Cambon, Derniers progrès, 2il
2 D'après V. Cambon, La France au travail. Bordeaux, Toulouse, Marseille, Nice. Paris, Roger, [sans date], p. 174 sq. — Les marines de guerre étaient, en 1S'j3, de 283. UUO tonnes pour la France, et de 122.000 seulement pour lAllemagne. Mngt ans plus tard, elles étaient de 498 OUO pour la première, et de bST.OOO pour la seconde. En d'autres termes, en iH^à, celle de la France représentait plus du double de la marine allemande ; vingt ans plus tard, celle de l'Allemagne représentait tout près du double de celle de la France. En 1891, le commerce extérieur de la France était de 8 milliards ; celui de FAllemagne, de 9 milliards. En 1911, le premier est monté à 14, et le second à 22 milliards .
d'industries, qui opèrent chez nous et gonflent nos statistiques, ne sont que des filiales des firmes allemandes: <( Les saisies faites pendant la guerre ont prouvé l'existence, en France, de plus de 12.000 maisons allemandes. )> Et la France n'est pas seule dans ce cas : « si Ton considérait comme colonies les pays les plus fructueusement exploités par un peuple, il faudrait dire que la France, la Belgique et la Russie constituaient les grandes colonies de l'Allemagne V »
Voilà des faits désagréables qu'il faut bien, p lisque nous n'avons pas su les empêcher, se résoudre à voir.
Elle fait commerce de ses idées comme de ses produits industriels, et là aussi en s'organisant. L'organisation des libraires à Leipzig est un chefd'œuvre : aussi « l'exportation annuelle des livres allemands à l'étranger est deux fois plus grande que celle de la France, de l'Angleterre et de l'Amérique réunis" ».
Et naturellement ce commerce-là, autant ou plus que l'autre, travaille à mettre « l'Allemagne audessus de tout ».
Nous avions, nous, pour la propagande à
1. Le Bon, Enseign. psych , 64 sq. On le disait: « Nos vraie» colonies sont la France, la Russie, rAnglcterre, lltalie, l'Amérique, le Brésil, 1" Argentine » {J'accuse, par un Allemand. Lausanne, 191.% ch. II).
2. F. Von Bernhardi, Notre avenir, traduction d'Em. Simonot. Paris, Conard, 1915, p. 17.
Tétranger. nos romans pornographiques : on sait ce qu'ils valent pour le bon renom de la France — et nos missionnaires : on sait quel sort la France leur a fait. Les propagandistes allemands — écrivains, commerçants, émigrants de toute sorte — avaient donc beau jeu pour exalter à nos dépens la gloire de l'Allemagne ; d'autant mieux qu'il faut leur reconnaître un don remarquable pour présenter comme article hors de pair la moindre camelote commerciale, intellectuelle ou sociale, made in Germany, et un don non moins remarquable pour supprimer ou confisquer à leur profit, avec Fargent, la gloire des étrangers.
Leurs « savants » nous prouveront que Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, Rembrandt, Dante, Pascal. Racine, Jésus-Christ, étaient de race germaine égarés par le hasard de la naissance dans d'autres nations ; mais ils écriront l'histoire de la chimie sans nommer Lavoisier, celle de la physiologie sans nommer Claude Bernard, celle delà microbiologie sans nommer Pasteur ^ Fr. Seguin a formulé la théorie de la thermodynamique trois ans avant Mayer ; mais Mayer était Allemand ; et c'est lui que l'on proclame, en France comme en Allemagne, le fondateur de la science nouvelle. En 1863, Naudin expose la loi des transmissions héréditaires des caractères acquis : personne n'y prend garde; mais vers 1900, on s'aperçoit qu'un Allemand, Mendel, avait dit, quelques années plus
1. Cf. G. Le Bon, p. 86, et Pierre Delbet, L'Emprise alleynande. Alcan, 1915, p. li, 2\
tard, la même chose. Du coup, c'est une découverte admirable, et leMendélisme suscite, à travers le monde des biologistes, de beaux enthousiasmes ^ En médecine, « combien d'idées, de méthodes, de pratiques, qui sont nées en France, n'y ont été adoptées qu'après avoir été baptisées en Allemagne », dit le professeur Delbet-, et il cite des exemples.
A la Sorbonne, qui devrait être le sanctuaire et au besoin le boulevard do l'esprit français, il y a beau temps qu'on n'avait plus d'estime que pour les méthodes allemandes, l'érudition allemande, la science allemande, la philosophie allemande. La philosophie surtout. Kant, l'esprit le plus faux, le plus obscur, le plus anti-français qui se puisse concevoir, a régné en maître dans notre enseignement. On a nourri de ce poison toute notre jeunesse.
Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.
Et si Tesprit clair, le bon sens de notre race n'y a pas péri sans remède, c'est qu'il était de robuste constitution. Mais l'emprise a été loin, nous étions en train de nous germaniser ^
Quelques mois avant la guerre, dans une des plus vastes salles de conférences de Berlin, un des universitaires les plus illustres de l'Allemagne
1. Perricr, p. 239 sq. Mende!, à vrai dire, né à Heinzerdorf. appartient à la Silésie autrichienne.