‹ La province a chevalChapitre 37 sur 49 · LA I'1U»VI\CK A CHKVAL · texte numérisé non relu

LA I'1U»VI\CK A CHKVAL

Le ciiliiR- et le repos sont ce dont les cliiens ont le plus i)cs<)iii au clieiiij.

Coueliés sur des hancs douceiiieiil incliuL's, la plupart dorment dans un mol abandon; (pielques-uns l'ont leur toilette, léchant leurs pieds endoloris parla dernière eliasse, ^f^rallant leurs oreilles encore irritées par les piqûres récoltées dans les fourrés.

Lendemain de chasse.

Celui-là ronfle, cet autre rêve, car les chiens rêvent, quelque étrange que puisse paraître au premier abord une semblable habitude chez un être auquel ou ne veut accorder que l'instinct.

Quoiqu'il en soit, ils rêvent comme une personne nalurelle, et qui plus est, ils rêvent tout haut, laissant aux témoins de leur sommeil toute liberté de suivre et de comprendre le travail qui s'opère dans leur imagination... Imagination vous choque ?

11 faut pourtant appeler les choses par leur nom.

Vous ne me paraissez pas suflîsammeni convaincu.

Approchons-nous de Marengo que je vois là-bas sur le banc, à gauche, étendu sur le liane; il s'agite et remue la queue, mais regardez sa tête; sa

bonne fignre de chien est bien endormie; écontez, il aspire violemment, il quête ; attendez un moment, un coup de gueule !

Il croit avoir retrouvé la piste, ses cris continuent et deviennent plus fréquents; la chasse va bien, et il nage dans un océan de délices, il ne fait plus aucun mouvement.

Serait-ce un défaut?

Point, voyez comme il remue la langue sur ses babines ; il fait curée luimême, et il est plus heureux qu'un spéculateur rêvant qu'il a doublé ses capitaux.

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Rî-vaal de curùe cliaude

N'allez pas croire au moins que tous leurs rêves soient aussi brillants ; les pauvres bètes ont leurs cauchemars, ils reçoivent des coups de fouet imaginaires , souvenirs cuisants , la plupart du temps , de corrections trop réelles.

Allons réveiller ce pauvre Verdo, qui geint comme un malheureux et qui se croit en ce moment battu par un piqueur, pris dans un piège ou déguenillé par quelqu'un de ses camarades.

Allons changer le cours de ses idées.

Encore un mot qui paraît vous choquer.

■M)-2 LA PUOVIXCM A CHEVAL.

Itoii ! deux camarades de lit eu grande discussion : Eléocle et Polijnice.

OuVst-ce que cela veut dire?... Troubler ainsi le repos public!

Heurousenieut que le chùtiiuent n'est j)as loin, le voilà qui s'approche sous la forme d'uu valet de chiens, arme de son ibuet : Clic, clac, Figaro^ au banc !

Tous les jours promenade; on couple les chiens, el en marche! piqueur eu tète.

Cet exercice dure deux heures en moyenne, après quoi l'on rentre au chenil en attendant la soupe.

L'aspect du chenil n'est plus ce qu'il était tout à l'heure ; plus de ciiiens qui dorment! ils attendent : toutes les oreilles sont dressées, les queues s'agitent, tous les yeux sont dirigés vers la porte : c'est que la promenade est un apéritif puissant, et que des estomacs qui n'ont rien absorbé depuis vingt-quatre lieures ressemblent, à s'y tromper, à l'intérieur d'une machine pneumatique : cependant ])as un chien ne descend de sou banc, car les fouets des valets de chiens sontlevés, prêts à s'abattre sur l'échiné du premier i-éfractaire : la consigne veut qu'on reste en place, on le sait, et l'on se contente de manifester son impatience par des mouvements sur soi-même et d'éloquents soupirs.

LA l'IlOVliYCE A CHEVAL.

Déjà le bruil des homnios qui pré|)arent les auges, oii la soupe'Lint désirée doit è(re versée, se fait euleudre; l'agilalioii de la meule redouble; les jambes soûl toutes en mouvement, les reins frétillent comme des serpents, les queues s'abattent sur les flancs par un mouvement de plus en plus précipité, toutes les langues s'agitent, fous les regards s'allument, toutes les voix gémissent; c'est un frémissement universel.

Altendaiil la soupe.

