FIN
NOTE A (page 7.)
Textes de la sainte Écriture sur la Providence.
Nous croyons utile de reproduire ici ces textes que nous avons choisis avec teaucoup de soin, et classés dans leur ordre logique.
In principio creavit Deus cœlum et terram. Gen., i, i. Universa in cœlis et in terris, visibilia et invisibilia. Coloss., i, 16. Ex nihilo fecit illa Deus. n Mâchai., vu, 28. Dixit et facta sunt. Psalm. xxxu. Et sine ipso factum est nihil. Joan., i, 3. Oninia in mensura et numéro et pondère disposuisti. Sap., xi, 21. Gyrum cœli circuivi sola. Eccli., xxiv, 8. Concentum cœli. Job., xxxvm, 37. Educit in numéro militiam eorum. Is., xl, 26. Appendit terram super uihiluia. Job., xxvi, 7. Certa lege et gyro vallabat abyssos... librabat fontes aquarum... legem ponebat aquis... eram cuncta componens. Prov., vin, 27-30. Cunctis diebus terrœ sementis et messis, frigus et œstus, œstas et biems, nox et dies, non requiescent. Gen., vin, 22.
Et ait : Germinet terra herbam virentem et facientem semen et lignum pomiferum faciens fructum juxta genus suum, cujus semen in semetipso sit super terram..,. Producant aquae reptile auimee viventis... Producat terra aniinam viventem in génère suo, jumenta et reptilia et bestias terne secundum species suas.... crescite et multiplicamini... Gen., i, 1 1 et seq.
Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nost ram. Gen., i, 26. Creavit hominem iu ex terminabilem. Sap,, n, 23. Replète terram et subjicite eam, et dominamini piscibus maris, etc. Gen., i, 28» Disciplina intellectùs replevit illos. Creavit illis scientiam spiritus ; sensu implevit cor illorum, et mala et bona ostendit illis. Posuit oculum suum super corda illorum, ostendere illis magnalia operum suorum, ut nomen sanctiflcationis collaudent. Eccli., xvn, 5 et seq.
Quomodo autem posset aliquid permanere nisi tu voluisses? Aut quod à le vocatum non esset conservaretur ? Sap., xi, 26. Omnia serviunt tibi. Psalm., cxvm, 91. Numquid mittes fulgura, et ibunt, et revertentia dicent tibi : adsumus? Job., xxxviii, 35. Portans omnia verbo virtutis suœ. Hebr., i, 3. Pater meus, usquemodo operatur. Joan., v, 17. Attingit à flne usque ad flnem fortiter et disponit omnia suaviter. Sap., vin, 1. Considerate lilia agri... nec Salomon in omni gloriâ suâ coopertus est sicut unum ex istis... fœnum agri... Deus sic vestit... respicite volatilia cœli... Pater vester pascit illa. Mat., vi, 26 et seq. Nonne quinque passeres veneunt dipondio, et unum ex illis non est in oblivione coram Deo? Luc, xn, 6. Unus ex illis non cadet super terram sine Pâtre vestro. Mat., x, 29.
Quantô magis vos? Mat., vi, 30. Tua autem, Pater, providentia gubernat. Sap., xiv, 3. Visitatio tua custodivit spiritam meum. Job., x, 12. In ipso enim vivimus, et moveinur et sumus. Act., xvn, 28. Fugitivi perpétuas Providentiœ.
Sap., xvii, 2. Quô ibo à spiritu tuo?... Si ascendero in cœlum, tu illic es; si descendero in infernum, ades. Si sumpsero pennas meas diluculo et habitavero in extremis maris ; etenim illuc manus tua deducet me et tenebit me dextera tua. Psalm., cxxxvin, 7-10. Omnia enim opéra nostra operatus es nobis. Is., xxvi, 12. Tu quidem gressus meos dinumerâsti. Job., xvi, 16. Vestri autem capilli capitis omnes numerati sunt. Mat., x, 30. Scrutans corda et renés» Deus. Psalm., vu, 10. Oculi Domini multo plus lucidiores sunt super solem, circumspicientes omnes vias bominum... et homiuum corda intuentes in absconditas partes. Eccli., xxxin, 28.
