‹ La province a chevalChapitre 15 sur 49 · COMMISSION I)K RECENSEMENT · texte numérisé non relu

COMMISSION I)K RECENSEMENT

M. le nu i'g te préoccape peu des rbevaui; sail que, le coBécbeaiil.loas BeraifDl réquisitiounés.

!.e ctiiiilnine chargé du rapport- — ToujoutB etunui- du iiombie de russes qui leudeol encore des ttrvices.

/,e déltijué de !a préfecture. — \'a jamais pu dj»lin>jupr un cheval d'un aulie. — \e s'occupe que des If udaDCPs elrclorales des populal-oiig.

rcs-compelcDl, otsis sveugi par ses préfércDces politiques

Le maiire d'éfole. — Secrêlaire de la commissioD, — de la mairie, — du conseil oiuDJcipat, — du coDseil de fabrique,

L'adjudant. — Toiseur el térîHcaleur. — Inscril aiec une eiaclilude scrupuleuse le stgDa'ement de chaque quadrupède. Signe partirulifT : écriture lithoiirr.pbiqup.

I.ecfipitiiine yrtsidriit. — Kiiraordiuairemerilafijce par les btratajjéioes destines à (air dispenser de la con- BcripIioQ le» trois quarts de l'effeciif. — EnrêjiineDle quaud iiivine.

\ À\;,X';| 1,:'/"/^ ^^^\ i-yHïilIli SoutHe, 6ouIllp,inoDboiil.umme!

WiTY/'- y y^l'-^ -""^ , U'#lw J- l'écoole avec plaisir, mai» si lu cioi.

tiou du conducteur, qui dort sur sa voiture, à moins qu'il ne soit à quelques centaines de mètres en plein champ à discourir avec l'un de ses concitoyens.

Udc barricade eo pleine roate.

Dans l'un ou l'autre cas, c'est une attente de cinq minutes, et, pour peu que vous rencontriez une douzaine d'obstacles de ce genre dans un parcours d'une dizaine de kilomètres, vous aurez beau avoir des chevaux faisant facilement leurs quatre lieues à l'heure, il faudra vous résigner à ne faire dans le même temps que la moitié du chemin.

Si la plupart des campagnards qui conduisent des chevaux fout preuve d'une regrettable insouciance dans l'accomplissement de cette mission, on peut dire, sans crainte d'exagérer, que tous ceux préposés à la garde et à la

LA l'UOVIXCE A CHEVAL.

conduilc dcsbesliaux en li()ii|)(s poussent à sa deruière puissance celle nième insouciance : plulôl que de se résigner à s'occuper des animaux confiés à leur surveillance, ils se lorlurenl l'imaginalion pour occuper leurs loisirs el chariuci' leur solilude.

DvJiniCuin . — On appelle g.irdear on gardeose do dindons, oies et aulres volatiles, toule personne qui, cbargée de conduire ces auiinaui aui ciiampi<, s'occupe d'aulre chose, travani d'aigmIK', Hirlagp ou musiijue.

Depuis les plus jeunes gardcuses de dindons jusqu'aux plus vieux bergers, lous, sans aucune exception constatée, par moi du moins, se créent une occupation autre que celle dont ou les a cliargés.

Les unes Iricolent, les autres tressent de la paille ou taillent à coups de couteau des morceaux de bois.

Certains, qui ont pour toute apparence de travail une horreur plus grande encore, se contentent de souffler dans des instruments innoniés ; mais aucun ne s'occupe jamais de la conduile de son troupeau.

LA PROVLYCE A CHEVAL.

Qu'il soit composé d'oies, de moulons ou de bœufs, c'est toujours la Providence qui se charge d'en diriger la marche; quelquefois, tant elle a à faire,

elle se fait aider par quelques chiens; quant aux bergers, vachers, porchers et bouviers, il y a longtemps qu'elle a cessé de compter sur leur concours.

Il en résulte que les moutons couvrent tout le chemin d'une couche laineuse et bêlante qui entrave la circulation et expose le téméraire qui veut passer quand même à payer d'un seul coup une addition de côtelettes et de gigots sufflsante pour le sustenter pendant toute une année ;

Que celui qui persiste à circuler à travers un troupeau de bœufs court le risque de n'arriver au bout opposé à celui de la rencontre qu'après avoir reçu

dans le corps do son cheval ou dans le corps de sa voilure assez de coups de corne pour que le premier ait pris l'apparence d'un fricandeau, et la seconde, l'aspect d'une écumoirc.

Pour ce qui est des troupeaux de porcs, leurs conducteurs ne se bornent pas à l'envahissement des voies de communication ; ils pratiquent en oulre l'embuscade.

