‹ La province ce qu'elle est, ce qu'elle doit être (volume 2)Chapitre 31 sur 58 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La question que nous venons de traiter gagne tous les jours de l'importance. Les partisans même les plus fougueux de la centralisation sont contraints de reconnaître les danfjbrs et les abus de la concentration excessive de toutes les forces politiques dans la main du pouvoir, de toutes les forces vitales dans le rayon d'une seule ville. Les amis de la liberté appellent raflfranchissement local et individuel, qui seul peut mettre fin à l'asservissement général. Ceux enfin qui voudraient voir l'éducation politique se développer en France et les citoyens initiés à l'exercice de leurs droits, en même temps qu'à la surveillance de leurs intérêts, demandent que les libertés communales apprennent tout d'abord à user de toutes les autres.

Souvent on accuse la mobilité des Français; on leurreproche de ne pouvoir supporter ni la liberté, ni l'autorité. Mais tous nos écarts, nos inquiétudes, nos ardeurs exagérées

et Ms promptes défaillances tiennent moins à un défeat de caractère qu*à une lacune d'éducation. Nos lois soni si étrangement disposées, qu'elles admettent le premier veM à Fexercice des droits politiques les plus élevés^ et refuMit aux plus édairés toute participation aux droits les plus humbles. Tout le monde peut concourir au choix d'nh dé» puté du pays, personne ne peut s'associer à l'éleetioû d'un maire de village. On suppose à tous la scîMce politique, on en conteste à chacun les connaissances élémentaires. Il est pourtant manifeste que pour exercer avec intelligence des droits supérieurs, il faut être admis à la jouissance des droits inférieurs. Un homme d'État ne s'improvise pas plus qu'un maçon ; et il est au moins singulier qu'on se passe de tout apprentissage dans un ordre de choses d'où dépendent les destinées d'une nation.

Or, l'apprentissage de la vie politique est dans la liberté du régime communal. La commune libre est l'école primaire de la science politique, c'est-là que doivent se f^* contrer les premières règles de conduite, les premières lÉf' tions de discipline, les premiers rudiments des affaires (^ bliques. Ce n'est pas la loi qui donne l'esprit d'ordre, c'est l'éducation ; et l'on ne saurait demander un sage exercice de la liberté à ceux dont les premiers pas sont enchaînés.

Nous devons coiivenir que les grands mouvements politiques en France sont désordonnés et tumultueux. Il n'en saurait être autrement : un mouvement régulier ne peut succéder à une inertie complète. Hais lorsque par la liberté des institutions locales, le mouvement se fera tous les jours, discipliné par l'habitude, et limité contre l'abus par l'usage journalier, on n'aura plus à craindre ni l'irruption soudaine des passions, ni le péril des systèmes exagérés.

Les hommes qu'on appelle révolutiomiaires ne sont pas amis des révolutions : ils ne demanderaient pas mieux qoe de pouvoir les éviter. Or, pour les éviter, il faut que les lumières du droit et de la liberté pénètrent dans toutes les parties du territoire, il faut que la vie intellectuelle soit rendue à la province ; et elle ne peut lui être rendue que parla

vie politique.

Au moment de terminer ce volume, nous avons la bonne fortune de recevoir un écrit remarquable sur le même sujet, et qui nous apporte Tappui d'une grande autorité parlementaire. En attaquant les vices de la centralisation, H. Odilon Barrot reste fidèle aux convictions plus d'une fois exprimées par lui à la tribune. Plusieurs écrivains de l'école démocratique, au contraire, dans cette question, se sont longtemps égarés. Nous avons l'espoir que bientôt sur ce point il if^y aura chez eux qu'une seule voix, conune il n'y a qu'un seul principe : la liberté.

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