‹ La Providence et la guerreChapitre 71 sur 83 · Quelques chiffres (d'après La France qui meurt · texte numérisé non relu

Quelques chiffres (d'après La France qui meurt

La France qui meurt La France qui vit

Pour 100 naissances Pour 100 naissancei

Gers 143 décès ( Finislère 61 décès

Lot-et-Garonne. ... 131 — \ Pas-de-Calais 62 —

Lot 130 — ( Morbihan 68 —

3. Enquête Dauchez, iîev./)ra^dM/)o^, 1" sept. 1915, p. 629 sq.

4. Statistique donnée par le New York Sun, citée dans la Pev. prat. d'Apol., 1" juillet 1916, p. 437.

Allemagne comme aux Élats-Unis, ce sont les régions catholiques qui donnent sa plus-value à la natalité ^ Il se trouve dans tous les pays, que les statistiques de la criminalité, du suicidé, du divorce, de tous les vices et de toutes les tares, varient en sens inverse de la natalité. Dés vices et des tares, on en découvre partout oii il y a des hommes ; on en découvre, presque toujours, davantage là où il y a plus de richesse, parce que la richesse est souvent mauvaise conseillère, mais pas toujours; tandis que toujours, dans un milieu et dans un temps donnés, dans les provinces, dans les peuples, dans les races, dans toutes l'es catégories de personnes comme dans toutes les périodes de Fhistoire, partout où l'ohservation a pu se faire et trouver des données précises, partout et toujours, on voit' les délits, lés crimes, les suicides, les divorces monter à mesure que la natalité baisse, et avec une telle précision que le numéro d'ordre sur les deux listes est souvent le même.

Dans Tensemble, ce n'est donc pas parce qu'une famille est riche ou pauvre, qu^elle ne veut plus d'enfants: on n'enveutplus pour les mêmes raisons, ou plutôt pour les mêmes instincts qui font qu'on dlvoi'ce, qu'on se suicide, qu'on vole ou qti'on tue.

Evidemment il y a des degrés; mais le degré ne change pas l'essence. Et l'essence, le fond de tous ces états d'âme, ce qui est prépondérant, ce n'est

1. Quelques chiffres (d'après La France qui meurt, 19). Provinces catholiques Provinces protestantes

^''Jî>»ter 41,2 p. 1.000 . Pflsrfafti 2î;3 p. l.OOû

î'alali'iai' 39,7 — ) Hambourg 2û,C —

Basse- Bavière. . . . 39,4 — ' Berlin 17,7 —

pas une question économique, c'est une question morale, c'est une certaine conception de la vie.

Or, pratiquement, il n'y a que deux conceptions possibles de la vie entre lesquelles il faut choisir : il s'agit de savoir si elle a sa un en elle-même ou daus quelque chose qui la dépasse ; il s'agit de savoir si l'homme n'est qu'un animal ou s'il est quelque chose de plus, s'il doit descendre tout entier dans le trou noir delà tombe, et en attendantvivre à sa guise, mené au jour le jour et à l'heure l'heure par l'unique souci de jouir, ou bien s'il a une tâche à remplir et des comptes à rendre, s'il doit mettre la raison au-dessus des instincts, la conscience au-dessus du plaisir, Dieu au-dessus delà créature, l'éternité qui dure au-dessus du temps qui passe.

Entre ces deux conceptions il faut choisir. Elles s'excluent Tune l'autre, comme le oui et le non.

Oui ou non, l'homme n'est-il qu'un animal? Si oui, qu'il fasse comme les autres, qu'il cherche son plaisir où il le trouve.

Mais si cette conception est la bonne, il faut rappliquer, il faut la pousser jusqu'au bout ; et si on la pousse jusqu'au bout, alors il n'y a plus de famille possible, plus de société, plus d'amour fidèle, plus de dévouement, plus de vertu, plus d'héroïsme, plus de beauté morale, plus rien de ce qui fait la grandeur de l'homme ; car toutes ces nobles et douces choses vivent de sacrifices.