Oculi ejus in gentes respiciunt. Psalm., xlv, 7. Non est enim potestas nisi à Deo. Rom. xni,, 1. Per me reges régnant et legum conditores justa decernunt. Per me principes imperant et potentes decernunt justitiam. Prov., vm, 15, 16. Dominatur Altissimus in regno bominum, et cuicumque voluerit dabit illud. Dan., rv, 14. Quando dMdebat Altissimus gentes... constituit terminos populorum juxta numerum flliorum Israël. Deuter. xxxn,, 8. Fecit ex uno omne genus hominum inbabitare super faciem terras, deflniens statuta tempora et terminos habitationis eorum. Act., xvu, 26. Tu fecisti priora, et illa post illa cogitâsti, et boc factum est quod voluisti;. omnes enim vise tuas paratœ sunt, et tua judicia in tuâ Providentiâ posuisti. Judith., ix, 4, 5. Perdam sapientiamsapientium et prudentiam prudentium reprobabo. II Cor., 1, 19. Neque dicas... Non est Providentiâ ; ne forte iratus Deus contra sermones tuos dissipet cuncta opéra manuum tuarum. Eccl., v, 5.
Bona et mala, vita et mors, paupertas et honestas à Deo sunt. Eccli. ,xi,14. Judicia Domini vera, justificata in semetipsa. Psalm., xvni, 10.
UiiiYersa proptersemetipsum operatus est Dominus. Prov.,
xvi, 4. Diligis enim omnia quae sunt, et nihil odisti eorum quae fecisti, nec enim odiens aliquid constituisti aut fecisti... Domine qui amas animas. Sap., xi, 25, 27. Uluminans omnem hominem veuientem in hune mundum. Joan., i,9.Et per nationes in animas sanctas se transfert. Sap., vn, 27. Quaerere Deum, si forte attrectent. Act., xvn, 27. Omnes homines vult... ad agnitionem veritatis venire. I Tim., i, 4. Reliquit illum in manu consilii sui. Eccli., xv, 14. Cum magnâ reverentiâ disponis nos. Sap. xu, 18. Solem suum oriri facit super bonos et malos. Mat., v, 45. Sinite utraque crescere usque ad messem. Mat., xin, 30. Justumet impium judicabit Deus, et tempus omnis rei tune erit. Eccl., m, 17. Reddet unicuique secundum opéra ejus. Mat. xvi, 27.
Altissimusestpatiensredditor. Eccli., v, 4. Eos qui exerrant partibus corripis, et de quibus peccant admones et alloqueris... dans tempus et locum, per quae possent mutari à matitiâ. Sap., xu, 2, 20. Dissimulas peccata hominum propter pœnitentiam. Sap , xi, 24. Quod notum est Dei manifestum est in illis ; Deus enim illis manifestavit .,, à creaturâmundi... ita ut sînt inexcusabiles... qui ostendunt opus legis scriptum in cordibus suis, testimonium reddente illis conscientiâ illorum. Rom., i, 19, 20; n, 15.
Non enim est alius Deus quàm tu, cui cura est de omnibus, ut ostendas quouiam non injuste judicas judicium, Sap., xu, 13. Dives in omnes qui invocant illum. Rom., x, 12. Prope est Dominus omnibus invocantibus eum... voluntatem timentium se faciet et deprecationem eorum exaudiet... custodit Dominus omnes diligentes se. Psalm., cxliv, 18, 20. Diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum. Rom., vin, 28. Deus tentavit eos et invenit eos dignos se; tanquàm aurum in fornace probavit illos... justi autem in perpetuum vivent et apud Dominum merces eorum. Sap., in, 5, 6; v, 16.
NOTE B (page 21.)
Déclaration des savants anglais, au sujet de l'abus qu'on fait de la Science contre la Religion.
