‹ La province a chevalChapitre 35 sur 49 · SES · texte numérisé non relu

SES

Les maîtres d'équipage peuvent être classés eu deux catégories bieu distinctes :

Ceux qui agissent eu leur nom personnel, et assument la responsabilité complète de leurs actes, dépense comprise;

Et ceux qui sont chargés de gérer les intérêts d'une association.

Ces derniers sont incontestablement les plus à plaindre; car, outre qu'ils ne sauraient éviter tous les ennuis inhérents à la profession de veneur, ils

I,A l'ItOV l.Vr.R A C.IIKVAL.

peuvent ("'Ire sûrs (|m';ui((iii acic de leur ;[('sli(ni tTaiira lieu sans cxcilcr les proleslalidiis tWi\t ou |)liisi('urs de leurs associés.

La Rainée, piniiicr piiiiiciir.

— MaDge le minus possible. — CA alourdil, — man liiiit ld[it qu'il peol, — ça suulieut.

Vatel ih chiens — A loul quitté pour la cliasse. \ a emporté de chez Bon pêre, épicier au ciief-lieu. que ia malediclioD de ce uolable cummenaut.

Le \\i'\\\ piqueiir qu'il aura elioisi sera, selon ceux-ci, dans un élat voisin du «jàlisnie, elles appoinlenienls qu'il aura dû lui accorder seront trouves exorbitants par ceux-là mêmes qui recounaisseut sa valeur.

Toutes les rédamatious du second piqueur, qui n'a qu'une idée, devenir premier, seront appuyées énergiquement par l'un ou l'autre des sociétaires .

Tous les chiens, quelque soin qu'il mette à les choisir, serout invariablement critiqués.

L'étal des chevaux, chaque nouvelle acquisition, sera cgcalement l'objet de remarques généralement acerbes, mais ])lus géucralement encore dépourvues de toute espèce de sens comuum.

La tenue des hommes fera l'objet d'une série d'observations perpétuelles, et de propositions répétées pour la modificatiou de tel ou tel détail.

Tout le soiu des travaux à exécuter pour rainéufigemeut des écuries et du chenil lui incombera.

La nourriture de la meute fournira également uu thème inépuisable aux

LA rROVIXCE A CHEVAL.

critiques et aux conseils de ses associés, qui lui ierout un crime de ne pas goûter assez régulièrement la soupe.

Prêsentalion ani assock'S du cheval acheté poor le Iroisième piqnenr. — C'est no carcan ! — \ oyeî ddiic ces jarrels, — el ces lendons ; — c'est on cheial qui n'a pas de boyatii. etc., etc. — Le malheureoi chef d'équipage était autuiisé à consacrer à cette iraporlaute acquisition un crédit de trois cents francs maiimam.

C'est à lui qu'incombera également le soin de régler les indemnités aux cultivateurs,

Et de faire les démarches nécessaires auprès de l'autorité préfectorale en cas de difficultés.

S'il y a procès, c'est lui qui devra assister au débat et qui sera personnellement condamné, s'il y a condamnation.

Au jour de l'assemblée générale, il devra subir, en une seule séance, la récapitulation des griefs articulés par chacun des mécontents pendant la saison entière, et entendre critiquer chacune de ses dépenses.

Après quoi, on lui votera à l'unanimité des remercîments.

Le sort du maître d'équipage indépendant n'est pas beaucoup plus enviable.

I, A niOVIMCE A CIII'.VAF,.

Il ;i, ((iimiic l'iiulrc, rciiiiiii des aclials, des iiuk'ninik's à pMjcr, des |)i()i'('.s Jisoulciiir ; mais an moins il n'a pas à subir les rcciiiiiinalions de ses soidisaiil camarades de plaisir.

Les seules (diservalious f|ii'il enleude sur roxagéralion de ses dépenses lui sont laites par sa conscience d'abord, son noiaire ensuite, e( enfin, la plupail du lem|)s, par son conseil judiciaire.

Si le maîlre d'é(pnpage a eu par surcroît la lâcheuse andjition de se faire nommer lieutenant de louveterie, les diflicidtés de ses relations avec ses voisins, propriétaires, frères en saint Hubert et paysans, se trouvent décuplées par ce seul t'ait.

Le louvelier, ainsi nommé parce qu'il a la mission de combattre les sangliers, reçoit ses droits et privilèges de l'autorité préfectorale.

Le louvelier, — Ne sp consolpra jamais d'atoir pris, en 1849, le deruier loop de 1h cootii'c iiui etjil uue louve pleine.

Ils consistent dans l'obligation d'entretenir, à ses frais, un nombre déterminé de chiens en

état de détruire, à toute réquisition, les fauves et animaux nuisibles qui lui

sont signalés.

En général, le louvetier est déterminé à solliciter ses fonctions par des visées électorales, qui n'aboutissent à aucun résultat, parce que:

1" Les réactionnaires le considèrent connue vendu au pouvoir;

2° Et ceu.x qui ne le sont pas sont convaincus que tout homme qui chasse à courre appelle de ses vo^ux le rétablissement de la dime.

Peau de biqae irrémédiable.

A rpçu déjà huil coups de fueil nioliçés par ce vOtemeul.

Propriétaire deS pommes de lerre raraflées la nuit précêdeute.

A IVovre on connaîl l arlisan. — Xu voil pas le sanglier, mais se doule bien qu'il o'est pas loin.

LA l'UOVIX'CE A CHEVAF,. 2f)7

Au surplus, personne ne lui sait gré des animaux déIruKs.

Et chacun lui reproche le passage à travers champs de son équipage.

En sa qualité de fonctionnaire, il lui est impossible délimiter à ses amis les invitations qu'il doit ftiire.

Connue les convocations ont pour but olliciel la destruction, il est obligé de convier à ses battues les tireurs du voisinage ; obligation aussi dangereuse pour ses chiens que pour ses invités privilégiés.

Quand, au moment de l'attaque, il n'est pas parvenu à éloigner du passage de l'animal les bons lusils locaux, la bcte est tuée au lancer, et la chasse se trouve supprimée à son origine.

Dans le cas contraire, les tireurs convoqués inutilement se répandent dans les cabarets voisins, oii ils débinent avec acharnement sa prochaine candidature.

En conséquence, ne solliciter sous aucun prétexte le titre de louveticr.

Au cas où il vous serait oflert, le refuser avec énergie.

Si vous habitez un pays où ce titre ait été porté de tout temps par des membres de votre famille et soit devenu en quelque sorte indélébile et héréditaire,

298 I.A IMiOVIVCE A CHKVAI-.

Oiiillor ce j)ays «u renoncer définitivemenl à l;i cluisse,

Simuler des iliumalisnies fjoulleiix,

Pendre tous vos cliiens sans exception,

Congédier vos gardes,

Renvoyer vos piqueurs, valets de chiens.

Kl faire défricher vos forêts.

Au besoin, et la crainte de ne pouvoir se soustraire à la fatalité d'èlre louvetier a fourni plusieurs exemples de celte fatale extrémité,

Se ruiner radicalement,

ne llioon à être inscrit d'office au bureau de bienfaisance.

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