‹ La Providence et la guerreChapitre 2 sur 83 · Apud Denzinger, 9* édition, n · texte numérisé non relu

Apud Denzinger, 9* édition, n

à leur tour, avaient eu des parents. Et ainsi de tout. Tous les phénomènes, tous les êtres de la nature actuelle ne sont venus à l'existence qu'à travers une série de causes qui se tiennent, l'une soulevant fl'autre, comme les anneaux d'une longue chaîne.

Eh bien, remontez la chaîne jusqu'au bout, jusqu'au premier anneau qui porte tous les autres. Il y en a un qui est le premier. S'il n'y avait pas un •premier anneau pour soutenir le second, une première cause pour expliquer le premier effet, cet effet n'aurait jamais été produit, le second anneau de la chaîne n'aurait jamais été soudé, ni le troisième, ni les autres à la suite ; rien n'aurait soulevé la chaîne des êtres, anneau par anneau, audessus du néant, et le monde n'existerait pas *. Le monde existe; la chaîne des êtres se balance sous nos yeux dans l'espace et s'allonge dans le temps : il y a donc un premier anneau, un premier être auquel tous ces êtres sont suspendus, une Cause Première, qui n'en a pas eu d'autre avant elle, qui n'a jamais été un effet, qui n'a pas été produite, qui n'a pas commencé, qui existe donc par elle-même, nécessairement, depuis toujours, qui n'a rien reçu de personne et qui a donné tout ce qui est. Voilà Dieu. Il n'est pas seulement cela, mais il est d'abord cela : l'Être nécessaire et la Cause Première.

Cause Première, il n'y avait rien avant lui et

4. Même si l'on supposait les anneaux de la chaîne en nombre infini, il resterait toujours que, dans l'ensemble comme dans le détail, ils sQv^ieni contingents et auraient besoin d'un être nécessaire et donc premier au moins dune priorité de raison, pour expliquer leur existence.

c'est de lui que tout est venu. Etre nécessaire, il porte en lui sa raison d'être et il est éternellement, immanquablement, immuablement ; tandis que tous les autres êtres auraient pu et pourraient encore ne pas être ; étant dans le néant, ils auraient pu y rester ; ils n'en sont sortis que par Faction de la Cause Première ; n'étant pas nécessaires, ils n'existent, ils ne durent que parce que lEtre nécessaire les soutient. Ils ne sont, en un mot, que parce que Dieu les a créés et les conserve. Et voilà déjà une façon dont la Providence s'occupe de nous. Elle s'en occupe si bien que, sans elle, nous ne serions pas; et que, si elle était capable d'une seconde de défaillance, à l'instant même tout l'univers retomberait dans le néant.

Mais la Providence ne se contente pas de créer et de conserver; elle prévoit, elle gouverne.

Elle en a le droit, la volonté et le pouvoir.

Étant son œuvre, tous les êtres sont sa propriété. L'œu\Te appartient à l'artisan. Vous me montrez une poésie, une peinture, une bague fabriquée avec des débris d'obus ; je vous demande : « A qui cela ? — A moi, dites-vous. — A vous! Pourquoi? — Mais, c'est moi qui l'ai faite. » Et vous trouvez l'argument sans réplique. Et vous avez raison : l'effet appartient à la cause, et l'œuvre donc appartient à l'ouvrier, pourvu qu'elle soit toute de lui ; pourvu que l'ouvrier, pour la faire, se serve de matériaux et d'outils qui lui appartiennent. Or, pour faire les êtres, pour faire, par exemple, l'être que je suis, Dieu n'a rien emprunté à personne; ou, s'il s'est servi d'intermédiaires, c'est de ceux

qu'il avait faits d'abord et qui déjà lui appartenaient à ce titre. En définitive, il a tout tiré de lui, de sa sagesse et de sa puissance : donc tout est à lui ; étant Fauteur, il a autorité. Étant son œuvre propre, je suis sa propriété. Son domaine sur moi est incontestable, puisqu'il m'a créé; il est universel, puiqu'il a tout créé; il est souverain, sans partage, puisque, seul, il m'a créé; il est inamissible et absolu, puisque son titre, c'est mon être même, qui, aussi longtemps qu'il sera, ne sera que par l'action de Dieu qui le soutient. Les hommes ont beau décréter : « Ni Dieu, ni maître », il y a un Dieu et ce Dieu est le maître.