Dans les pays où se ])ralique l'élevage de ces intéressants quadrupèdes, pays pauvres en général, les meilleurs pâturages sont les bas côtés des routes; le jeune porcher s'installe avec ses camarades au fond d'un fossé, laissant ses bêtes en toute liberté; — celles-ci pàlurcut autour de lui dans un désordre aussi complet que pittoresque. Si vous rencontrez au tournant d'une route un groupe de cette espèce, le moins qui puisse vous arriver est de vous trouver les quatre fers en l'air dans le fossé opposé à celui où s'est installée pour se livrer à ses ébats favoris la bande déjeunes porchei's officiels ou amateurs.

Quanl aux troupes d'oies, dindous cl aulre menu bétail, leurs gardiens sont clioisis parmi des individus d'un âge tellement tendre que le plus grand danger qu'on coure avec eux est d'en écraser par mégarde un ou deux, en même temps que la stupide volaille conflée à leurs soins, les uns et les autres se précipitant sous vos roues au moment même où vous les croyez décidés à se garer à droite ou à gauche.

L'a fficurtre JovoloDlnirc, ou fricasBée pjr imprudence.

Aux traversées des villages, redouter également la sortie des écoles et les promenades de poussins.

Les élèves gratuits et obligatoires, aussi bien que les jeunes poulets, manquent de décision, et changent de direction avec une telle instantanéité que le plus prudent, quand on tient à respecter leur existence, est de s'arrêter jusqu'à ce qu'ils aient complètement disparu.

Tous les ennuis qui résultent pour le promeneur de la présence sur les routes des animaux comestibles ne sont rien auprès des désordres occasionnés par la circulation des animaux savants.

Le voisinage de l'ours, notamment, provoque chez la plupart des chevaux

un véritable aff'olcinoiit. — Or c'est précisément Fintlividii que clioisissent de prél'érencc les bohémiens qui tiennent à répandre dans l'es])èce animale les trésors de l'instruction.

Si vous avez bonne vue, et que vous aperceviez à distance l'un de ces convois qui donnent l'impi-cssion d'un village en marche, le mieux et le plus prudent est de faire un détour; — du reste, l'appréhension manifestée par votre cheval, si vous êtes sous le vent, vous avertira, quelle que soit la puissance ou pour mieux dire la faiblesse de votre vision, que vous allez faire quelque rencontre insolite; — dans ces cas-là, n'hésitez pas, quittez le droit

chemin volontairement, — cette précaution vous évitera de sauter, à l'instant de la rencontre, l'un ou l'autre des fossés qui bordent la route, ce qui est un fâcheux exercice même en tilbury, encore plus déplorable par conséquent si vous êtes en voiture à quatre roues.

Locomotives routières. — On prétend qu'elles sonl iililcs à l'agriculture et à plusieurs autres industries; mais le résultai le moins contestable de leur emploi csl l'emballage régulier des cavaliers qui les rencontrent.

Une autre cause d'effroi pour les chevaux impressionnables, c'est l'application de la vapeur aux travaux agricoles : les faucheuses, semeuses et batteuses mécaniques rencontrées inopinément en plein champ leur causent des

terreurs folles qui ne sont égalées que par celles produites par les locomotives routières : celles-ci, dirigées par des mécaniciens éduqués dans les grandes villes, ont transporté aux champs la tradition des bons tours à faire aux bourgeois ; — avec eux, on peut être sûr que les sifflets, les jets de vapeur et les flots de fumée jailliront à la fois, au passage de toute voiture un peu élégamment attelée. — Pour un cavalier de tenue correcte ils ne cesseront leur feu d'artifice qu'après la chute du susdit ou sa disparition à l'horizon, à la suite d'un emballage radical.

Le roulier ne manifeste pas des sentiments beaucoup plus bienveillants h l'égard du malheureux bourgeois; — lui aussi va dans les cabarets des faubourgs agiter les problèmes de la question sociale, et en rapporte pour les soi-disant oisifs porteurs de redingotes une hostilité qui se traduit jiar des claquements de fouet intempestifs et une propension regrettable à monopoliser la route.

Le biilor (|iii m'a joué le lotir que je demande la permissiDii de vous raconter, cher lecteur, ne l'a certes pas inventé ; mais, si vieux qu'il soit, il n'en est pas moins insupportable pour celui qui en est la victime.

Voici en quoi il consiste :

La scène se passe sur un chemin vicinal, bien entretenu, mais ayant juste la largeur nécessaire pour le passage de deux voilures; sur les côlés, les mètres cubes de pierres préparés pour les travaux de l'hiver sont espacés de dix mètres en dix mètres.

Sur ce terrain, vous trottez lestement dans une voiture légère : vous êtes seul avec un gamin qui en sait juste assez eu fait de conduite pour garder le cheval devant une porte.

