‹ La providence et les châtiments de la FranceChapitre 8 sur 36 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Idée générale de la Providence, d'après les Saintes Écritures.

« Dieu, disent les Livres Saints, a créé au commencement le ciel et la terre avec tout ce qu'ils renferment, les choses visibles et les choses invisibles ; il a tout tiré du néant par l'efficacité de sa parole ; il a dit, et tout a été fait, et rien n'a été fait sans lui. » — Et non seulement il a produit ainsi en bloc l'universalité des êtres ; mais il est intervenu personnellement dans l'ordonnance de tous les détails de la création. « Son éternelle sagesse a disposé chaque chose avec nombre, avec

poids et mesure ; elle a tracé l'orbite du monde céleste ; elle y a rangé les astres comme un concert harmonieux et comme une armée disciplinée ; elle a suspendu la terre sur le rien ; elle a dicté des lois fixes et constantes aux montagnes , aux abîmes , aux eaux supérieures et inférieures, à tous les éléments ; elle a marqué dans un ordre qui durera autant que la terre ellemême, le retour périodique du temps des semailles et des moissons, des chaleurs et des froids, des étés et des hivers, des jours et des nuits. » — « C'est Dieu qui, par son ordre tout-puissant, a fait produire à la terre les plantes et tous les végétaux divers, en leur communiquant la vertu de se développer et de se multiplier, mais toujours dans les limites régulières de leurs espèces C'est Dieu qui par son commandement exprès a fait naître toutes les races d'animaux qui peuplent la terre, les airs et les eaux ; c'est de lui qu'ils ont reçu la vie, l'instinct dont ils sont doués et le pouvoir de croître et de se multiplier, toujours aussi selon la loi constante de leurs espèces. » — Mais par-dessus tout, Dieu est spécialement intervenu dans la création du genre humain, en donnant, à nos premiers ancêtres « une âme unie à un corps, une âme immortelle et faite à sou image. Il leur a donné encore la domination et la royauté sur lu

nature; il les a remplis d'intelligence; il a créé en eux la science de l'esprit, et il a déposé dans leurs cœurs un sens pour distinguer le bien et le mal • il a laissé tomber sur leurs âmes un rayon de son propre regard pour leur faire comprendre la magnificence de ses œuvres, afin qu'ils publiassent par leurs louanges la sainteté de son nom. » Ainsi tout émane de la divine Toute-Puissance, et l'être des créatures, et les forces qui les animent, et les lois qui les régissent, les lois morales aussi bien que les lois physiques. Ce n'est pas tout encore : le Créateur n'a point laissé son œuvre à elle-même, comme si elle pouvait se suffire et se soutenir par ses propres énergies. Il faut qu'il étende toujours sur elle le prolongement de son action créatrice; car, comme parlent encore les écrivains inspirés, « comment les créatures pourraient-elles subsister sans sa volonté et conserver leur existence sans qu'il les y rappelle sans cesse ? Tous les êtres et toutes les forces naturelles demeurent donc assujettis à sa puissance comme des serviteurs dociles, parce qu'il les soutient par l'efficacité de sa vertu. Son opération vivifiante se continue sans cesse dans le monde et rien n'échappe à son universelle sollicitude. D'une extrémité à l'autre de sa création il atteint avec force et dispose tout avec douceur. Il revêt le lis des champs dune

parure plus éclatante que toutes les magnificences de Salomon ; il distribue la nourriture aux oiseaux du ciel; Je plus petit des passereaux n'est point oublié par lui, et pas un seul d'entre eux ne tombe par terre sans sa volonté. » — « Avec beaucoup plus de soin encore il veille sur l'humanité et la gouverne par sa Providence paternelle. C'est son assistance continue qui entretient en nous l'être, la vie et le mouvement. En vain voudrais-je, comme les fugitifs de l'éternelle Providence, me dérober à sa puissance et à ses regards : au ciel je le trouve ; dans l'abîme il est présent encore ; et si, m élançant sur les ailes de l'aurore, je me précipite vers les extrémités de l'océan, c'est sa main môme qui m'y porte et me soutient, en prêtant son concours à tous mes actes. En vain m'efforcerais-je de lui cacher les secrets de ma vie et les replis de ma conscience : celui qui a compté tous mes pas et jusqu'aux cheveux de ma tête, connaît aussi toutes mes pensées les plus intimes ; ses regards infiniment plus pénétrants que les rayons du soleil interrogent toutes les voies des hommes et les plus profonds secrets de leurs cœurs. » — Pareillement « son soin vigilant s'étend sur les peuples et les empires. Par lui sont instituées toutes les légitimes autorités dans la famille et la société. De lui émane le pouvoir de rendre la jus-

tice et de porter des lois équitables. C'est lui qui dispose des royaumes et les donne à qui il lui plaît. C'est lui qui a partagé la terre entre les enfants des hommes, traçant les limites des différents peuples et les bornes de leur habitation, en vue de ses desseins particuliers et selon les temps qu'il a prescrits. C'est lui qui déroule l'ordre successif des événements anciens et nouveaux, selon le plan qu'il a d'avance marqué et déterminé dans les conseils de sa Providence. Toujours s'accomplit sa volonté souveraine ; elle déjoue les trames de la politique astucieuse et les calculs d'une sagesse humaine qui prétend se suffire à ellemême et se passer de tout secours d'en haut, » — Tantôt « il répand sur les hommes et les peuples ses faveurs et ses bénédictions privilégiées ; tantôt il les frappe des coups de sa justice et les brise comme des vases d'argile : biens et maux, châtiments et récompenses, indigence et richesse : tout vient de lui, et en toutes choses il est juste et sage et ses jugements sont à eux-mêmes leur propre justification. En toutes choses aussi il a en vue la plus excellente de toutes les fins qui est sa gloire et la félicité de ses créatures. Car il aime les âmes ; rien de ce qu'il a fait ne lui est odieux, et ce n'est point dans un dessein de colère qu'il a créé. C'est pourquoi sa lumière éclaire tout homme venant

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