Etant le maître, il a le droit de fixer une tâche. Etant FAuteur, ayant voulu créer, il a dû en fixer une ; car il a dû avoir un but. Quiconque est intelligent, quiconque sait ce qu'il fait et fait ce qu'il veut, a un but. Essayez, vous, de vous décider à quelque chose sans avoir un but : vous ne pouvez pas ! Essayez seulement de lever le doigt. Je vous en défie ! — «Voilà qui est fait ! » direz-vous peutêtre. — Et vous le faites, n'est-ce pas? pou?' répondre à mon défi. Vous le faites donc pou?' quelque chose ; et ce quelque chose pour quoi on se décide d'agir, c'est un but. C'est lui, c'est le but qui donne à l'acte intelligent sa raison d'être et décide ainsi de son existence. Dieu est intelligent : il a donc eu un but en créant les êtres ; il leur a donné, pour qu'ils fussent, une raison d'être, une tâche à remplir. Etant sage et bon, il leur a donné un but digne d'eux et de lui, et des moyens appropriés pour y atteindre. Etant iuste et artiste, il veut un ordre dans

son œuvre, il poursuit un plan qui lui fasse honneur, qui exprime son génie propre, qui s'achève en beauté et mette en définitive tout à sa vraie place, le Créateur comme la créature. Etant éternel, il peut patienter; mais étant le plus sage, le plus juste, le meilleur et étant le Maître, il veut avoir le dernier mot. Etant tout-puissant, il fait ce qu'il veut. Et s'il fait ce qu'il veut, il gouverne le monde d'après son plan à Lui. Il y a donc vraiment une Providence.

Nous avons pris la question, non pas par le côté des sentiments qui, s'ils peuvent être une grande force, sont une petite lumière, courte, vacillante et trompeuse, mais par la raison qui est le flambeau dont l'homme s'éclaire ; non pas par les points obscurs, mais par les faits les plus clairs; non pas par les détails, qui sont infinis et dont on ne saisit jamais qu'une maigre portion, mais par les principes, par le centre d'où Ton tient tout.

En dépit des objections, qui peuvent surgir de toutes parts, il est donc aisé, non seulement de croere, mais encore de savoir, qu'il y a une Providence.

Il y a une Providence parce qu'il y a un Dieu, et que les attributs de Dieu les plus indéniables veulent qu'il gouverne le monde en puissance, en sagesse, en justice et en bonté.

Et si, non content de croire et de savoir qu'il y a une Providence, on veut se donner encore la satisfaction de le voir, il suffit de regarder dans la nature ou dans Thistoire.

« Les cieux, disait le Psalniiste, racontent la gloire de Dieu » ^ Ils nous la racontent avec une éloquence de plus en plus éclatante, à mesure que la science en pénètre davantage le myslëre. Et ce ne sontpasseulementlescieux,ce sont tous les êtres de la nature qui chantent l'hymne sacré. Linné tremblait d'admiration et s'écriait qu'il avait vu la splendeur de Dieu à travers une fleur. Depuis, la science a marché encore, et la chimie qui compte et pèse les atomes, comme la physique qui mesure les vibrations de Féther, l'astronomie qui scrute le firmament, comme la biologie qui détaille les merveilles éblouissantes de la cellule, toutes les sciences fournissent un commentaire magnifique à cette parole de la* Sagesse : « Vous avez disposé toutes choses avec mesure, nombre et poids ))^ Quels poids, quels nombres effarants % qu'il s'agisse des infiniment grands ou des infiniment petits, des soleils qui se balancent dans l'immensité ou des électrons qui tourbillonnent dans un atome! Mais quelle mesure en même temps, quel ordre dans cette multitude, quelle unité dans cette diversité', quelle adaptation de toutes les forces matérielles pour concourir sans le savoir à la réussite de la vie ! quelle organisation méticuleuse dans cette

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