‹ La province ce qu'elle est, ce qu'elle doit être (volume 2)Chapitre 30 sur 58 · TENDANCES FÉDÉRALISTES · texte numérisé non relu

TENDANCES FÉDÉRALISTES

EW EUROFB.

Si quelque chose démontre la maturité d*un priiidpe« c*est Texplosion presque simultanée des sentiments qui Finvoquent dans plusieurs pays à la fois. Ainsi, en même temps que le principe fédératif se présente à la démocratie française comme la meilleure base d'organisation pour les libertés provinciales, il est également considéré par des peuples longtemps opprimés comme le meilleur système de r^énération. Partout où les populations se réveillent, partout où l'espérance d'un avenir se fait jour, on s'attache à l'idée de fédération, qui doit assurer l'avenir de chacun dans l'accord de plusieurs, constituer l'unité dans la diversité, et concilier l'autorité d'un droit commun avec la liberté des droits particuliers.

Nous avons déjà signalé le travail qui se prépare à ce sujet en Italie ; nous pourrions indiquer les tendances qui se ma-

nifestent parmi les populations chrétiennes de la Turquie ; mais nous nous bornerons ici à suivre le monyement général |ui se prononce dans les diverses provinces de l'empire lutrichien.

Toutefois, il est avant tout nécessaire de dégager la question de certaines confusions produites pair les téméraires Inanités de quelques-uns, et habilement exploitées par les perfidies du cabinet de Vienne.

Depuis quelque temps, dans tous les écrits politiques, périodiques ou non, on parle beaucoup du droit des nationalités ; on fait abus du mot, ce qui conduit facilement à l'abus lans les choses. Un principe sacré devient alors un prétexte inx plus folles prétentions, et chaque fraction de territoire lyant un idiome populaire voudra s'ériger en nation et faire icte de souveraineté. Ce n'est plus alors le principe fédératif qfn'on invoque, mais le principe séparatiste, c'est-à-dire l'isolement et la faiblesse, au lieu de l'union et de la force.

Ce qui démontre tout d'abord le vice de cette politique, 3'est que le cabinet de Vienne y a donné ses encouragements sty a trouvé les meilleures ressources pour l'application de sa fameuse maxime : Divide et impera. On sait avec quel mccès, en 1849, elle opposa les Croates aux Magyars, les ^alaques et les Szeklers de la Transylvanie aux soldats de Bem.

Depuis ce temps, le même jeu s'est renouvelé avec une plus grande variété de perfectionnements ; et malheureusement la naïveté des populations, se prenant d'enthousiasme pour un patriotisme localisé, est venue en aide aux ruses de la diplomatie autrichienne. Que l'Italie ait revendiqué ses Iroits, chacun y applaudit; on rend hommage aux efforts l'une nation grande dans l'histoire, ayant ses traditions et

pouvant refaire son avenir. Que la Hon|rid demande mt existence indépendante, cela se comprend encore ; c'est im antique royaume » ayant, pendant des siècles, vécu de sa vie

propre, et appuyant ses droits d'aujourd*hui sur s^ gloires du passé. Mais quels sont les titres historiques d'une nationalité croate, ou tchèque, ou morave! Ajoutons que même dans ces fractions de territoire, se rencontrent des subdivisions qui, à leur tour, réclament les droits souverains de na» tionalité, et ne veulent pas accepter de mélange avec leurs voisins. Ainsi , la Dalmatie repousse toute idée d'annexion avec la Croatie. Sur le bord oriental de FAdriatique s'élaid une côte rugueuse et dentelée, se prolongeant depuis la pé« ninsule de l'Istrie jusqu'à TAlbanie, et renfermant d'innom* brables groupes d*ilots qui sont la retraite de pédieurs et de paysans. Entre ces deux points extrêmes se trouve la Croatie, parallèle à la mer, vers laquelle elle s'avance en pointe et pénétrant de l'autre côté dans les terres jusqu'à la Serbie. Cette province, quoiqu'elle n'ait qu'un petit coin de terrain sur la côte de l'Adriatique, y possède cependant le port autrefois considérable de Fiume; et dans Tintérieur, elle s'étend sur une suite de riches et fertiles vallées, bien arrosées et couvertes de magnifiques pâturages. La ligne des côtes, au contraire, qui forme la Dalmatie, est stérile et inhospitalière, dangereuse pour les marins et improductive pour les agriculteurs, tandis que trois petits ports, peu fournis de navires, sont les seuls débouchés du commerce d'importation et d'exportation. Sous aucun rapport, soit des biens matériels, soit des idées de civilisation, la Dalmatie et les Dalmates ne peuvent être comparés au pays ou à la population des Croates. Et cependant les premiers prétendent à une existencQ séparée et repoussent fièrement l'union avec leurs plus puissants voi-

