possède aujourd'hui la bibliottièque de l'Arsenal (3383). En 1866, l'abbé Gouault, aumônier des miséricordiennes de Paris, obtint de Victor Duruy, alors ministre de l'instruction publique, la permission d'emprunter et de faire copier ce précieux manuscrit. Je le cite d'après cette copie qui a été minutieusement collationnée avec le texte original. L'orthographe seule est modernisée. (Le texte de l'Arsenal n'est lui aussi qu'une copie.) Ce manuscrit contient :
i" Mémoire sur la sainteté de vie de feu notre révérende mère Marie Madeleine de la Sainte-Trinité, supérieure et très digne fondatrice décédée en son monastère des religieuses de Notre-Dame de Miséricorde d'Avignon, le 10 février, un dimanche, sur les deux heures après minuit.
Ce mémoire est dû à la plume d'une des premières compagnes de Madeleine, la mère Marie de la Conception (Isabelle de Martellj), du moins pour tout ce qui concerne les origines de l'ordre jusqu'au mois de décembre 1640, la fondation de Marseille et une partie de ce qui est dit sur la fondation d'Avignon. On a joint à ce premier mémoire d'autres mémoires sur la fondation d'Avignon, et l'histoire de la fondation de Paris, composée à Avignon, du vivant même de la fondatrice, par la mère de Colonia avec laquelle nous ferons ample connaissance. Cette première partie du manuscrit va de la page 1 à la page 454 (de la copie).
2' Dieu soit aimé! A l'honneur et gloire de Dieu et de notre très sainte mère de Miséricorde. Par obéissance de notre honorée mère Marie de la Passion, supérieure... d'Avignon, qui nous a ordonné de mettre par écrit toutes les choses admirables que la divine bonté avait opérées par le moyen de notre révérende mère, Marie de la Sainte-Trinitéj fondatrice de ce saint institut.
Ces notes écrites par ordre de la M. de la Passion (C. de Bi'un) vont de la page 455 à la page 559.
3° Jésus soit aimé. Ce que notre très honorée mère a écrit par ordre de notre très digne père Yvan et l'obéissance de ses directeurs.
Cette autobiographie de Madeleine occupe 228 pages de notre copie (p. 560-788). Ce n'est malheureusement qu'un fragment. La fondatrice raconte ses souvenirs de 1632 à 1641.
4° Recueil des choses les plus remarquables qui sont arrivées pendant le second voyage de notre Révérende Mère en Provence.
Ce récit va de la page 790 à la page 906. C'est une des trois voyageuses, la mère Sainte-Anne (Le Mère) qui tient la plume.
5° Une lettre de la sœur Marie de la "Nativité (p. 907- 917) adressée au P. Piny qui travaillait alors à la vie de Madeleine (1).
(1) C'est peut-être grâce à cette dernière pièce que l'incomparable manuscrit nous a été conservé. En iffot c'est de la bibliothèque des Jacobins qu'il a passé à l'Arsenal. On suppose que c»'S diverses copies avaient été remises au P. Piny, dès 1678, pour l'aider à écrire la vie de Madeleine. Celui-ci aura laissé le précieux dossier à la bibliothèque de son couvent.
BIBLIOGRAPHIE xiii
Il est manifeste que le P. Grozes, dans sa vie de Madeleine, a fait un constant usage de ces documents. Malheureusement Grozes appartient à l'école hagiographique du P. Bouhours. Au lieu de laisser parler Madeleine, il parle pour elle, ce qui est proprement, pour un biographe, le péché irrémissible. De plus il n'a pas eu le courage d'utiliser la relation du voyage en Provence qu'il me semble presque impossible qu'on ne lui ait pas confiée, puisqu'on l'avait, vingt ans plus tôt, fait lire au P. Piny. De tout ce qui est raconté au chapitre xvii du présent livre « La mère de Colonia et la révolte de Provence i, on ne trouve pas trace dans le livre du P. Grozes.
La vie de la vénérable Mère Marie-Madeleine de la très Sainte- Trinité, fondatrice de l'ordre de Notre-Dame de Miséricorde, déduite pour l'instruction des âmes, sur le triple baiser de Dieu, qui dans la doctrine de saint Bernard, forme les trois états de la vie parfaite : des Commençants, des Profitants et des Parfaits. Par le R. P. Alexandre Pinij, docteur en théologie, de l'ordre des FF. prêcheurs, de la province de Provence, affilié au grand couvent et collège de Saint- Jacques. — Annecy, Jacques Clerc, 1679.
Titre, date, contenu, tout est invraisemblable dans ce livre. Le titre est sous les yeux du lecteur. Quant à la date, n'est-il pas surprenant que l'année même qui suivit la mort de la fondatrice, ait paru cette biographie qui ne remplit pas moins de 559 pages? En vérité ce n'est pas là l'histoire de Madeleine, mais un traité mystique écrit à l'occasion de la sainte. Je citerai quelques lignes d'un sommaire. Voici, par exemple, le sommaire du chapitre v. « Comentla V. Mère Madeleine après avoir baisé les pieds mystiques de Dieu dans une vie commençante ; après avoir donné le temps qu'il fallait pour lui baiser ses mains divines, a été enfin admise au baiser sacré de la
divine bouche, mais de l'une et de l'autre lèvre qui sont sa vérité et sa bonté etc., etc. » Les lacunes de ce livre sont d'autant plus regrettables que nous étions en droit d'attendre du P. Piny un témoignage personnel et détaillé sur Madeleine que, manifestement, il a connue, lors des origines du couvent d'Aix, alors que lui-même il vivait encore chez les frères prêcheurs de cette ville. Le P. Viny est l'arriére-grandoncle des demoiselles Pin dont il sera parlé au cours du présent livre, et de L. de Berlue. La première édition de son livre, celle qui contient les six petites gravures de chez Landry, est fort rare. Le livre est dédié à la princesse palatine.
La vie de la sœur Marie-Madeleine de la Trinité, fondatrice des religieuses de Notre-Dame de Miséricorde... Par le R. P. Grozes, Lyon, 1695 (1).
Le P. Grozes n'ignore pas l'art d'écrire. Et qui l'ignorait en cet heureux temps! Mais le pittoresque lui fait peur. Il ne manquait pas non plus de critique. 11 dit lui-même que, après avoir lu Gondon, les mémoires manuscrits et le P. Piny, il a rejeté de ces diverses relations « plusieurs faits qui ne paraissaient pas assez prouvés », et il rappelle, dans sa préface, qu'il doit presque toute la documentation de son livre à une contemporaine de Madeleine, la mère de Martelly, » personne de grande probité », et dune mémoire très sûre.
L'histoire de la fondation du monastère de la Miséricorde de la ville d'Arles, par le R. P. Alexandre d'Aigles, firédicateur capucin. — Aix, Jean Adibert, 1705.
Gondon, Piny, Grozes, Montés, le P. Alexandre, toutes les écoles hagiographiques ont travîdllé à la gloire de notre
(1) Ce nom est écrit tantôt Groset, tsmtôt Grozes, tantôt Grozez.