Voici la suite de cette pièce importante :
« .... Nous ne pouvons nous empêcher de déplorer que les sciences naturelles soient considérées avec défiance par beaucoup de personnes (qui ne les étudient pas), uniquement à cause de la façon inconsidérée dont plusieurs les mettent en opposition avec la sainte Ecriture. Nous croyons que le devoir de tout homme qui étudie les sciences est de poursuivre l'investigation de la nature dans le seul but d'éclaircir la vérité, et que, s'il trouve que quelques-uns des résultats obtenus par lui semblent être en contradiction avec la parole écrite, — ou plutôt avec l'interprétation qu'il en fait lui-même, laquelle peut être erronée, — il ne doit pas affirmer présomptueusement que ses conclusions ne peuvent qu'être justes et les affirmations de l'Écriture fausses ; mais plutôt il doit maintenir les unes et les autres à leur place respective, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de nous faire voir la façon dont on peut les concilier. Au lieu d'in-
sister sur les différences apparentes entre la Science et les Écritures, il serait aussi bien de s'en tenir à la foi sur les points où elles sont d'accord. »
Il ne serait point sans intérêt de savoir comment cette Déclaration des 150 savants anglais a été accueillie par leurs collègues, et si elle n'aurait point ultérieurement reçu quelques nouvelles adhésions. Les renseignements nous font défaut à cet égard. Mais le numéro du Times qui publiait cette pièce, renfermait en même temps une lettre très-curieuse qu'on peut considérer comme un indice de l'état des bons esprits en Angleterre sur les questions dont il s'agit. Cette lettre était écrite par M. Daubeny, professeur de botanique à Oxford. L'honorable savaut exprimait son refus de signer la Déclaration, mais uniquement parce qu'elle lui semblait inopportune et sujette à malentendu. Les termes de cette profession de foi, disait-il, « donneraient à entendre que les personnes appliquées à l'étude de la nature sont particulièrement exposées à l'imputation d'impiété. C'est là, ajoutait il, une imputation contre laquelle je protesterais avec indignation, si je ne pensais qu'il vaut mieux la laisser passer sous le silence du mépris. Sans doute, en ces dernières années, des savants ont, dans le cours de leurs recherches, mis accidentellement en lumière quelques faits dont certaines personnes qui prennent un plaisir pervers à combattre les doctrines reçues, se sont fait une arme pour attaquer le Christianisme. Mais je ne sache pas que ces attaques aient jamais pu provenir des hommes spécialement livrés aux études physiques. » — M. Daubeny convenait, du reste, qu'il y avait « dans l'esprit et dans les termes de la Déclaration beaucoup de choses auxquelles tous les chrétiens doivent donner leur plein assentiment. » En ce qui le concernait, il aurait volontiers souscrit à la proposition qui
affirme que la parole de Dieu écrite dans le livre de la nature et la parole de Dieu écrite dans la sainte Écriture, ne peuvent se contredire réellement. « Bien plus, disait -il, appréciant comme je le fais (autant du moins que ma capacité bornée me permet de les bien examiner), les raisons qui peuvent avoir porté le grand Auteur de la nature à faire entrer (dans la Bible) l'ensemble des traditions d'une époque reculée
et les grossières conceptions d'un peuple ignorant je
suis tout prêt à admettre que la Sagesse qui a présidé à ce mélange de l'élément bumain avec l'élément divin dans les Livres sacrés, sera dans l'avenir plus pleinement manifestée, au fur et à mesure que la science fera de nouveaux progrès. »
Si l'on y regardait de près, on trouverait sans doute, et dans cette lettre, et dans la Déclaration qui précède, certaines nuances de pensées qui ne sont point tout à fait exactes. Mais n'insistons pas, et louons une fois encore les convictions cbrétiennes et vraiment scientifuiues manifestées par ces honorables savants.
Du reste, tout en proclamant qu'ils croient aux divines Écritures, ils réservent les droits et l'indépendance de la science. Rien de plus légitime pourvu que l'on s'entende.