La porte d'entrée s'ouvre à deux battants, les fouets des piqiieurs s'abaissent : immédiatement la descente commence, en une seconde il n'y a plus un cbien sur les bancs ; la meute entière se précipite dans la cour, où le repas attend, répandu dans de longues auges en bois placées sur le sol. Ici, nouvel arrêt, les chiens, maintenus à coups de fouet, se rangent à dix pas des auges, alignés comme de vieux grenadiers; pas un museau ne dépasse! le front de la meute est aussi correctement droit que les bordures de buis d'un jardin à la française.

Les vétérans de la bande, messieurs les limiers, au nombre de vingt, sont appelés les premiers : une fois repus, ces vénérables quadrupèdes abandonnent la place au gros de la meute.

Trois fois le piqueur placé devant les auges abaisse et relève sou fouet, trois fois la meute s'élance et recule, en rechignant et en grognant... enfin le

LA l'IlOVlNCE A ClliaAI,

piqiu'iir se relire lonlemeiit, loul en lenaiil son Iniiel levé ; la meule le siiil pas à pas, eoiiservant reliyieiiscnieiil la dislaiiCL' (jiii les sépare et qui se Iroiive èlre préciséiiieni la mesure exacte de la portée de la mèche.

Le piqneiir a enjambe l'ange et s'est relire à nne distance respectueuse , en abaissant son terrible fouet; les fanfares éclatent, les chiens s'élancent, se précipitent ; pendant nne seconde, c'est un désordre indescri|)lible, nu lohu-bohu, un vacarme épouvantable ; les retardataires veulent s'emparer des places prises par les premiers arrives : ils montent les uns sur les autres, les pattes sont en l'air ; c'est un mouvement infernal, un véritable assaut donné àceux qui ont pris les meilleures places, et (|ui, du reste, ne li'ur l'ail pas perdre un coup de dent.

Ces mpsEJeurs sont servis!

Bientôt quelques coups de fouet, frappés d'une main sûre, viennent rétablir l'ordre : silencieux, alignés des deux côtés de l'auge, les chiens mangent, chacun pour son compte, sans se préoccuper du voisin; c'est à |)eine si l'on entend, de temps à autre, un léger grognement : ils sont recueillis

LA PROVIMCE A CHEVAL.

comme il convient pour l'accomplissement d'un semblable sacerdoce ; au reste, ils ne mangent pas, ils engloutissent ; les morceaux disparaissent avec une rapidité vertigineuse, on ne s'explique pas leur disparition et comment cette auge, pleine tout à l'iieure jusqu'aux bords, se trouve maintenant aussi nette qu'au moment où l'ouvrier venait d'y mettre son dernier clou.

Le repas terminé, on rentre au cbenil accomplir l'important travail de la digestion.

Les jours de cbasse, rien d'animé comme l'intérieur du chenil !

Dès le matin, les chiens ont deviné, aux allures des piqueurs, qu'on allait les conduire sur le champ de bataille; aussi, avec quel intérêt suivent-ils toutes les allées et venues des valets de chiens !

Aucun de leurs gestes ne les laisse indifférents ; debout sur leurs bancs, ils suivent les progrès des préparatifs, et, au moment où les piqueurs arrivent en tenue de chasse et sonnent la sortie du chenil, leur enthousiasme se traduit par des cris dont l'accent ne permet pas de mettre en doute le plaisir qu'ils éprouvent.

La meute se met en valets de chiens.

marche, précédée par les piqueurs et escortée par

les

Notre meule est composée de fox-hounds tricolores ; suivons-les tandis qu'ils se rendent au rendez -vous; ils marchent lentement, et nous aurons tout le temps d'admirer la vigueur de leur conformation.

Voyez quelle ouverture de poitrine et quelle largeur de reins !

Ces membres courts et trapus, ces doigts serrés, ce fouet large à la naissance et planté à angle droit sur cette large croupe.

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LA PUOVINCE A CHEVAL

Si co ne sont pas là des indices eerlains de force, je ne sais à qnels signes «n poniTa jnger des qualités d'un animal.

Avec de semblabl(\s appareils ils ne peuvent manquer d'avoir de la vitesse et du fond, c'est-à-dire les qualités les plus précieuses du chien courant.

Voilà les chiens dont vous avez souvent entendu médire.

Les chiens anglais n'ont pas de fond, les chiens anglais n'ont pas de train, les chiens anglais n'ont pas de voix, etc., etc.

Voilà ce qui se répète tous les jours, et si l'on ne savait par expérience ce qu'ils sont capables de faire, on serait tenté de croire que ce sont des haridelles sourdes et muettes, et, ce qui est plus grave chez un chien, perpétuellement enrhumées du cerveau.

Vous les avez vus ?

Qu'en pensez-vous?

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