sins. Les Slovènes de la Garniole veulent paiement marcker seuls ; riUyrie est considérée de mauvais œil par les Croates» à cause de la rivalité des ports de Trieste et de Fiume. Toutes ces idées exclusives et jalouses font les affaires de l'Autricbe, qui a longtemps eu soin de les entretenir, en soufflant dans les oreilles le mot magique de nationalité.

Depuis quelque temps cependant, des pensées nouvelles semblent dominer à Vienne : une ère d'émancipation est pro« mise aux peuples, soit que les leçons du malheur aient enfin porté leurs fruits, soit qu'une politique tant de fois trompeuse veuille essayer encore d*une nouvelle déception. Qu'on noua pardonne ces paroles de méfiance. La méfiance s'explique et ne se justifie que trop par le passé de l'Autriche. Si aujour-^ d*hui elle est sincère , elle nous trompera une fois de plus. Hais nous l'en féliciterons. Ce qui se passe, en effet, mérite d*6tre signalé non-seulement parla nouveauté de la situation» mais aussi par l'importance des résultats qui peuvent en naitre.

Accablée par des désastres militaires, par des désastres financiers» environnée de populations menaçantes, en butte aux rancunes de la Russie, aux rivalités de la Prusse, aux malveillances de l'Angleterre, aux haines des Italiens, l'Autri** die semble enfin comprendre qu'un gouvernement uniquement fondé sur le nombre de ses soldats et la désunion de ses peuples ne pourra plus longtemps résister aux éléments de destruction qu'il renferme, et que le moment est venu de renoncer aux vieilles traditions qui la placent aujourd'hui sur les bords de l'abîme.

On avait voulu tout germaniser afin de tout centraliser; on reconnaît aujourd'hui que la tâche est impossible, et Ton se résout» bien sagement selon nous, à essayer de la décentralisation.

El eoiségaeiiee, dnquinte^eu délégiés de toita ks proriBces de respire ont étéeenvoqués 1 Yienae, d'oBepvt pour diercherim remède aaxdiffienltés dehsitoatkmgéiirale, d'autre part pour Caire eateodre les yœox partkriias de diaqiie provinee, en œ qui eonœme radministntkiB iitérienre et les droits de duqne localité.

n est à regretter sans doate qae les dâégnés n'aieit pis été élus par les popabtioDs qu'ils représentaient ; ei eepodant qnoiqoe choisis par le gonvemement central, ik oit fènérakment fait prenve d'une fière indépendance. Ami ne s'est conduit en élu des pouvoirs. Tous ont fait Takûr ks droits de leurs provinces, et, quoique séparés par des iitérêls ^xers et sonvait opposés, tous étaient d*aceord pov bUner les fautes du gouvernement.