On dit que le très-illustre savant Laplace, après avoir donné dans sa Mécanique céleste une admirable théorie des marées, écrivit à la fin de sa démonstration, avec une intention que l'on devine et en rappelant un beau vers d'Athalie : « Voilà celui qui met tin frein à la fureur des flots ! »
Hélas! Et voilà aussi comment le plus magnifique génie peut étrangement s'abuser ! — Une simple comparaison trèsvulgaire. Un voyageur arrive dans une lie inconnue et y trouve une société fonctionnant avec la plus parfaite régularité. Là-dessus il s'étonne, se creuse la tête pour cher-
cher la cause de ce bel ordre, quand tout à coup un code de lois, le code Napoléon, je le suppose, lui tombe sous les yeux : « Eh! voilà, s'écrie-t-il, ce que je cherchais! C'est ce livre qui explique tout; c'est la loi, c'est la raison dernière!... » — Tu plaisantes, habile homme! Et cette loi, qui l'a faite? Qui l'a appliquée, interprétée, mise en exécution?...
Certes nous ne voulons pas dire qu'un savant, en tant que tel, doive dans ses calculs, ses expériences, ses démonstrations, se préoocuper directement de la Cause première ou d'autres considérations semblables. Les sciences par elles-mêmes restent étrangères à cet ordre d'idées ; elles s'en tiennent à leur objet propre et il serait parfaitement déplacé de vouloir y introduire sans raison des éléments métaphysiques ou théologiques. Ainsi, par exemple, nous serions des premiers à sourire, si nous voyions un mathématicien s'interrompre au beau milieu d'une opération de calcul infinitésimal, pour se demander s'il existe un rapport quelconque entre le signe oo et la notion métaphysique de riuûni. Non erat hic locus, dit le poëte. Mais il en sera tout autrement si, l'occasion donnée, le savant se fait pour un moment philosophe et philosophe chrétien. Qui pourrait blâmer Newton d'avoir placé dans ses splendides Scholies quelques hautes considérations de philosophie religieuse? Qui pourrait même blâmer le grand Kepler lorsqu'il a pris pour point de départ certaines hypothèses théologiques un peu subtiles peut-être, et, en un sens, tout à fait extra-scientifiques, mais qui, on ne doit pas l'oublier, l'ont certainement mis sur la voie de ses prodigieuses découvertes ? On ne saurait nier d'ailleurs que les hautes vues phi'osopliiques, quand elles sont vraiment solides, sûres, exemptes de tout excès et de toute exagération, ne s'harmonisent merveilleusement avec les sciences,
Celles-ci en profitent toujours de mille manières, et tout au moins elles y gagnent singulièrement en grandeur et en majesté. Leurs cimes, si je puis ainsi parler, s'illuminent de vives clartés, comme les sommets des montagnes frappés par les rayons du soleil; alors les horizons s'agrandissent et les relations respectives des sciences se découvrent dans une espèce de panorama grandiose.
Et encore cependant, nous ne songerions nullement à faire un reproche aux savants qui n'auraient pas le goût de ces spéculations élevées, ou qui croiraient devoir s'en abstenir par raison de prudence ou tout autre motif semblable. Après tout, les sciences sont dans leur droit rigoureux quand elles se renferment strictement dans leurs limites spéciales, et dans leurs recherches purement désintéressées. Mais ce qui est un manifeste abus, ce qu'une conviction spiritualiste et chrétienne ne pourrait trop déplorer, c'est qu'un homme de la science, au lieu de faire jusqu'à un certain point abstraction des vérités philosophiques et religieuses dans la sphère propre de ses études, exclue positivement ces vérités et les tienne absolument comme non avenues , réglant tout le cours de ses idées et toute la conduite de sa vie, comme si elles n'existaient pas. Tranchons le mot : c'est là de la folie.
NOTE G (p. 145)
La Franc-Maçonnerie et la Commune. — Les Sociétés secrètes condamnées par l'Église.
Tout le monde a lu dans les journaux de Paris, durant le second siège, les détails si édifiants sur les rapports de la Franc-Maçonnerie avec la Commune. Depuis cette époque, les Francs-Maçons eux-mêmes ont jugé à propos de publier à ce sujet deux brochures qui, si nous en croyons un journaliste, ne disent pas tout, et fournissent cependant des renseignements inconnus jusqu'ici. N'ayant pu prendre personnellement connaissance de ces brochures, nous en donnons le compte rendu d'après le journaliste que nous venons de citer. A vrai dire, cet écrivain (c'est un rédacteur du Figaro, signant Saint-Genest ; ) a pu céder à la trop naturelle tentation de tourner son récit en manière de Satire Ménippce ; mais nous n'en croyons pas moins utile d'appeler un instant l'attention de nos lecteurs sur ces scènes, dont ils sauront saisir la haute moralité.
