‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 116 sur 174 · RETRAFI^E DE MA JU-LUNG · texte numérisé non relu

RETRAFI^E DE MA JU-LUNG

capitale ; toutefois, avant de mettre à exécution cet acte qui répugnait à son amour-propre de soldat, il réunit ses troupes, essaya de les encourager par des promesses d'argent et les conduisit en personne contre l'ennemi. Dans le combat, qui tourna contre lui, il fut blessé d'un coup de feu. Convaincu qu'il n'obtiendrait rien de ses soldats, il rebroussa chemin. Cette retraite fut désastreuse pour les impériaux; beaucoup d'entre eux, exténués de fatigue, s'arrêtaient dans les villages et s'y cachaient, de peur de tomber aux mains des rebelles qui les poursuivaient. Des fuyards erraient dans toutes les directions, et ceux qu'on prenait étaient passés par les armes. A la fin, les rebelles, las de couper des têtes, se contentaient de couper les oreilles de leurs prisonniers et les emportaient comme pièces de conviction afin d'obtenir la gratification promise ^

Ma Ju-lung fut sérieusement affecté de cet échec ; il perdait son prestige vis-à-vis de ses collègues de la capitale, qui, connaissant sa bravoure et ses qualités militaires, s'attendaient à le voir revenir victorieux. Quoique très mécontent des officiers et soldats qui avaient montré tant de faiblesse, il lui était impossible, à cause de la fausse position dans laquelle il se trouvait, de faire des exemples. Comme sa blessure était sans gravité, il passa peu de jours à Anning-chou pour cantonner dans les environs les troupes sur lesquelles il pouvait compter, et, au lieu de rentrer à Yunnan-fu, il descendit dans la plaine, et s'installa dans une maison de campagne appelée Huang-hua-lou (^ :^ ^),

' Ordinairement, les chefs de corps, afin de stimuler l'ardeur des troupes, aussi bien chez les impériaux que chez les rebelles, promettaient une prime pour chaque tête ou paire d'oreilles que les soldats rapporteraient au quartier général. Cette prime variait selon l'importance et le grade de la \ictime.

qu'il avait fait construire sur les bords du lac. Accablé par sa défaite, ce ne fut que sur les instances réitérées des autorités provinciales qu'il consentit enfin à revenir en ville. Les esprits étaient déjà surexcités par les derniers revers, et l'arrivée des corps d'expédition qui avaient le plus souflFert porta la panique à son comble. Chacun était persuadé que les musulmans. Ma Ju-lung le premier, trahissaient; mais on n'osait le dire tout haut de crainte d'éveiller la susceptibilité de ceux qui étaient au pouvoir.

La position des impériaux, loin de s'améliorer, s'aggravait tous les jours, et les rebelles faisaient des progrès malgré les forces déployées contre eux. La guerre se localisait, et le plus souvent dans un sens favorable au gouvernement: tous les Kuan-shih, ou chefs qui avaient un peu d'autorité, marchaient à la tête des paysans contre l'ennemi commun; mais ces efforts isolés ne faisaient que retarder la marche lente mais sûre de l'envahisseur.

Nous arrivons maintenant à une période très confuse de l'insurrection : les rebelles sont victorieux; ils couvrent presque toute la province, et le gouvernement, accablé de tous côtés, laisse ses partisans dispersés agir à leur guise, tandis qu'il ne se préoccupe que de Tu Wên-hsiu, qui s'avance sur la capitale.

1868. — Le Yiian-shuai (sultan) s'assura le concours des villes du nord-est avant de continuer sa marche sur YUnnan-fu, dont il méditait depuis longtemps la conquête. Les corps qui opéraient dans les districts des puits à sel trouvaient les habitants organisés en milice et décidés à défendre leurs intérêts. Quelques-uns de ces puits tombèrent entre leurs mains sans grande résistance, tandis que d'autres, Hei-ching

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