Nous ne pouvons suivre les discussions Traimeat lesar* quaUes de cette assemblée, Reiehsratk^ qui fut une véritibk assemblée constituante. Mais ce qui en ressort essentieikment, c*est Tadoption du principe fédératif dans toute sob extension ; affranchissement des provinces, unité de l'empire; décentralisation administrative , centralisation politique ; liberté locale, autorité centrale. Pas une voix ne s'éleva contre le principe d'unité, pas une ne contesta les droits proviaciaux. Tous les délégués se proclamèrent fédéralistes, aucn ne se déclare séparatiste. Ils sentaient bien que b séparatk» ne peut être qu'illusoire dans l'isolement, tandis que b fédération serait la meilleure des sauvegardes contre l'absolotisme germanique.

Le premier résultat politique du Reichtrath a ^ le diplôme du 20 octobre 1860, qui peut être le point de d^iut de toute la politique de l'avenir, et même la régénératioi de rAutricbe par la liberté de ses provinces.

Mais il se présente un double écueil. D*abord, les idées dIndépendaDce absolue qui entraîneraient certaines provinces à une séparation, ensuite les repentirs du cabinet de Vienne, qui pourrait reculer dans la voie ouverte par lui, et ne donner qu'imparfaitement les garanties qu*on lui demande. Déjà se traduisent les mauvaises volontés, par la proposition de demi-mesures qui ne donneraient aucune satisfaction aux nationalités particulières. Ainsi, tout en reconnaissant la nécessité du système représentatif, on voudrait l'amoindrir en le cedtralisant. On aurait un parlement général composé de députés de chaque province ; quant aux parlements nationaux, on voudrait les ajourner ou les oublier. Mais les populations ne paraissent pas disposées à se laisser tromper.

Ne parlons pas de la Hongrie, où la question est spéciale, ou d'ailleurs certaines exagérations sont excitées, il faut le dire, par des mains étrangères.

Une autre province, comptant autant de population que les Magyars, la Galicie autrichienne, s'agite en ce moment, mais s'agite pacifiquement, pour obtenir l'accomplissement des promesses du Reichsrath, auxquelles elle a d'ailleurs droit, même parles traités qui l'enchaînent à l'Autriche.

La sage conduite de cette province et en même temps ses énergiques revendications méritent d'être signalées.

Après les malheurs de la conquête étrangère, il était resté aux Polonais des institutions intérieures, faibles compensations de la patrie absente, et conservant, même après le démembrement, à chacun des débris une apparence de nation. Les traités de Vienne, faits sans les Polonais, faits même contre eux, puisqu'ils consacraient la spoliation, avaient cependant reconnu leurs droits d'autonomie locale et réservé toutes leurs libertés intérieures.

L'article 1*' de l'acte général dn CoDgrès de Vienne est conçu en ces termes :

ff Les Polonais, sujets respectifs de h Russie, de rAntriche et de la Prusse, obtiendront une représentation et da institutions nationales^ réglées d'après le mode d'existence politique que chacun des gouvernements auxquels ils appai> tiennent jugera utile et convenable de leur accorder. »

Douze jours après le traité de Vienne, le roi de Pmsse, Frédéric-Guillaume III, entrant, en vertu de ce traité, a possession du grand-duché de Posen, adressait aux habiianls une proclamation, qui était une reconnaissance formdle de leurs droits d'autonomie :

ff Vous aussi, leur disait-il, vous avez une patrie, et je vous estime pour avoir su la défendre. Vous serez mes sajeli et je serai votre monarque, satxs que vous ayez besoin pov cela de renier votre nationalité. Votre religion sera respectée, vos droits personnels et vos propriétés passent sous la tutelle de lois qu'à V avenir vous ferez vous-mêmes. Votre langue sera employée dans toutes les afibires publiques, à côté de la langue allemande. Quant à vous, suivant vos capacités et vos aptitudes, vous remplirez tous les emplois du grand-duché de Posen.

<c Le président en chef, votre compatriote, procédera i l'organisation du grand-duché, et choisira tous les fonetioi^ noires parmi vous. »

Certes, ces solennels engagements n'ont rien d*équivoqne: représentation nationale, droit de législation, conservation de la religion et de la langue nationale, droit exclusif à l'administration locale, ne reconnaît-on pas là tous les caraelères

de rautonomic ?