» Bien des erreurs ont été répandues sur ces manifestations du Grand- Orient. Contrairement à ce qui a été dit, c'est le 26 avril seulement que la première loge tenait sa tenue extraordinaire en son temple de X. Et, dès le lendemain, une députation était envoyée aux membres de la Commune.
« Le frère Thirifoque prenait la parole, et annonçait « que » tous les moyens de conciliation ayant été épuisés, les » francs-maçons étaient résolus à planter leur bannière sur » les remparts, et que si i'armée continuait le feu, le Grand- » Orient déclarerait la guerre au gouvernement de Versail- » les. — Citoyens, dit -il, la Commxme est la plus grande » révolution qu'il ait été donné au monde de contempler. » C'est le nouveau temple de Salomon que les francs-maçons » ont le devoir de défendre. »
» Là-dessus, le citoyen Jules Vallès dénouant l'écharpe qu'il avait au côté, la remit au frère Thirifoque, et la députation se retira après avoir enguirlandé sa bannière de l'écharpe rouge et fait entendre les triples batteries aux rites écossais et français.
» Le surlendemain, 29 avril, jour à jamais mémorable, la grande manifestation traversait les rues de Paris dans l'ordre, et suivant les usages prescrits :
» D'abord, les chevaliers Rose- Croix, ayant au cou le cordon d'azur, puis les chevaliers Cadoches, portant en sautoir l'écharpe frangée d'argent ; ensuite le Royal Arche ; le Frère Terrible ; le Prince du Liban ; le Chevalier du Serpent d'airain; le sublime Maître de l'anneau lumineux; les Grands Ecossais de la Voûte s icrée de Jacques VI ;
» Et enûn, les citoyens Félix Pyat, Lefrançais, Frankel, Clément et Potier.— « Tous graves, tous convaincus », dit la brochure.
» Arrivés à l'avenue Fried'and, n° 59, le Grand-Orient tient une nouvelle tenue, et des estafettes sont envoyés au gouvernement de Versailles poar lui signifier d'avoir à cesser immédiatement le feu.
» Puis, la colonne se remet en marche, bannières déployées et maillets battants, suivie par une foule immense, aux cris de : « Vive la Commune I vive le Grand Orient I
» Parvenus au rempart, les deux Tuileurs s'avancent les premiers, suivis des Neuf sœurs et des Chevaliers de l'Iris. L'Élémosinaire, escorté de ses deux, acolytes, dresse l'Équerre vers l'Orient, et les princes du Tabernacle s'étant placés dans la posture consacrée, on voit bientôt les étendards d'azur flotter sur les bastions, mêlés aux drapeaux de la Commune.
» L'armée de Versailles a-t-elle été prévenue de cette imposante manifestation? .. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Élémosinaire avait déjà dressé trois fois son équerre vers le ciel que des coups de feu se faisaient encore entendre !
» — Puisqu'il en est ainsi, s'écrie le Vénérable, que toute la tribu de Misraïm s'avauce et que l'on commence de suite le grand ordre !
» Et, lentement, la tribu sacrée s'acliemine vers les remparts au milie 1 de l'abniratiou universelle ; le Frère Terrible, tenaut l'épée et la canne croisées, se place à l'Orient ; le prince de Merci se tourne vers l'Occident ; et alors, le frère Thirifoque, saisissant de la main gaucbe l'épée flamboyante, s'écrie trois fois ; « Que l'armée de Versailles pose à l'instant les armes! car si jamais un de ces étendards était atteint, nous jurons par le grand Architecte de la nature... »
■> M ils il n'avait pis fini s du discoirs qu'une balle homicili re.iait frapper l'équerre que tenait le trinosophe, e jetait u le certaine co îfu^ion dans les rangs.
» Li fo Ui raiittj d'horreur recule jusqu'à l'avenue de la Grande-Armée...