Mais encore l'homme a beau vouloir, selon le

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mot de Pascal, a fair.elabête », Une peut pas. 11 ne peut p^s faire que c^ qi^i suffit à la brute et lui va bien, se trouve à la mesure de l'homme et à la taille de son cœur. Quoi qu'il jette dans son cœur, il n'est jamais repu. Le mouton qui s'engraisse, qui jouit à tondre le pré, ne pense pas à rabattoir, pas plus que le bœut" qui laboure ne rêve à la liberté ; mais l'horame pense, il a son rêve, son rêve d'infini. « Malgré lui, l'infini le tourmente », et s'il le cherche dans le fini, il ne ^e trouve pas, et il souffre en mesurant la .distance infranchissable entre la .pauvreté de la jouissance et rimmensité du désir. •Plus il attise] a bxaise de ses passions, plus il exalte la flamme du désir, mais plus il entasse dans son cœur les cendres amères qui nele réchaufientplus. Et tandis que la .bête, à suivre son instinct, se conserve et s'épanouit, pourvoyant à tous ses rbesoins et à tous ceux de Tespèce, l'homme livré à l'instinct, nuit à ses contemporains par le crime, .et à ses descendants en les empêchant' cfe naître ou ^en les grevant de tares héréditaires qui sont les hypothèques de ses plaisirs. Il se nuit à lui-même, il se dégrade, se démolit de haut en bas. dans 'son rintelligence, dans sa. volonté, dans son cœur, dans .son organisme, et se. livre à la mort par la'maladie ouïe suicide. Bref, le plaisir et l'instincÊ pris pour guides étiolent l'iiomme, le rabougrissent ^et" le tuent. Or la loi d'un être le conserve et le développe. Le plaisir et Finstinct, qu( sont la loi de l'animal, ne sont pas la loi de l'homme ^.

1 . C'est ce que nous nous proposons de mettre en évidence dans un prochain volume : La loi de la vie.

PROBLÊME DE LA NATALiii;; lUA.NgAlbE 275

Majs alors l'homme, s'il n'a pas la môme loi, n'est pas un animal comme les autres. El c'est |à une conclusion, non pas d'ascétisme, de théologie ou de philosppliie, mais de biologie. Il n'est pas un animal conmie les autres ! Un animal, oui ; et c'est pour cela qu'il a des instincts ; mais un animal raisoiuiable et c'est pour cela qu'il doit se conduire avec sa raison ; car c'est encore une loi biologique que dans tout vivant c'est à la f-icuUé supérieure de faire la mise au poiqt de son activité et i'unification de sa vie. C'est, dï\\is J'ho^ï^ine» le métier de s^ raison. Les instincts Je trompent parce qu'ils ne sont pas faits pour le conduire. C'est à la raispsn c^e dicter sa conduite. %\. 1^ raison dictant la conduite qu'un homme doit tenir par cela même qu'il est homme, c'est ce qu'on appelle la conscience.

La conscience qui montre à l'homme, non pas le plaisir à poursuivre, mais le devoir à remplir, le bien à faire et le bonheur à mériter; la conscience qui est la loi de l'homme promulguant à sa raison la loi de Dieu; la conscience qui ne biaise pas, cjui ne discute pas, qui ne marchande pas, mais qui, d'un mot clair comme un rayon de soleil, bref comme un co^p de clairon, tranchant comme l'acier du glaive, catégorique et péremptoire comme la sentence du juge, dit : « Fc^is cecij évite cela », la conscience : voilà le seul remède efficace contre le « mal français ».

Que les Français soient des hommes, des femmes de conscience, des chréliv-ns et des chrétiennes, et la France se repeuplera.