Les mêmes garanties étaient réservées à la Galicie autrichienne.

Comment ont été exécutées les promesses impériales et royales?

Gomment ont été respectés les traités de Vienne, placés sous la sauvegarde de toute l'Europe?

Tous les faits sont venus contredire les engagements.

Point de représentation nationale, par conséquent, pas d'autonomie. Quant à l'administration locale, elle est exclusivement livrée à des étrangers, Allemands, Croates ou Italiens, les premiers cependant en grande majorité. Tous les actes administratifs doivent être faits en allemand, quoique les administrés ne comprennent rien à cette langue. Il en est de même pour les actes judiciaires : procédure civile ou criminelle, plaidoiries, interrogatoire et jugement, tout se fait en allemand ; à un témoin polonais, il faut un interprète dans son propre pays ; et celui qui a le malheur d'être accusé, n'entend rien de ce qui se dit pour ou contre lui, frappé sans pouvoir se défendre, et séparé même de son avocat par Tinfranchissable barrière du germanisme.

La guerre faite à la langue nationale se poursuit avec plus d'activité encore dans les écoles. L'enseignement est aux mains des Allemands, et l'idiome polonais, considéré comme langue étrangère, est toléré plutôt qu'admis, dans des dasses faites par intervalles, au même titre que l'anglais ou ritalien.

Puis, par une vieille tactique familière à l'Autriche, on a créé, fomenté la division entre une fraction de la population polonaise et la grande masse de la nation, à la faveur de dissidences religieuses qui ne prêtent que trop facilement aux hostilités.

Au milieu des habitants de la Galicie, se rencontre on groupe qui se distingue des autres, non par une différence k race, mais par une différence de culte. Ce groupe est cdni des Ruthënes ou Ruthéniens, appartenant à l'église orienUk unie. Us sont au nombre de sept cent mille, tandis que la population catholique se mon^ à cinq millioDS. Or, les Allemands ont imaginé de faire des Ruthënes une nationalité, afin de s*en servir contre les prétentions poloDâises. Le rite des Ruthënes est différent, il est vrai, mais leur langue, qui n*est qu'un patois sl^ve, dont le fond est essentiellement polonais, pourrait embarrasser tout autre que des théoridens allemands. Ceux-ci ne s*effrayent pas de si peu, et ils sont tout prêts à démontrer que toute langue venant du sanscrit, il est facile de rendre compte des identités. Si rAUemaii avait im pied en France, il vous prouverait non moins catégoriquement que le patois auvergnat constitue une natioiuh lité, surtout s'il avait besoin de cette nationalité pour seaier le trouble.

Donc, voilà les Ruthënes improvisés en nation ; et cette nation va servir de contre-poids aux exigences des indociles Polonais de la Galicie. Ceux-ci, confiants dans les promesses impériales, ont, dans les premiers jours de janvier, envoyé i Vienne une députation de trois cents des leurs, qui ont exposé leurs griefs et leurs espérances dans un Mémoire remis à M. de Schmerling. Aussitôt, la bureaucratie allemande évoque le fantôme de la nationalité ruthëne, excite les Ruthéniens i envoyer aussi leur députation à Vienne, et obtient de leur évêque, M^** Jakimowicz, sa coopération comme président de cette solennelle ambassade. Cinq prêtres de l'Église ruthëne se joignent à lui, et rélément laïque est représenté par l'ancien directeur de la police de Lemberg, Chominski, grave*

(Dent eompromis dans les affaires de 1846, et contraint l'abandonner ses fonctions sur les plaintes trop motivées des Menais. Aujourd'hui, il se venge d'eux en les menaçant des Rothènes.