» — Ils résistent encore, s'écrie le Vénérable! Faites donc avancerles frères^Cadoches !
» Et alors, à U rai la f-'vs Gii>jaîs qii m ir; tient eraves et terribles vjrs les rennes, h f > î i, :)iaii ■ i •
cette fois que la guerre est terminée, pousse des acclamations enthousiastes, et déjà des ballons aux armes maçonniques s'élèvent dans les airs pour annoncer à la province la fin de la lutte, quand une fusillade terrible les fait rétrograder de nouveau.
» —Horreur! s'écrie le Vénérable... Eh bien ! puisqu'il en est ainsi, puisque la réaction ne cède pas, que les chevaliers de la Voûte sacrée de Jacques VI montrent leur bannière à l'armée sacrilège !
» A cette nouvelle, une émotion indicible se répand dans Paris ! Un religieux silence règne à travers la foule et chacun sent, qu'enfin , il va arriver là une puissance à laquelle aucune force humaine n'oserait jamais résister.
•> Lentement, la colonne des chevaliers de Jacques VI s'avance vers les bastions, en déployant la grande bannière de Useda. Arrivés au sommet, les porteurs de glaives' et d'étoiles joignent leurs épées et font la grande voûte d'acier, tandis que la colonne d'harmonie joue l'air de triomphe et que les frères Thirifoque et Fab reguette, mêlés aux citoyens Félix Pyat et Jules Vallès, commencent la Chaîne d'union...
» — Houzzé ! houzzé ! crient les frères Cadoches !
» — Mirra ! répondent les chevaliers 1
» — Vivat ! cria la foule 1 Vive la Commune ! Vive le Grand-Orient !...
» D'où est venu le crime ? Quel est l'officier qui a osé commander le feu sur les chevaliers de Jacques VI, alors qu'ils venaient de faire la grande voûte d'acier?... Un jour cette trahison sera connue. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au moment où le Vénérable, abaissant trois fois sa baguette, annonçait que la paix était faite, voilà un obus qui éclate tout à coup au milieu de la voûte d'acier et bouleverse toute la chaîne d'union !
» Le Frère Terrible, pris d'une véritable panique, laisse tomber l'épée flamboyante et, s'avançant trop vivement vers l'Orient, entraîne dans sa fuite le Serpent d'airain qui, suivi du prince de Liban et de l'Anneau lumineux, jettent l'alarme chez les frères Gadocbes... Et bientôt la confusion devient telle que tous les chevaliers de la Voûte sacrée de Jacques VI dégringolant les remparts, déclarent que c'est l'heure d'aller tenir une nouvelle tenue.
» Ce qu'a été cette tenue, aucune brochure ne l'explique bien. Mais, après une heure de délibération, la foule apprenait qu'une bien grave mesure avait été prise
(Suit le récit de l'intervention du Suprême Grand Conseil des Souverains Grands Maîtres absolus du 90e degré ; puis vient la suspension d'armes enfin accordée de Versailles, pour laisser aux Francs-Maçons le temps d'envoyer une députation à M. Thiers; laquelle démarche, on le sait, n'eut point de résultat ; car la lutte recommença vingt-quatre heures après.)
L'écrivain continue en ces termes :
« Chose étrange! Les auteurs de ces brochures ne s'entendent pas sur la convenance de cette grande manifestation. L'un d'eux, tout en blâmant cette intervention dans les choses politiques, déclare « que la belle robe blanche et le drapeau d'azur de la maçonnerie n'en sont nullement atteints, attendu qu'elle a été poussée.
» Mais l'autre, tout en reconnaissant la réalité de cette excuse, demande que ceux qui se sont laissé pousser soient punis comme il convient, et « placés entre les deux colonnes du temple dans la posture consacrée
» Maintenant, que d'aulres s'étonnent de cette alliance du Grand-Orient avec MM. Jules Vallès et Félix Pyat. Que
d'autres s'indignent en apprenant que le lendemain de l'assassinat de nos généraux et la veille des incendies de Paris, il se soit trouvé dix raille francs-maçons, pour déclarer que la « Commune était le nouveau Temple de Salomon.... » Pour moi tout ce qui vient de la démocratie ne me surprend plus, et ne me surprendra jamais.