A ce Irain, vous rattrapez promptemeut les lourdes voilures des meuniers, marchands de grains ou de pommes de terie, qui conduisent à pied et au pas.

Ceux-là se rangent à droite, et vous passez.

Un peu plus loin, vous rejoignez les maraîchers qui ont pris sur eux quelque avance, grâce au trottinement habituel à leur cavalerie.

Ceux-là dorment à moitié et ne répondent pas toujours à votre première sommation; vous ralentissez un peu et vous renouvelez votre appel.

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Sans se réveiller complètement, ils finissent enfin par comprendi'e, eux ou leur cheval, qu'ils encombrent la route, et ils font place, lentement, parcimonieusement, gardant encore les trois quarts de la voie; mais pourtant ils consentent à dévier de la ligne droite, et, en empiétant un peu sur le gazon, qui forme trottoir, on arrive à passer entre deux tas de pierres.

Cette façon de vous réduire à la portion congrue n'est peut-être pas inspirée par une politesse exquise, mais, enfin, ils sont fatigues, on les dérange,

LA PKOVIVCE A CIIKVAI,

ils ne sont pas pressés; et l'on peut admettre, à la rifjucnr, que celui (pii aime à aller vite s'arrange connne il peut, et laisse leuis aises aux gens calmes qui marchent lentement.

C'est peut-être une taquinerie aux bourgeois, mais elle est supportable, et il faudrait être à l'avance de bien méchante humeur ])our s'en fiicher.

Mais voici oii la j)laisanlerie cesse d'èlre acceptable.

Vous arrivez derrière une voiture de laitier ou de messager, gens qui marchent au trot et ont la prétention de marcher vite.

\'ous voulez passer, et vous criez : Hep! Gare! ou Place! selon que vous avez l'habitude d'employer l'une on l'autre de ces interjections.

Rien ne bouge, et il semble que le conducteur du lourd véhicule qui bouche la route n'ait rien entendu.

LA PROVIXr.K A CHEVAL.

Vous ralentissez et vous trottez derrière lui au milieu du nuage de poussière qu'il soulève et qui vous aveugle. Vous criez plus fort, rien.

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Cependant, au bout d'un instant la route décrit une légère courbe, et le chariot qui vous précède incline un peu à gauche, ce qui vous laisse un peu d'espace à droite.

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Vous tentez de passer, vous disant qu'il y a des gens bizarres qui préfèrent leur gauche à leur droite.

LA PROVIiVCE A CHEVAL

Pas (lu ((Mil. .Au niomciil où vous clés bien engagé, la voiture se rabat sur vous. \()us arrèlez, et vous vous préparez à passer à gauche, point!

Le passage vous est encore bouché.

Vous comprenez alors qu'il y a parti pris, et que vous avez aifaire à une brute facétieuse, que vous vous mettez à invectiver.

Pas de réponse, mais continuation du jeu.

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Peu à peu la colère vous prend, et vous voulez passer quand même, quilte

LA PROVIiVCE A CHEVAL.

à verser, et vous finissez par franchir un tas de cailloux, au risque de couronner votre cheval ou de briser vos ressorts.

Si vous vous retournez alors, vous voyez une figure stupide qui rit jusqu'aux oreilles.

Vous avez en effet accompli le tour de force que le roulier facétieux voulait vous contraindre à faire ; il est satisfiiit et ralentit l'allure de son cheval qu'il avait surmené jusqu'alors.

C'csl à eu nioiiiciil en général que la palienee vous échappe tout à lait.

Vous vous aiTetcz.

Et lorscpie lui veut j)asser à son tour, vous laites pleuvoir sur la tète du cheval et sur celle de l'honinie une grêle de coups de fouet.

C'est un mauvais système, que je condamne après l'avoir consciencieusement pratiqué.

Voici celui que je conseille pour le remplacer.

Vous manifestez bien votre volonté de passer, et vous teniez de le faire à plusieurs reprises.

LA PROVIXCE A CHEVAL.

Si l'on persiste h vous barrer la roule, vous allumez uu cigare, ce qui vous prend toujours un certain temps, et vous suivez trancpiillement votre persécuteur jusqu'au premier poste de gendarmerie, oii vous portez plainte.

Cette démarche a pour premier résultat de faire disparaître de la face du faquin stupide qui prenait un malin plaisir à vous barrer la route, le sourire narquois qui l'illuminait.

L'idée que sa plaisanterie aboutit à un procès-verbal dont le coût ne saurait être inférieur à la somme de seize francs lui enlève immédiatement toute gaieté.

gH LA PROVINCE A CHEVAL

La plus morne tristesse se répand immcdiatemeut sur sou visage, et vous pouvez être sûr, eu agissant suivant le programme précédent, de supprimer le sourire triomphant qui est, de toute cette tracasserie, la chose la plus désagréable à supporter.

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