Q était donc naturel que la députation des sept Ruthéniens lAt recevoir à Vienne un meilleur accueil que celle des trois cents Polonais. Ceux-ci venaient réclamer un parlement na- Lîooal ; l'empereur ne voulut pas les admettre en son auguste présence et les renvoya à son ministre. Les Ruthènes, au contraire, furent admis comme pour donner une sanction impériale à cette nationalité éclose dans les bureaux de Tadministration. En présence d'une telle faveur, les Ruthènes DC pouvaient se montrer ingrats, et, contrairement à leurs indociles voisins, assez barbares pour repousser la langue de Kant, de Hegel et de Schelling, ils supplièrent Sa Majesté de vouloir bien leur imposer l'allemand dans l'administration comme dans l'enseignement. On ne saurait mieux inaugurer une nationalité nouvelle.

U faut bien avouer aussi qu'il est d'un grand intérêt pour la bureaucratie autrichienne de voir repousser les justes réclamations des Galliciens. Si on leur accordait, en effet, l'administration locale à laquelle ils ont droit, sept mille employés étrangers, qui dévorent la substance des habitants, seraient contraints de plier bagage. C'est une armée d'invasion au cœur du pays, et une armée disciplinée, concentrée, dont tous les mouvements se font avec le plus merveilleux ensemble, protégée d'ailleurs par l'autorité centrale, dont elle est l'instrument aveugle.

D n'est pas étonnant, sans doute, que les Galliciens aspipirent à en être délivrés; mais il n'est pas étonnant, non plus, qu'elle leur oppose une opiniâtre résistance.

Aussi n*est-il pas de manœuvra auxquelles te employés étrangers n'aient recours. Voyant les tendances de Tesprit public vers le système représentatif, ils se font tout à coup libéraux à outrance, et tentent de s'emparer du mou¥enMit, pour en fausser la direction. Les Galliciens demandent une représentation locale et nationale; les employés autridûens vantent les bienfaits d'un parlement central et impéiid, exaltant les réformes que prépare l'Autriche. A les entendre, on dirait des novateurs pleins de zèle, et les Polonais ne seraient que d'opiniâtres routiniers.

Ceux-ci cependant ne ^ laissent pas tromper à de vaines illusions. Ils savent que c'est surtout avec l'Autriche qu'il faut se rappeler le timeo danaos. Sans refuser d'entrer pour leur part dans le parlement central, ils ne se dissimulent pas que la meilleure sauvegarde de leurs droits est dans la représentation nationale. Sans vouloir rompre l'unité de l'empire, ils tiennent à leur existence propre, à leur autonomie, à leur individualité; ils demandent une administration nationale substituée à ce régime centralisateur qui confie toutes les dignités du pays, tous les intérêts particuliers à des mains étrangères ; ils demandent l'emploi de leur langue nationale dans toutes les branches des services publics , et enfin la liberté des universités et le développement des institutions qui perpétuent les traditions de glorieux souvenirs.

Le mémoire qu'ils ont remis à H. de Schmerling est remarquable autant par la modération que par l'énergique conscience de leurs droits. Jaloux , d'ailleurs, d'oublier les dissensions créées à dessein par de perfides fonctionnaires, ils réclament, pour les Ruthènes, les mêmes droits que pour eux-mêmes :

« Nous avons l'honneur , disent-ils, de rappeler à Votre

ExceUence que les habitants de notre province, Pdonaîs et Rvchéniens, forment depuis des siècles, par un acte d'union YokMitaire, une se«le et même nation, et que, malgré le sort qui a frappé l'unité de leur ancienne patrie, ils n'ont jamais cessé €^ ne cesseront jamais d'en appeler aux droits séculaire& et imprescriptiUes de leur nationalité, dont la Proyidence dle-méme a consacré les droits. Pour nous la Pologne, aujourd'hui démembrée, reste toujours la mère-patrie ; un Polonais, à quelque souveraineté qu'il obéisse, est toujours pour nous un frère.

