Victor Gambon, Notre avenir. Paris, Pavot, !9i6, p
3. Victor Cambon, L'Allemagne au travail. Paris, Roger, 9*édit., i9io, p. 177.
■4. iclor (Jambon, Lts derniers progrès de l'Allemagne. Parig, Roger, ci» édit., [sans date], p. 195.
PÉmrÈTlES DE LA GUERRE, CAUSES SECONDES 191
singalilt, qui ont été les instigateurs des principaux progrès agricoles et notamment des engrais chimiques ; mais ce sont les Allemands qui en bénéficient; et leur sol maigre, ingrat, sans soleil, arrive, en dehors des primeurs et de quel(|ues autres articles, à dépasser la production de notre merveilleuse terre française. Nous avons fait, sur les dernières statistiques, la moyenne du rendement pour les principaux produits agricoles (froment, seigle, orge, avoine, pommes de terre, betteraves à sucre) : là où, pour une superficie donnée, nous récoltons 100 quintaux, FAUemagne en récolte 136. Pour le rendement du blé à l'hectare, elle occupe en Europe le troisième rang (après le Danemark et la Belgique) ; nous avons le dixième \
Ce sont des Anglais, des Italiens, des Hollandais et surtout des Français qui ont fait la chimie. Ce sont des Français, des Italiens et des Anglais, qui ont fait presque toutes les grandes découvertes en électricité. A la suite de l'anglais Young, c'est Fresnel surtout et, après lui, Fizeau et Foucault, des Français, qui ont mis au point les grandes lois de Toptique ; ce sont les Français Zédé et Laubeuf qui ont construit les premiers sous-marins pratiques ; ce sont Giffard et Dupuy de Lôme, deux Français, qui ont inventé les dirigeables ; c'est un Français, Spiess, qui a inventé les dirigeables rigides, comme c'est un Français, Montgolfier, qui avait inventé les ballons ; ce sont surtout des
1. Vovez Ch. Nordmann, dans la Revue des Deux Mondes. l»i mars' 1916, p. 216-227 ; et V. Cambon, Dei-niers progrès, ch. vi,
Français, dont les études et les cxpf'i'iences ont fait les aéroplanes : c'est Branly, un Français, et 3Iarconi, un Italien, quiontcrééla télégraphie sans fil; avec un Suisse. Schônbein,etun Suédois, Nobel, ce sont des Français, depuis Pelouze jusqu'à Vieille etàTurpin, qui ont constitué la science des explosifs; mais c'est l'Allemagne qui avait dépassé tous ses rivaux dans la construction des aéroplanes, des dirigeables et dessous-marins; et c*est à l'industrie allemande que le monde entier demandait les produits chimiques, les instruments d'optique, les moteurs etlaplus grande partie del'outillage électrique, les appareils de télégraphie sans fil pour les aéroplanes, et même une bonne part du coton-poudre nécessaire à la fabrication de nos explosifs de guerre.
Et l'énumération n'est pas close. Dans les produits pharmaceutiques, par exemple, que d'inventions ils nous ont prises : formine, antipyrine, aspirine, et tant d'autres, pour nous les revendre très cher \ La maison Merck, de Darmstadt, fournissait peut-être, à elle seule, plus de médicaments que la France entière.
Il y a cinquante ans, lindustrie allemande n'existait pas ou à peine ; l'industrie française était florissante. C'est dans l'Alsace annexée que les industriels allemands ont été à l'école. Depuis, les écoliers ont dépassé, et de beaucoup, leurs maîtres ^
1 . Pcrrier, p. 93-95. Us ont en plus '( monopolisé une cinquantaine, pour le moins, de produits communs, en les déguisant sous un faut nom » (ibid., 95).
2. Voyez Arnold Van Gonnep, l.e Génie de V organisation. Paris, Pavot, 1915, p. 31. Le plus beau do l'afTaire c'est que le gouvernement franvais se charge au besoin de dépossOdcr l'industrie
En ces dernières années surtout, l'essor était prodigieux. Au point que les hommes compétents qui, de chez nous, s'en allaient visiter leurs installations industrielles toujours améliorées et tou- ; jours grandissantes, ne savaient plus comment dire ,?leur admiration de techniciens et leur épouvante de Français \
Pour soutenir cet efïort, il fallait un immense roulement de capitaux; etrAUemagno était pauvre. Elle ne l'est plus, au moment où la guerre éclate; et elle a su d'ailleurs prendre les capitaux où ils se trouvaient, notamment en France. L'argent français, se sentant mal protégé chez nous par les lois en vigueur, et menacé de plus en plus par les lois en perspective, a pris la fuite, se sauvant de peur en Belgique, en Suisse, en Italie. C'est delà qui! passait en Allemagne ^
De sorte que l'Allemagne a gagné sur nous tant
française au profit de lAllemagne. Voir, par exemple (dans Notre avenir, par Cambon), l'édifiante histoire des alluQiettes chimiques inventées par des Français, monopolisées par le Gouvernement, qui interdit aux Français de les fabriquer, mais les fait fabriquer à l'étranger. « Or, ajoute V. Cambon, je puis affirmer à la régie, qui certainement l'ignore, que le phosphore amorphe qui entre dans ces allumettes (prétendues suédoises) provient de la firme G rishebn Electron de Francfort-sur-Ie-Mein » [Notre avenir, 161).