SL'R LES ROUTES
Dos rclalions dos promeneurs aiec los ajjricolcs. — Conducteurs de cliarinls, pasteurs, porcliors cl autres gardions de bestiaux. — Dobéinicns et montreurs d'ours. — Batteuses mécaniques et locomotives routières. — Facéties de rouliers. — Anecdoctes et souvenirs.
Le gentleman qui a conduit un peu régulièrement dans Paris croit connaître par expérience tous les ennuis et tous les dangers auxquels on s'expose en prenant la direction d'une voilure à deux ou quatre roues.
— C'est une illusion!
L'art de conduire dans Paris, de se garer des cochers d'omnibus, d'éviter
LA PUOVI.Vr.E A CHEVAL
la renconirc des trariiuays, de se sotisti-aire aux attaques des autonicdons Muuiérolés, de se dérober au contact des voitures des boucliers, fruitiers, vinaigriers, marchands de vin et autres promeneurs d'insecticides, constitue une science éminemment difiicile à ac([uérir, et ceux qui la possèdent savent ce qu'elle leur a coûté d'efforts et de dangers vaillamment supportés.
En comparaison des mille difiicullés surmontées dans une promenade à travers Paris, un voyage sur une route leur paraît jeu d'enfonls, et ils croient savoir le dernier mot des ^S!^ mauvais tours que la mal-
veillance des conducteurs salariés peut inventer pour lasser la patience des cochers amateurs.
Certes , l'hostilité des ruraux à l'égard des bourgeois est moins agressive que celle manifestée par la population des grandes villes, mais elle existe cependant; et c'est toujours un grand plaisir, aux ciiamps comme aux f;mbourgs, pour les classes dirigées de voir dans l'embarras un représentant des classes dirigeantes.
A cette liosliiilé latente des paysans, qui se traduit, au passage d'un équipage un peu luxueux, non plus par les interpellations faubouriennes de la banlieue de Paris, mais par des sourires qui ont la prétention d'être narquois, il faut ajouter la lenteur habituelle de tous leurs mouvements et l'état d'indifférence voisin du sommeil dans lequel ils ont l'habitude de vivre et d'accomplir ce qu'on est convenu d'appeler
le rude labeur des champs, et qui n'est en réalité qu'une interminable
promenade somnambulesque.
Pour ces endormis, habitués à se contenter de l'allure de leurs bœufs, ceux
qui aiment à troUer bon train sont de purs agités, et ils ne comprennent pas que des gens tiauquilles soient obligés de déranger de pesants attelages
pour livrer passage à des voilures inutiles qui n'ont aucun besoin de marcher aussi vite. — Pour eux, la poste seule a le droit de marcher grand train.
Quant aux particuliers, ils n'admclleut pas qu'ils soient pressés, et, toutes les fois qu'on leur reproclie au passage la lenteur qu'ils mettent à faire place, on est sur que leur l'eproche sera toujours basé sur l'inutilité qu'il y a à se dépêcher. " Vous êtes donc bien pressé ? » diront ceux qui sont encore à peu près polis. — Il T' es donc enragé? » disent ceux qui ne le sont plus du tout.
■ — Vous tles doQC bieo presbe?
Cette apathie naturelle, que les gens
de la campagne apportent dans tous
leurs actes, a pour premier résultat, quand ils transportent sur une route à
l'aide de leurs véhicules primitifs le produit de leurs moissons ou le fumier
qui doit féconder leurs terres, d'inlluer sur la manière dont leur attelage
LA PROVIXr.K A CHKVAL.
traîne le fardeau qui lui est eonfié. Les chevaux, se sachant mollement surveillés, ne tirent que tout juste ce qu'il faut pour faire avancer leur fardeau d'un pas processionnel, et s'ctagent de façon à occuper toute la largeur de la route, y compris ses bas cotés
Celte fîiçon d'abandonner à eux-mêmes les animaux qu'ils ont mission de diriger est commune aux paysans de toule la France.
On peut la constater aussi bien aux approches des barrières de Paris que sur la roule de la Corniche ou celle de Tourcoing : partout même indolence, même confiance aveugle dans l'instinct des animaux, qui, il faut bien le reconnaître, se montre la plupart du temps supérieur à l'intelligence de leurs conducteurs.
II en résulte que, si vous venez à la rencontre de l'un de ces attelages circulant sous leur propre responsabilité, il vous faut avoir une connaissance |/rofonde de l'escrime du fouet pour parvenir à vous faire place.
Ce n'est en effet qu'à l'aide d'une mèche savamment dirigée que vous obtiendrez du cheval de tête que, de la gauche qu'il garde obstinément , il se décide à se porter à droite.
Si, au contraire, vous rattrapez et voulez dépasser l'une de ces barricades ambulantes, il vous faudra faire nu tapage exceptionnel pour attirer l'alten-
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