» Si donc. Votre Excellence veut bien tenir compte de l'antique et souvent glorieux passé de notre nation, elle re* eoBnaltra., nous aimons à le croire, que nous aussi, bous soaiBias une de ces individualités historiquement et peKtiqaement nationales, auxquelles dernièrement la majorité du conseil de l'empire reconnaissait le droit d'être maintenue dans la nouvelle organisation de la monarchie; que nous aussi, nous possédons ce caractère historique et légal auquel, selon les paroles du dernier manifeste de S. M. I. et R., sont dues des institutions distinctes et des lois particulières. »

On doit remarquer que les Galliciens ne se leurrent pas de Tespéfance de former un royaume séparé, et ne rêvent pas une indépendance qui ne pourrait se protéger elle-même. Us aceeptent de faire partie intégrante de l'empire, mais avec leurs lois, leur langue et leur gouvernement intérieur. Ils n'aspirent pas à la séparation, mais à la fédération. Il y a mieux, ils ne demandent, ainsi que nous l'avons déjà dit, que l'accomplissement des traités qui les ont liés à TAutriche.

« D'un autre côté, disent-ils, les traités européens, en sacrifiant l'existence politique de la Pologne au vain espoir d'assurer h jamais la paix, en décidant sans nous de notre

sort, n*ODt jamais entendu nous anéantir comme nation ; ik ont, au contraire, garanti aux trois parties de la fohpt démembrée une nationalité et les institutions qui devaioitei assurer la conservation. »

Assurément, il faut que le principe fédératif ait une puissante vertu, pour pouvoir servir de palliatif aox blessures faites par la domination étrangère, conciliant ainsi les drmts d'une nation avec le fait de la conquête, sans honte pour ii nation, comme sans concession du dominateur, et satisfaisam en même temps aux décrets coercitifs d'une diplomatie collective, et aux souvenirs toujours vivants des traditioBS nationales.

Que TAutricbe y prenne garde, elle ne pourra plus arrêter le mouvement fédératif auquel elle-même a donné la cohésioB par la convocation du Reichsrath. U n'est plus temps de ruser : son empire, compromis par l'absolutisme centralisateur, ne peut se régénérer que par le fédéralisme. C'est d'un mauvais augure, il est vrai, que cette comédie des Ruthènes, imaginée et jouée le lendemain du Reichsrath. Il est de son intérêt d'y mettre fin.

Quand d'une commune voix, tous les délégués des provinces lui offrent leur concours en retour de leur autonomie, lui ouvrent dans sa détresse une voie de salut, sans péril pour elle et honorable pour tous, elle demeurerait sans excuse si elle les repoussait, mais non sans châtiment. Le fédéralisme, qui vient à son aide avec ses forces collectives, se verrait peut-être contraint à les retourner contre elle, et nul ne pourrait dire alors où s'arrêteraient les déchirements.

Nous n'avons pas, d'ailleurs, à préserver l'Autricbe de ses aveuglements. Nous tenons seulement à signaler le mouvement fédéraliste qui se prononce partout, si énergique, qu'il

ne fera plus abandon des libertés locales, mais si mesuré qu'il propose à Vienne le pacte d'unité et consent à placer rAutriche au sommet de l'édifice. Avec l'Autricbe, en effet, Tunité se fait à l'instant et en toute facilité; mais, sans rAutriche, elle se fera, quoique au prix de grands sacrifices.

Pour le fédéralisme, ce n'est donc qu'une question de temps. Pour l'Autriche, c'est la question d'être ou de n'être pas. Aujourd'hui , elle a encore le choix -y'demain peut-être elle ne l'aura plus.

Dans le Reichsrath, un délégué, l'abbé Eder, disait : Salzbourg est mon pays, l'Autriche est ma patrie. Avec quelques diversités de nuauces, c'était là le fond de la conviction de tous. C'est au cabinet de Vienne à donner satisfaction aux droits de chaque pays, s'il ne veut que chacun d'eux se constitue en patrie.

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