Voyez, par exemple, les ouvrages de Victor Cambon
2. Voyez Cambon, Derniers progrès, ch. v. — Il y passait parfois par des voies plus sûres encore. M. R.-G. Leroy, cité par G. Le Bon (Premières conséquences de la guerre» Paris^ Flammarion, 1916, p. 36), rappelle que le Gouvernement français, au début de 1914, « poussa nos établissements de banque à émettre des emprunts balkaniques, notamment une rente turque, dont le produit servit en grande partie... à payer la mission militaire allemande, à Gonstantinople, à é'fuiper' 1 armée qu'on mettait sous les ordres d'un général prussien et qui ne devait pas tarder à être mobilisée contre nous. »
de victoires économiques avec notre science et avec notre argent. Nous avions fait une belle science et recueilli beaucoup d'argent; mais nous n'avons pas su nous en servir, et il se trouve que nous avons travaillé surtout pour le roi, et pour les sujets du roi, de Prusse.
Là est le triomphe de la culture allemande : dans le rendement qu'elle tire de la science. Elle a cultivé la science comme on cultive un champ pour le faire produire. Elle vise des réalisations immédiates en vue d'un progrès matériel. Elle est terre à terre. Elle est sans idéal. Elle est sans âme. Un peuple, qui s'en contente, s'animalise et rétrograde vers la barbarie. Mais elle est le secret de la force et de la richesse qui est aussi une force ; et si la force au service de la barbarie prépare à rhumanité les pires catastrophes, n'oublions pas que, mise au service du droit, elle a permis à nos pères, et pourrait encore permettre à la France de demain, de faire à travers le monde quelques-uns des plus beaux gestes de Dieu.
Dieu nous garde d'échanger notre civilisation contre leur culture ! Mais cette culture, couronnée et idéalisée par notre civilisation, porterait plus haut la force et la grandeur de la France.
Fas est et ab hoste doceri, il n'est pas mauvais de s'instruire, fût-ce à l'école de l'ennemi. Prenons à cette école une leçon de travail plus opiniâtre, de ténacité dans l'elfort, de confiance pratique dans la science. Au lieu de disserter sur la science et d'y chercher des objections contre Dieu — à quoi, pendant un demi-siècle, les livres, les journaux et
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les professeurs de France, et les gens d'affaires et les assemblées politiques, se sont copieusement employés — demandons à la science ce qu'elle peut nous donner : le secret d'asservir la matière à nos desseins, le perpétuel proij;Tès de nos industries. Et au lieu d'une œuvre vaine et folle, nous ferons alors une œuvre féconde.
Mais, s'ils ont pu à ce point drainer nos capitaux et capter nos inventions, c'est qu'en môme temps que leur Kultur un autre facteur est entré en jeu.
Leur Kultur, c'est-à-direleur effort, leur ténacité, leur habileté à exploiter les données de la science, la supériorité, dans la masse, de leur éducation technique, leur a mis en mains l'outil incomparable de la force brutale ; mais, si chacun maniait cet outil pour son compte et à sa guise, il le trouverait trop lourd, il n'aurait ni assez d'argent, ni assez d'intellige ^ce pour lui donner tout son rendement. Cet outil serait la force de quelques hommes éparpillés, et non pas celle d'un peuple. La force de l'Allemagne moderne n'est pas toute dans sa culture.
Dès le début de la guerre, Ostwald, fier du présent et se croyant sûr de l'avenir, s'écriait sur un ton de triomphe : « Je vais maintenant vous expliquer le grand secret de l'Allemagne. Nous... avons découvert le facteur de l'organisation. Les
autres peuples vivent encore sous le régime de l'individualisme, alors que nous sommes sous celui de Torganisation \ »
Ostwald, en bon Allemand, exagère. On n'a pas attendu TAUemagne ni le xx^ siècle pour découvrir le (( facteur de l'organisation ». Napoléon l'avait connu et s'en était servi, et Louis XIV, et saint Louis, et Philippe-Auguste, et Charlemagne, et même l'Empire romain, dont on peut dire qu'il était passablement organisé.
Mais il est exact que l'organisation est un grand facteur de la force, qu'une douzaine de sergents de ville organisés ont raison d'une foule amorphe, que quelques officiers suffisent à faire, de ce qui serait une cohue, une armée ; il est exact que, dans les conditions actuelles du monde^ avec la poste, le télégraphe, les facilités de transport, avec les procédés dont la réclame dispose, avec les moyens que possèdent les grandes masses de capitaux et les grandes entreprises, d'annihiler ou d'absorber les petites, l'organisation est devenue un instrument de puissance colossale ; et il est exact que l'organisation allemande a dépassé, en ce genre, pendant ce dernier quart de siècle, tout ce que l'histoire avait connu.
L'Allemand a le goût de l'association. S'il ne restait plus sur la terre que deux Français, ils fonderaient chacun une ligue, pour protéger, l'un en face de l'autre, leur indépendance ; s'il ne restait plus que deux Allemands, ils fonderaient une