Le Cxhrislianisme n'ajoute rien là-dessus à la morale naturelle, mais il consacre tout. Nul n'est obligé au mariage, à la condition qu'on lui préfère un célibat cbaste. Les époux dans le mariage ne sont pas tenus à l'acte créateur, pourvu que, d'un commun accord, ils lui préfèrent la chasteté * ; ils ne sont pas tenus, dans l'acte lui-même, à désirer des enfants, pourvu qu'ils ne fassent rien pour les empêcher de venir. La formule du devoir est simple ; il y a des cas où le devoir peut être dur; mais, dur ou non, le devoir reste le devoir et rien n'en dispense jamais. C'est le devoir qui envoya, au cours des siècles, des millions de chrétiens au martyre ; c'est le devoir qui envoie vers la frontière, à la souffrance, à la mort, au sacrifice do tout, des millions de soldats. Il peut être dur, c'est

1. Ce ne sont pas les mariages, nous l'avons vu (p. 209), qui font défaut ; ce sont les enfants Et ce n'est pas le désir de la plus nombreuse famille possible qui s'impose pour remédier au lléau t le devoir y suffirait. « La question du célibat, disait Mgr d'Huis: {Conférences de Notre-Dame. Carême de 1894. Paris, Poussielgue, 4894, p. 418), qu'on affecte de mêler à celle do la dépopulation, n'a rien à voir avec elle. Nous en avons indiqué dcu.t preuves pércmptoires, l'une expérimentale, et l'autre de raison. Aux époques où le célibat religieux était le plus fréquent, dans les contrées où encore aujourd'hui il est le plus en honneur, la natalité était et reste encore aujourd'hui la plus forte. Voilà la preuve d'expérience. Et la raison éclairée par la foi nous dit que la vraie cause de la stérilité des mariages étant l'égoïsme, tout ce qui favorise le renoncement développe dans la société une tendance morale qui profite à la fécondité II y a un rayonnement de la Virginité sur le Mariage. Dans une famille pénétrée de l'esprit chrétien, il y aura toujours un ou plusieurs enfants qui renonceront aux joies de la famille pour se donner à Dieu ; et leurs frères et sœms porteront dans le mariage des dispositions généreuses qui rendront leurs unions fécondes. » Jusque dans les statistiques les plus récentes, les départements français les plus riches en enfants sont aussi les plus riches en prêtres et en religieuses.

son droit, parce qu'il offre à tous les sacrifices des compensations infinies ; c'est son droit, parce qu'il doit nous conduire, fût-ce aux dépens des satisfactions imméd<iates, à l'éternelle béatitude, qui est la seule chose dont nous ne puissions pas nous passer.

La conscience dictant le devoir : tel est le frein de sûreté qui arrête toutes les décadences et le levier tout puissant qui rend possibles tous les progrès, la force implacable qui dompte tous les instincts, qui déjoue tous les mauvais calculs, qui réfuie tous les vains prétextes et qui garde Thomme debout, à sa place, au-dessous de Dieu mais audessus de la bote, et en route vers son destin.

En dehors de là, il n'y a que des faux-fuyants ou des palliatifs.

Sans doute, il y aurait fort à faire pour améliorer nos lois ; et il faut souhaiter, il faudra exiger que le législateur fasse son devoir. Mais l'histoire nous a fait voir, par exemple chez les Romains au temps d'Auguste, que toutes les lois sont impuissantes à conjurer ce fléau, quand la morale ne les soutient pas.

Sans doute, nous avons aujourd'hui un argument de plus. La science, sur cette question, parle comme le Décalogue ; non seulement la sociologie mais la médecine la plus récente. Nous n'osons pas citer. Il y faudrait des termes trop crus ; mais tous les détails de ce qu'exige la morale y passeraient, réclamés au nom de la médecine par les maîtres les plus avertis et les plus estimés. Signalons au moins, pour ceux de nos lecteurs qui voudraient s'y intéresser^ les nouvelles recherches sur les