» Mais il y a une chose que j'affirme : c'est que, plus tard, quand on racontera qu'en plein dix-neuvième siècle, au milieu de cette société railleuse et sceptique qui ne croit plus au Christ et qui croit à peine eu Dieu, alors que l'ennemi nous regardait du haut de nos forteresses, la plus sérieuse et la plus lamentable guerre a été interrompue tout à coup, notre armée laissée l'arme au pied, et toute la France mise en émoi parce que le frère Thirifoque, escorté de deux chevaliers Cadoches, allait présenter à M. Thiers le Maillet de direction..., eh bien, dis-je, quand l'histoire dira cela, je jure qu'on ne le croira pasl »
L'écrivain se trompe ; il faudra bien croire cela, et bien d'autres choses, si invraisemblables et si impossibles qu'elles paraissent — même dans notre siècle de lumières.
Si encore les loges maçonniques ne renfermaient d'autres mystères que ces tristes jongleries 1 Mais les francsmaçons (qui ne sont ni francs, ni maçons, ainsi qu'on l'a fort bien remarqué,) poursuivent un tout autre but. A quiconque voudra s'édifier pleinement sur leur pensée intime, nous recommanderons la lecture d'un livre récent intitulé : Les Francs-Maçons et les Sociétés secrètes, par Alex, de Saint- Albin. Paris 1867, Watelier. Ce livre est composé presque en entier sur les documents fournis par la Franc-Maçonnerie elle-même, et spécialement par le F.-. Oagon, l'auteur ipcré de la secte. Impossible, après cette lecture, de révo-
quer en doute le caractère essentiellement antichrétien et satanique de cette institution.
11 est vrai, nombre de francs-maçons ne l'entendent pas ainsi ; pour eux, il n'y a là qu'une affaire de pure philanthropie, et ils s'imaginent qu'on peut rester honnête homme, et même chrétien, tout en faisant partie de cette société. Qu'ils se détrompent! Le Souverain-Pontife Léon XII a dit dans sa belle Constitution contre les Sociétés secrètes :
« Tenez pour certain que personne ne peut participer à ces sectes, sans être coupable d'un très-grand crime; fermez l'oreille à ce qu'ils vous diront pour vous persuader de consentir à vous laisser admettre dans les grades inférieurs de leurs sectes, affirmant qu'il n'y a dans ces grades rien qui soit contraire à la raison, à la Religion et même qu'on n'y enseigne et qu'on n'y pratique rien qui ne soit pur, juste et saint. Mais ce serment criminel dont Nous avons parlé et qui est exigé même pour l'initiation aux grades inférieurs, est assez par lui même pour que vous compreniez qu'il est impie de s'enrôler même dans ces grades inférieurs et d'y demeurer. Ensuite, quoique l'on n'ait pas coutume de confier ce qu'il y a de plus compromettant et de plus criminel à ceux qui ne sont pas arrivés aux grades supérieurs, il est néanmoins très- évident que la force et l'audace de ces sociétés si pernicieuses s'accroissent en raison de l'accord et du nombre de ceux qui s'y font enrôler. Et ainài ceux là mêmes qui n'ont point franchi les grades inférieurs doivent être réputés complices de ces crimes... »
On trouvera dans l'ouvrage précité cette Constitution ainsi que les autres Actes apostoliques portés contre les Sociétés secrètes.
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 30î
NOTE D (p. 153)
Extrait du rapport de M. de Tarteron sur les pétitions en faveur du Pape.
Nous regrettons de ne pouvoir reproduire en entier l'excellent rapport de M. Pajot {Journal officiel du 23 juillet 1871). Le peu d'espace qui nous reste ne nous permet de citer qu'âne partie du rapport de M. Tarteron. C'est le Adèle écho des sentiments de la France chrétienne...
« Les évêques, dit l'honorable rapporteur, et les autres pétitionnaires signalent avec une profonde douleur la situation du Souverain Pontife et témoignent des vives alarmeg qu'elle leur inspire soit pour l'indépendance et même la sftreté du monarque, soit pour la liberté des membres de la société catholique.
