‹ La Providence et la guerreChapitre 1 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

— La Providence? S'occupe-t-elle de nous? Existe-t-elle? La foi nous l'enseigne; mais que d'objections !

— Evidemment, il y a des objections. Il y en a contre tout. On en a fait contre la chimie de Lavoisier, contre les lois d'Ampère sur l'électricité, contre les microbes de Pasteur, contre l'anesthésie et Tantisepsie, contre les chemins de fer et l'aviation, contre toutes les découvertes. On en a fait, il y a seulement trois ou quatre ans, contre la guerre : la finance, la mentalité moderne, l'internationalisme, la Sozial-Demokratie devaient, paraîtil, la rendre à jamais impossible; et nous expions cruellement la foi de tant de naïfs à cette objection. Des objections ! certains philosophes en ont fait contre l'existence de la matière, contre la réalité de tous les objets extérieurs au moi. Ils vous soutiendraient, à vous qui lisez ce livre, que ce livre et son auteur, que la lumière qui frappe vos yeux et le son qui frappe vos oreilles, le voisin que vous coudoyez et la maison qui vous abrite, ne

sont qu'une fantasmagorie construite par votre moi, un kaléidoscope intérieur dont vous projetez les images au dehors. Au soldat courbé dans sa tranchée sous la rafale de fer ou amputé de ses membres par la mitraille, ils soutiendraient que la mitraille, les obus, les balles, les torpilles, les grenades, les gaz asphyxiants, les ennemis de la tranchée d'en face et la tranchée, tout ce qu'on voit, tout ce qu'on palpe, tout ce qu'on sent, tout ce qui déchire la chair et la chair qui saigne, n'existent pas ou que, du moins, ce n'est pas sûr. Et ces objections contre la réalité des objets dont nos sens témoignent, ne sont pas faciles à résoudre. Pour parler franc, je ne leur connais pas, et je crois bien que personne ne leur connaît, de solution directe. ï\îais on s'en passe ' nous savons, par mille expériences, par l'instinct de la vie, par une intuition de bon sens, que la matière existe et que le jeu normal de nos sensations nous mot en rapport avec elle. Cela suffit : puisque c'est vrai qu'elle existe, il faut que les objections soient fausses. Même si je ne vois pas comment elles sont fausses, elles le sont; et cela me suffit.

Mais, si l'on peut faire des objections contre tout, on peut en faire contre la Providence ; et d'autant mieux qu'ici, à l'inverse de tout à l'heure, ce nest plus la vérité que nous palpons avec tous nos sens, ce sont les objections. Il nous suffit, pour les sentir, de nous fier aux apparences premières, de laisser l'esprit à la remorque de nos impressions, de nous enfermer dans notre moi qui souffre et dans notre ignorance qui ne voit pas.

IL Y A UNF: I'UOVIDENCE 5

qui ne comprend pas ; tandis que, pour croire à la Providence, il faut faire un effort de raison, dégager notre pensée de nos sensations confuses, juger avec des principes et non pas avec des passions, nous arracher à notre douleur, sortir de nous, voir plus haut et plus loin, beaucoup plus loin, beaucoup plus haut : il faut nous élever jusqu'à l'universel et à l'éternel, jusqu'au plan de Dieu dans le monde.

Croire, en eflfet, à la Providence, c'est admettre que Dieu gouverne le monde d'après un plan à Lui, un plan digne de Lui, où se révèlent ses attributs éternels et inséparables de puissance, de sagesse, de justice et de bonté. Car c'est cela précisément la Providence \

C'est cela que la foi nous enseigne. « C'est votre Providence, ô Père, qui gouverne tout » (Sap. XIV, 3) ; elle « atteint d'un bout de l'univers à l'aulre avec force, et dispose toute chose avec douceur » (Sap. VII, I); « elle a fait le petit et le grand, et elle a soin également de tous » (Sap. VI, 8) ; « vos œuvres sont admirables, ô Seigneur Dieu Tout-Puissant » (Apoc. XV, 3); « vous avez répandu la sagesse sur toutes vos œuvres » (Eccli, I, 10); « vous êtes juste, Seigneur: tous vos jugements sont justes » (Tob., III, 2) ; « que loué soil le Seigneur, car il est bon » (Dan., III, 89). Et ainsi de suite. Les témoignages abondent.

Et le concile du Vatican ne fait que résumer

1. La providence (pro-videre) est laction par laquelle on veille sur le présent en vue de l'avenir ; c'est le soin avec lequel oa dispose toutes choses d'après un plan à réaliser.

toute rÉcriture quand il nous dit que « Dieu, par sa Providence, garde et gouverne tous les êtres qu'il a créés ' ».

Oui, sans aucun doute, la foi nous enseigne la Providence.

^^ La raison aussi nous Fenseigne :

Dieu est la Cause Première, nous dit la raison. Prenez un être quelconque, de ceux qui remplissent actuellement l'univers : vous-même, un animal, une plante, Feau, le feu, la terre, le soleil, une étoile, ce que vous voudrez ; cherchez sa cause : vous verrez que cette cause n'est pas première, qu'elle en suppose d'autres avant elle, qu'elle n'a pas été un commencement, un point de départ, mais un intermédiaire, une suite, un effets elle aussi, de quelque cause plus lointaine. La terre, par exemple, s'est détachée d'une masse gazeuse en mouvement rotatoire; mais cette masse en mouvement venait d'une nébuleuse. Un incendie a commencé par une étincelle qui s'est propagée dans un amas de feuilles sèches ; mais, cette étincelle, il y a quelqu'un ou quelque chose qui l'a fait jaillir ; ces feuilles sèches, elles viennent d'une plante ; cette plante, d'une graine ; cette graine, d'une autre plante. Vous-même êtes né de tel père et de telle mère ; mais ce père et cette mère,

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