‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 109 sur 174 · IL · texte numérisé non relu

IL

AU YÛN-NAN

(SUITE

1864. — Sur la route que devait parcourir le corps expéditionnaire, se trouvait un chef rebelle du nom de Ma Lin-shéng (,|| ^ ^); il avait établi son quartier général à Ch'u-ching-fu (^ ii^ jj^) et ses avant-postes s'étendaient du nord jusqu'à Chan-i-chou (|g j^ it|). H laissait circuler les convois de marchandises parce qu'il en retirait de fortes redevances, mais il devait se montrer hostile au passage d'une armée chinoise et menacer ses communications avec la capitale.

Ts en Yti-jing et ses corps chinois se mirent en route (les troupes musulmanes de Ma Ju-lung restaient pour garder la capitale) et se présentèrent devant Ch'u-ching-fu, qu'ils attaquèrent. Cette ville, située à cinq journées de marche à l'est de la capitale, est, par sa position, assez difficile à défendre ; aussi les impériaux comptaient-ils, vu leur nombre, la réduire en peu de temps. Il n'en fut pas ainsi. Les rebelles, sacliant que pour eux la défaite était la mort, se battirent avec acharnement, et Ts en YU-ying, ne voulant pas exposer 8es soldats à un feu meurtrier, fut obligé d'entreprendre un ►siège régulier, ce qui demandait du temps et de l'argent,

90 LA RÉBELLION MUSULMANE AU YtN-NAN.

deux choses dont le gouveraement ne pouvait disposer en ce moment.

Le vice-roi, voyant les lents progrès du Fu-tai, pria Ma Ju-lung d'aller hâter les opérations. A son arrivée au camp des assiégeants, ce dernier noua des intelligences avec la ville, et les habitants, qui n'auraient pas traité avec le général chinois, lui promirent de déposer les armes et de livrer leurs deux principaux chefs à la condition que le reste aurait la vie sauve et qu'on respecterait les propriétés. Ma Lin-sheng et son collègue furent livrés et exécutés, et leurs têtes envoyées à la capitale (mars).

Le jour fixé pour l'entrée des troupes dans la ville, Tsên YU-ying, qui avait ratifié l'engagement contracté avec Ma Ju-lung, pennit néanmoins à ses soldats de la piller. Les premiers qui se présentèrent assaillirent les maisons pour les dévaliser; les habitants, se croyant trahis, reprirent les armes et allaient peut-être chasser les envahisseurs lorsque l'arrivée oppoi*time de Ma Ju-lung vint mettre im terme aux exploits des pillards. Il reprocha vivement à Ts en Yil-ying son manque de parole, qui avait failli être la cause d'un désastre. L'altercation qui venait d'avoir lieu entre Chinois et musulmans ralluma leurs vieilles haines et rendit pour le moment une action commune impossible.

Tsên Yll-ying, resté seul, chercha à se rendre populaire et négligea la discipline. Ses soldats se livraient au maraudage et détroussaient les paysans ; les mallieureux qui venaient se plaindre au général étaient fort mal reçus, souvent menacés de la i)eine capitale. Il alla môme jusqu'à réquisitionner des sommes considérables qu'il distribua en partie à ses troupes, moyen infaillible mais dangereux de gagner une popularité factice.

LIANG SHIH-MEI ATl^AQUE SH A-TIEN. 91

Ma Ju-lung, de retour à la capitale, trouva quelques chefs des villages musulmans de Ta-clmang et de Sha-tien (^ jj), qui venaient implorer son appui contre le dictateur de Lin-an. Celui-ci, en effet, qui avait résisté avec succès à Ma Ju-lung, et qui, du reste, gouveniait assez bien le territoire où il s'était affranchi de l'autorité provinciale, chercha noise aux musulmans ralliés et leur défendait de souiller son département de leur présence. Il fit de grands préparatifs militaires et, d'accord avec Chang Lao-pan (Jg ^ ;gj) et Yang Chiu-kueî^ (^ Ai ^)i ^^^^^ chefs qui avaient la haute main dans les affaires de Mêng-tzù-hsien , il entreprit de détruire les villages de Sha-tien et de Ta-chuang. La distance de 125 lis qui les sépare de Lin-an leur permît d'être sur les lieux en très peu de temps et sans beaucoup de dépenses ; quant aux troupes de Mêng-tzil qui n'avaient que 30 lis à parcourir, elles furent bientôt rendues à leur poste (juillet).

Les musulmans, qui voyaient grossir l'orage, avaient fortifié leurs maisons et rappelé de la capitale ceux des leurs qui étaient au service des impériaux. Ma Ju-lung, quoique dans une position difficile, leur envoya un millier de volontaires et une somme d'argent de ses propres deniers. Les I-jên d'A-mi-chou, qui gardaient un bon souvenir de leurs anciens alliés, fournirent, de leur côté, un contingent aux villages menacés.

Liang Shih-meî et ses alliés furent étonnés de i^encontrer une résistance si opiniâtre, car, loin de culbuter les assiégés, comme ils l'avaient espéré, ceux-ci les bravaient derrière leurs faibles murailles que, faute d'artillerie, ils ne pouvaient renverser. Des mois se passèrent sans qu'ils fussent plus

* Ces deux chef» dirigeaient la défense de Mêng-tzû, lors de Texpédition de 3Ia Ju-lung contre cette ville.

avancés ; plutôt que de battre en retraite, ce qui les eût fait déchoir dans l'opinion de leurs administrés, ils eurent recours à un stratagème. Comme le sol de cette vallée est assez plat, ils coupèrent par des barrages considérables la rivière qui arrose le village de Sha-tien, afin de forcer les habitants, par l'inondation qui allait se produire, à abandonner les positions qu'ils défendaient si héroïquement. Ce procédé leur réussit en partie; les fortifications et les maisons, construites en briques séchées au soleil, furent déchaussées à la base et ne tardèrent pas à s'écrouler; mais les habitants, au lieu de fuir ou de se rendre, quittèrent simplement le fond de la vallée pour aller se loger dans des galeries creusées dans la colline à laquelle est adossé le village, laissant entre eux et leurs ennemis un rempart naturel formé par les eaux que les assiégeants ne pouvaient franchir.

Le temps s'écoulait sans aucun incident qui fît entrevoir la reddition prochaine de la place. Les assiégés avaient des vi\Tes pour longtemps; il ne fallait pas songer, dès lors, à les réduire par la famine. D'ailleurs, ils avaient toujours la liberté de communiquer avec Ta-chuang, qui, bien qu'investi, pouvait, à un moment donné, envoyer des renforts par A-mi-chou. Liang Shih-mei, perdant l'espoir d'une prompte solution, quitta le camp en remettant le commandement à son frère Liang Shih-wei (^ j: ^). Après plusieurs tentatives infructueuses, les chefs se concertèrent pour lever le siège : la digue, élevée à grands frais, venait d'être emportée par les eaux. Cette retraite causa aux Lin-anais une amère déception en même temps qu'elle fut un signe de la décadence de Liang Shih-mei.

Dès que les troupes de Lin-an et de Mêng-tzû eurent disparu à l'horizon, les volontaires qui avaient combattu

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