» Pie IX a cessé d'être un souverain et n'est plus qu'un prisonnier. (Mouvement). Il est réduit à la possession, tout à l'heure contestée, d'un palais et d'un jardin, d'où il n'est pas sûr qu'une active vigilance sache toujours éloigner les manifestations coupables.
» Les garanties promises au Pontife suprême sont insuffisantes, mal observées, à coup sur illusoires ; ses relations avec les nations chrétiennes ne sont plus libres, elles ne
peuvent s'exercer que sous le contrôle et avec la tolérance d'un pouvoir dépourvu de toute autorité légitime, en ce qui touche la direction des âmes
» Ils protestent contre l'invasion de ce domaine de la conscience, inviolable et sacré, contre la spoliation qui en est la cause et l'origine, et ils demandent à l'Assemblée de s'associer à cette protestation. Ils le demandent au nom des promesses qui n'ont point été tenues, au nom de la foi des traités qui n'a pas été respectée, au nom du droit des nations qui est lésé, au nom de la liberté de l'Eglise qui est la liberté religieuse elle-même, d^ns sa plus haute et plus féconde manifestation. (Très-bien !)...
» Avec la protestation, les pétitions ont encore un autre objet. Elles supplient l'Assemblée d'inviter le Gouvernement à se concerter avec les puissances étrangères, afin de rétablir le souverain pontife dans les conditions nécessaires du libre gouvernement de l'Église catholique.
» Il n'est pas une seule de ces pétitions qui sollicite une intervention d'un autre genre. Si elles ne dissimulent pas une vive émotion devant les attentats dont la souveraineté de Pie IX est l'objet, si elles expriment une douloureuse anxiété pour l'avenir de l'Église, pour ses droits et sa liberté, elles témoignent aussi que les difficultés et les complications de la solution désirée ont été jugées d'un œil aussi ferme que clairvoyant. Les éminents prélats de qui ces pétitions émanent, unissent à leur dévouement à l'Église un ardent amour pour la France et, chez eux, nul entraînement, nulle illusion du zèle religieux ne trouble le jugement, n'égare le patriotisme. ( Nouvelles marques d'approbation.) Tous apprécient justement que la question de l'indépendance du Pontife suprême n'est pas une question uniquement française, qu'elle est universelle ; qu'impliquant le droit de toutes les nations chrétiennes, elle doit
être résoule par leur universel concours, afin qu'elle le soit pour toutes et pour toujours.
«Tous manifestent, qu'à leurs yeux, il est un autre droit que celui de la force et, fidèles à la doctrine dont ils sont les ministres, ils mettent plus fermement leur confiance dans la puissance de la vérité et de la justice que dans celle du glaive. Par où l'on peut voir combien ont manqué d'intelligence ou de loyauté ceux qui ont accusé les membres de l'épiscopat et les catholiques de vouloir pousser de nouveau la France dans des hasards et des épreuves qu'ils sont les plus ardents à prier Dieu de lui épargner. (Trèsbien ! très-bien ! Applaudissements au centre et à droite.)
» Non, ce seraient des nations bien abaissées et des temps bien obscurcis, ceux où l'on en viendrait à douter si le droit peut triompher seulement par sa force intime et le respect qu'il impose, dans le secret de leur âme, à ceux-là qui le prétendent nier. (Très-bien !)
«C'est du moins le devoir, et c'est aussi l'honneur de ceux qui croient à sa puissance, d'oser la proclamer hautement, sans illusion comme sans faiblesse. (Très-bien 1 très-bien !)
»Ce devoir est ici plus rigoureux et, à la fois, plus facile, si l'on se souvient qu'il s'agit de Pie IX, de ce souverain, toujours ami de la nation française, et dont le trône fut cependant ébranlé par la politique aveugle et funeste qu'imposait à cette nation un chef, esclave lui-même d'un pouvoir occulte et inflexible (.Mouvements divers.), de Pie IX le seul parmi les souverains qui ait élevé la voix pour la France pendant qu'elle était accablée sous les revers... »