CHAPITRE Yï
LES CROYANTS ET LES hXCROYANTS EN FACE DE LA GUERRE
Nous avons parlé de la Providence. La tâche est toujours difficile : il s'agit de Taction de Dieu dans le monde. Cette action, en même temps qu'elle enveloppe, pénètre, conduit tous les êtres de la nature et tous les événements de Thistoire, porte en elle-même et applique tous les attributs divins. Pour la comprendre en plein, pour la définir exactement dans ses principes et l'exposer dans ses détails, il faudrait embrasser dans un regard de la pensée humaine l'essence de tous les êtres et toute l'essence de Dieu. En face d'un tel problème, l'homme ne pourra donc jamais que balbutier.
Mais la difficulté grandit quand, aux problèmes que pose la raison, le coeur qui souffre, la sensibilité qui pleure, l'imagination qui s'affole ajoutent, comme c'est aujourd'hui le cas, leurs pourquoi exaspérés, réclamant une réponse d'ordre sensible.
La réponse donnée dans les pages qui précèdent est de pure logique, hésitante par endroits, incomplète toujours, fragmentaire, inachevée. Elle pose des jalons sans dessiner la route. Ce n'est pas la
lumière du soleil qui plane et resplendit, faisant le jour partout; ce sont les lueurs de quelques phares dans la nuit, qui orientent la marche du navire sans dissiper les ténèbres.
Nous avouons toutes ces insuffisances ; mais aux incroyants qui exigeraient davantage, faisant fi d'une réponse qui n'épuise pas la question, nous avons le droit de dire ; Quelle réponse nous offrezvous à la place ? La question est posée pour tous les hommes qui pensent, et vous avez comme nous à la résoudre.
La mort passe, plas pressée, plus brutale, plus formidable que jamais, et prend, à brassées, des vies humaines en pleine force. La douleur suit, s'empàfant de cetix qui survivent, par les deuils, par les blessures, par la captivité, par Tangoîsse des séparations, par la ruine, par Tincertitude des lendemains. C'est la giierfe, c'est cette guerre atroce, la pire de toutes belles qui ont ensanglanté le monde.
Voilà lé fait.
Ce fait est ëViderit : croyants ou incroyants, il nous faut bien le voir. Nul d'ailleurs ne songe à le hier. 11 faut tenter de rëxpliquër et d'en tirer des côticlUsions ; et c'est ici cjuè les croyants et lés incroyants ne sont plus d'accord.
Maif^ (\ue les incroyants sont à plaindre ! Quelles ëxpllcatioils donneront-ils de là giiéi^re ? Ile ne
c^die^t pas à la liberté. Us ne peuvent qu'y voir un cas hatial et ahsuhie du déterminisme universel. « Cela devait être. La machine était ainsi montée ; ott n'y potivaît rien. Et si elle est montée pour ramener quelque chose de pire dans vingt ans, on n'y pourra rien. Pourquoi et comment est-elle montée ainsi? Qui le sait? Le saura-t-on jatnais ? Il faudra, du moins, pour le savoir, attendre, des siëcles encore, les progrès de la science. » Que voilà une belle consolation !
Il s'est trouvé, dans une de nos Facultés de médecine, un professeur de physiologie, incroyant très décidé, théoricien très décidé, et qui n'a pas cru nécessaire d'attendre des siècles pour donner la réponse. ïl la sait, lui; il connaît « les origines naturelles de la conflagration européenne ». (C'est le litre de soii article.)
Il a sur beaucoup d^autres l'avantage de croire à la liberté, ou du moins de ne pas confondre le déterminisme scientifique « avec un grossier fatalisme ». Et s'il recherche les lois qui ont déchaîné là guerre, c'est dans l'espoir qu'il « sera possible d'éviter ses conséquences désastreuses... et son explosion même » \
Or, jusqu'ici, « en ce qui concerne l'étude de la paix on de la guerre, tout déterminisme et toute méthode scientifique font défaut ». II s'efforce de combler cette lacune. Il laisse de côté « toutes les causes proximales qui provoquent l'explosion de la guerre et sont pourtant celles dont on s'occupe le
i. Dans La science cl la vit. n» du -7 jaiîîcti 1'', p. 13 sq.
plus ordinairement d'une manière exclusive. Ce sont, au contraire, les causes lointaines, profondes, originelles qui (le^ préoccupent, les racines obscures et non les fleurs de sang de cette herbe de mort ». Les autres causes d'ailleurs qu'on lui assigne ne sont que « des épiphénomènes issus secondairement de phénomènes naturels d'ordre fondamental* ».
Eh bien, allons aux causes profondes, originelles, fondamentales.
0 La guerre est un phénomène cosmique qui ne dépend nullement de la volonté humaine, mais que l'homme subit instinctivement, inconsciemment, tout comme les animaux et même les végétaux dans leurs migrations". » « Toutes les influences cosmiques agissent plus ou moins directement sur rhomme; mais, parmi celles qui nous sont connues, qui ont été étudiées, il en est qui jouent un rôle prépondérant, originel, fondamental, telles sont celles qui résultent des taches solaires, des grands courants magnétiques terrestres, du mouvement de rotation quotidienne de la Terre sur ellc-rnôme et de sa révolution annuelle autour du Soleil ^ »
Nous voilà aux « racines obscures ».
Obscures vraiment. On les éclaire quelque peu, en affirmant que, « de toutes les causes cosmiques, la plus importante à connaître au point de vue i