De Foville, Réforme sociale, VII
2oO LA PROVIDENCE ET LA GUERRE
20 Allemands contre 1 Français, si tant est que la France n'ait pas été dévorée d'ici là. »
Et qu'importe qu'elle ne soit point dévorée si elle se suicide ?
Déjà 66 p. 100 des familles françaises n'ont que deux enfants ou moins de deux, ce qui veut dire que les deux tiers des pères et mères arrivent tout juste ou n'arrivent pas à laisser au pays assez d'enfants pour les remplacer. Si donc la France se maintient, ce n'est plus que par l'effort du dernier tiers.
Mais cet effort peu à peu semble fléchir à sou tour ; et les résultats d'ensemble montrent que la France ne renonce pas seulement à s'épanouir mais à durer. Elle ne fait plus l'effort de se maintenir et de vivre.
Pour vivre, il faut à une nation de 20 à 25 naissances pour 1.000 habitants. La Belgique et TAnçleterre oscillent autour de 25.
L'Allemagne est à 30
L'Espagne et ritalie à 33
L'Autriche-Hongrie à 35
La Serbie et la Bulgarie à 43
La Russie à 45
Toutes les nations de TEurope veulent vivre, et atteignent ou dépassent la ligne fatidique au-dessous de laquelle on tombe vers la mort : toutes, sauf la France. H y a trente ans, elle était encore à 25 : mais elle a glissé depuis d'un mouvement continu S et elle a dépassé la ligne fatale. Elle est à 19.
1. A peine un léger soubresaut : En 1911, la courbe était descendue à 13.17, (-i elle est remontée en 1912, à 19.
Le département du Gers est à 12 naissances pour 1.000 hahilanls : 12 ! à peine la moitié du chiffre minimum indispensable pour ne pas mourir
Aussi, depuis vingt-cinq ans, six fois déjà les statistiques ont doimé le coup de cloche qui commence à sonner le glas de la France ; six fois elles ont montré un chiflVe de naissances inférieur à celui des décès '. En 1911. les décès l'ont emporté sur les naissances de 34.869. « C'est coiïime si un de nos f)orts de mer, Rochefort par exemple (33.019 habitants) avait été englouti d'un coup par un raz de marée-. » En 1912, il y a eu encore 30 départements où les décès Font emporté sur l^s naiissances. « Durant le premier semestre 1914, le dernier semestre normal, pour les 82 départements dont il a été possible d'avoir les chiffres, la France a perdu 25.830 âmes. L'Allemagne, dans le même temps, en a gagné environ 400.0001 » Elle allait vers la vie, nous descendions vers la mort.
« Plus de cercueils que de berceaux », s'écriait, en parlant de la France, un xAlîemand, qui ajoutait : « Ainsi doivent disparaître par leurs propres fautes les peuples qui ont rompu avec les lois fondamentales de la vie*. » « Qu'attendez-vous, demande un autre % d'un ton narquois qu'attendez-vous
1. En 1890, 1891, 1892, 1900, 1907, 1911. 21 La France qui meurt, 5