‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 120 sur 174 · TROISIEME SIEGE DE YUN-NAN-FU · texte numérisé non relu

TROISIEME SIEGE DE YUN-NAN-FU

en souffi'ance jusqu'à ce que Tu Wên-hsiu eut désigné un nouveau généralissime.

Les assiégés profitèrent de la discorde qui régnait chez leurs ennemis pour opérer des sorties ; Ma Ju-lung réussit à forcer quelques positions et se disposait à poursuivre son avantage lorsqu'il fut blessé par un biscaïen du poids de 320 grammes, lancé par un fusil de rempart; ce projectile, après avoir traversé ses deux cuirasses, avait déchiré le bas-ventre sans toutefois attaquer les intestins. Relevé sur le champ de bataille dans un état déplorable, il resta quelques jours entre la vie et la mort, mais grâce à des soins assidus et à sa robuste constitution, son rétablissement ne fut bientôt plus qu'une question de temps.

Le gouvernement de Pékin, informé des circonstances dans lesquelles le général avait été blessé, lui envoya une lettre de condoléance et lui expédia en même temps, comme preuve du grand intérêt qu'on lui portait, une foule de médicaments de la pharmacie impériale'.

Trois mois s'étaient écoulés depuis la blessure de Ma Julung, et les armées, toujours en présence, n'avaient fait aucun progrès. Durant la maladie de Ma Ju-lung, les petits chefs rebelles, encouragés par leurs amis qui s'étaient mis à la disposition de ce général, se soumirent à leur tour au Fu-t ai qui les fit torturer de la façon la plus affreuse : les uns furent exécutés par vingt coups de sabre, d'autres furent enterrés jusqu'à mi-corps, la tête la première et les jambes en l'air comme des piquets; ceux qui résistaient ou qui étaient reconnus pour des gens dévoués à leur cause, avaient les jarrets coupés avant d'aller au supplice. Les habitants,

1 Heureusement pour lui, il était guéri lorsque ces médicaments arrivèrent à YUn-nan-fu.

116 LA RÉHELLION MUSULMANE AU YÛN-NAN.

quoique accoutumés depuis la rébellion, à voir rouler des têtes, ne pouvaient s'empêcher de blâmer ces raffinements de cruauté. Aussi tous les rebelles qui étaient revenus à de meilleurs sentiments, apprenant le sort de leurs camarades, continuèrent à servir dans les rangs de Tu Wen-hsîu, et ce ne fut que trois mois plus tard, lorsque Ma Ju-lung reprit son service, que les soumissions continuèrent.

Bientôt les rebelles, affaiblis i)ar les désertions (m par les sorties que faisaient les imi)ériaux, ne furent plus en mesure d'occuper efficacement une aussi grande étendue de terrain. Toute la plaine qui s'étend de la ville jusqu'à Hsiao-panclnao était transformée en un immense camp où flottait le drapeau blanc; sur les collines bordant la plaine à Test et sur les remparts, le drapeau rouge des impériaux indiquait des lignes fortement accentuées. Les rebelles, comprenant que l'occupation de certains points stratégiques pourrait compromettre leur retraite, réunirent leurs troupes éparses et se retranchèrent au pied des montagnes qui bordent le lac au nord et à l'est. Deux routes de plus furent rendues à la capitale.

Bien que le nombre et les rangs des insurgés se fussent beaucoup édaircis, la plupart d'entre eux étaient disposés à se défendre derrière les redoutes qu'ils venaient d'élever; il leur était pénible d'abandonner cette belle plaine, sujet de tant d'espérances ambitieuses et oîi reposaient des mUliers de leurs camarades. Pendant que les soldats disputaient pied à pied le terrain conquis par leui's armes, Tu Wêuhsiu voyait d'un seul coup ses plus belles espérances détruites ; au lieu d'eti-e accablé par le poids de son infortune, il ne songea plus qu'à remplir les vides causés par la défection de ses i)artisans; il nomma Yang Wei (^ j^), son gendre, pour successeur du Ta-ssO-jung. Puis il leva de

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