^éCï-étioïi'fe glandulaires et les conséc|iiences inattendues qui en découlent pour la question qui nous occupe. Le profcss ur Pinard ne craignait pas de dire naguère dans un congrès : « Si lès femmes consentaient toutes à être mères, savez-vous que les chirurgiens niôUrraient de iV:irn ^ ? » « La morale, dit un autre, je m'en moque. Mais ce que je sais, c'est qu'on tue les femmes. Voilà ce qu'on devrait faire connaître ". » Et les neurasthénies ou les psychonévroses qui sortent de là, dont a parlé par exemple Ch. Féré; et le fils unique qui meurt laissant le foyer vide, et, quand il vit, les mécomptes que cet « enfant gâté » donne aux rêves égoïste^ des parents ; et la mésintelligence entre des épo'iix que le commun dévouement à la famille ne réunit plus, et qui s'en vont chacun à sa fantaisie : et les drames de honte et de sang qui peuvent s'en suivre, et le reste, toute la longue séquelle de douleurs que les hommes amassent sur leur tête quand ils > se mettent en marge de l'ordre des clioses, quand ils veulent faire servir à la satisfaction de leurs misérables égoïsmes un monde, une nature humaine, un cœUr humain que Dieu a faits pour une autre destinée. « Un vice, disait Franklin, coûte plus à nourrir que deux enfants. »

Mais tous ces arguments, s'il ne serait pas difficile de les étaler dans une rigueur logique implacable, s'ils suffisent à convaincre théoriquement un homme qui raisonne avec sa raison, ne suffisent

1. 1^' congrès national de la Mutualité maternelle, cité dans Revice politique et parlementaire, avril '911, p. {'6i.

2. Cité par Dehcrme, Croître ou disparaître. Parîs, Perrin, 68.

pas, à eux seuls, à persuader dans la pratique; parce que, dans la pratique, les intéressés sentent^ contre leur raison, toute la meute des instincts. Il n'y à que la conscience et le devoir, l'amour ou, du moins, le respect de Dieu, l'amour ou, du moins, le souci de sa destinée, qui suffisent à dompter la meute et à garder son âme debout dans la victoire, quels que soient les ennemis à braver etl'effort à faire.

La conscience, le devoir, Dieu qui ordonne, le ciel qui en est le prix : tous ces mots se valent et ce sont tous des mois de passe que rien ne peut remplacer, mais qui peuvent suffire, devant lesquels tous les obstacles tombent ou se brisent.

La France a besoin que les Français, quels que soient les obstacles, fassent leur devoir. Nous ne pouvons pas espérer, nous ne pouvons pas demander, nous ne pouvons pas imaginer que la Providence supplée, ici, l'action des causes secondes, qu'elle fasse par le miracle surgir du néant, pour le travail de la terre ou de l'usine, pour la science, pour la guerre, pour l'expansion de la France à travers le monde, des Français sans pères ni mères. Pour qu'il y ait des Français, il faut qu'il y ait des pères et des mères.

Nous prenons la liberté de dire aux époux qui auront lu ces pages : Vous êtes des chrétiens, des chrétiennes; vous devez être des hommes, des femmes de devoir. Donnez l'exemple. On vous plaisantera. Qui donc? Les déserteurs du devoir. Par le temps qui court, la parole n'est pas aux déserteurs. Silence aux déserlcursî Honte aux lâches! Avec le devoir à remplir et le ciel à mériter, il y

va aujourd'hui de la France à sauver. A cette tâche, d'autres, par centaines de mille, se font tuer : vous vivez et faites ^^v^e. Pour sauver la France de l'avenir, il faut des Français ; il faut aussi, vous en êtes convaincus, des Français catholiques; eh bien, voilà de toutes les propagandes la plus efficace : que les catholiques aient plus d'enfants que les autres, et leurs enfants, par là même, auront, un jour, la majorité.

L. Veuiliot donnait, il y a quarante-cinq ans, une consigne qu'il faut désormais tenir : La France « n'acceptera pas d'être un demi-peuple, un reste qui attend la mort. Elle sèmera du blé, elle fera du fer et des liommes et elle vivra, parce qu'il faut que la vérité et la justice possèdent dans le monde ce bras et ce fer ».

Vive la France ! Pour que la France vive, n'oubliez pas qu'il lui faut des Français. . . Vive la France !

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